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BURKINA FASO : Massacre lors d’une messe dominicale

Publié le 14 mai 2019

Un prêtre et cinq fidèles ont été tués par un groupe djihadiste lors de la messe dominicale, le 12 mai à Dablo, dans le diocèse de Kaya, au nord du pays.

Ces paroissiens l’appelaient « le vigoureux » pour sa capacité à parcourir des kilomètres quotidiennement à leur rencontre. Le père Siméon Yampa a été assassiné, pendant la messe dominicale, en même temps que cinq de ses paroissiens. Le père Daniel, Burkinabé qui l’a bien connu, décrit un prêtre jeune (né en 1985) et dynamique : « C’était un authentique fou de Dieu ! » Se souvient-il. « Quand j’ai appris sa mort, j’étais en train de corriger le livre qu’il allait sortir, consacré au Chemin de croix ». Le père Daniel se dit extrêmement choqué par la violence d’une attaque qui visait explicitement un lieu de culte chrétien. « Notre pays, qui a une tradition de bonne entente entre les religions, est menacé par des groupes extérieurs qui font leur possible pour le diviser », dénonce-t-il.

Des fidèles assassinés, une église incendiée

Selon des sources locales avec lesquelles l’AED a pu s’entretenir, les assaillants sont entrés dans la chapelle en tirant des coups de feu au moment du Gloria. Cinq des paroissiens ont alors été atteints. La chapelle est très petite, mais il y avait une centaine de fidèles si l’on compte ceux qui se trouvaient à l’extérieur. Le tabernacle a reçu trois coups de feu. Le père Siméon a tenté de protéger les enfants de chœur en fuyant vers la sacristie, mais les terroristes qui avaient encerclé l’église l’ont découvert et l’ont tué.

« Il y a eu une panique générale, les gens étaient effrayés. Les terroristes ont obligé les fidèles à mettre devant l’autel les croix et les objets religieux qu’ils portaient. Les assaillants ont menacé tout le monde avant de partir, en disant qu’ils reviendraient et que si toutes les femmes ne se couvraient pas d’un voile, ils les tueraient toutes. Puis ils ont mis le feu à la sacristie, aux croix et aux objets liturgiques ainsi qu’à un véhicule qui se trouvait à côté de l’église. De là, ils se sont rendus au dispensaire et ont également brûlé son véhicule pour que personne ne puisse s’enfuir », poursuit Rafael d’Aqui, responsable de projets de l’AED au Burkina Faso.

Dablo est une région très pauvre avec peu de ressources en raison du manque de précipitations et de la mauvaise production alimentaire, mais elle ne craignait aucun danger lors de l’ouverture de la paroisse, le Burkina Faso étant un pays vivant en paix et en harmonie. Bien que le nord du Burkina Faso ait été politiquement la cible d’attaques djihadistes en provenance du Mali et du Niger, pays qui se trouvent à sa frontière nord, ces attaques n’affectaient pas les religions. La situation a brusquement changé au cours des derniers mois, car après une série d’incidents – attentats, enlèvements, intimidations et menaces – tout semble indiquer que les chrétiens soient devenus l’une des cibles des djihadistes pour déstabiliser le pays.

Multiplication des attaques antichrétiennes

Il y a à peine deux semaines, précisément le 28 avril, le pasteur protestant Pierre Ouedraogo, ses deux fils et trois autres fidèles ont été tués lors de l’attaque de l’église de Silgadji, à 60 kilomètres de Djibo, également dans le nord du pays.

Au total, il y a donc eu trois religieux assassinés en 2019. En plus du père Siméon Yampa, prêtre catholique qui a perdu la vie à Dablo, et du pasteur de Silgadji, un missionnaire salésien espagnol, le père César Fernández, a été assassiné le 15 février lors de l’attaque d’un poste de douane dans le sud de pays, près de la frontière avec le Togo. Et depuis le 17 mars, on ne sait plus où se trouve le père Joël Yougbare, un prêtre catholique enlevé à la frontière malienne.

La fondation AED a par ailleurs dénoncé des menaces subies dans diverses régions du pays, qui ont contraint à annuler des messes dominicales, et ont même obligé des congrégations religieuses à quitter leurs couvents. « Les groupes djihadistes traversent les villages en menaçant les populations locales pour qu’elles se convertissent à l’Islam. Ils interdisent tout rassemblement chrétien, ferment les lieux de culte ainsi que les écoles et dispensaires », explique Rafael d’Aqui.

« L’Église du Burkina Faso souffre beaucoup de toute cette situation mais elle reste forte et j’en suis impressionné. La communauté internationale devrait réagir afin que le Burkina Faso ne soit pas le champ d’action des groupes fondamentalistes. Nous prions pour que la paix revienne dans ce pays », poursuit-il.

« Le père Siméon venait d’arriver dans cette paroisse en septembre. Nous avons été bouleversés par sa mort en ce dimanche du Bon Pasteur. Il est important de souligner qu’en plus des dignitaires du gouvernement (deux ministres) et de l’Église (trois évêques et le Secrétaire de la Nonciature), de nombreux animistes et musulmans étaient présents à l’enterrement et ont dénoncé ces faits barbares », conclut le représentant de l’AED.

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