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CAMEROUN : Conséquences dramatiques de la crise anglophone

Publié le 11 septembre 2019

Dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest du Cameroun, toutes deux anglophones, l’aggravation de la crise sociopolitique touche durement le diocèse de Buea.

On compterait ainsi environ 20 000 personnes déplacées. Depuis le début de l’escalade de la violence en novembre 2016,  au moins huit localités ou communautés du diocèse ont été incendiées, 70 ont été attaquées et pillées, et 25 abandonnées par leurs habitants qui ont été contraints de se réfugier dans des fermes ou dans la forêt. Selon les données et estimations des organisations locales et internationales de défense des droits de l’homme, plus de 200 civils ont été tués dans le diocèse de Buea, dont des enfants et des femmes.

Insécurité et violence

En raison de l’insécurité et de la violence, une dizaine de paroisses et de missions, en particulier dans les doyennés de Muyuka et de Muea, ont été contraintes de suspendre leur activité pastorale. D’autres ont été attaquées lors d’affrontements entre les forces de sécurité gouvernementales et des combattants indépendantistes, par exemple à Bolifamba, le 24 décembre 2018, et à Muyuka, Ekona et Muea le 25 mars 2019. La vie des prêtres du diocèse est également en danger, comme en témoigne l’assassinat brutal du père Alexander Sob, de la paroisse de Bomaka, le 20 juillet 2018 à Muyuka.

Non seulement le travail pastoral, mais aussi les activités éducatives soutenues par le diocèse, subissent les conséquences de la crise. 40 écoles primaires catholiques ont été fermées depuis 2016. D’autres ont été attaquées et vandalisées, comme l’école Notre-Dame-de-Grâce (OLAGCOL) à Muyuka et l’école Notre-Dame du Mont Carmel (OLMCC) à Muea le 22 septembre 2017. L’emblématique lycée San José à Sasse a également été attaqué par des civils armés. Une vingtaine de personnes, dont des élèves et des enseignants, ont été blessées dans l’attaque, et les collèges catholiques du diocèse ont dû être temporairement fermés.

D’autre part, dans les centres de santé diocésains, tels que l’hôpital Mont Mary, à Buea, et l’hôpital Regina Pacis à Muntengene, le nombre de patients a considérablement diminué en raison de l’exode massif de personnes fuyant le diocèse pour d’autres régions. Des forces de sécurité de l’Etat se sont même introduites dans des centres de santé catholiques avec des armes à feu à la recherche de combattants présumés de l’indépendance qui recevaient des soins.

Par ailleurs, d’après ces rapports, le fait que les agriculteurs soient forcés de quitter leurs villages et leurs terres agricoles provoque de graves pénuries alimentaires et une hausse des prix. Dans un proche avenir, il semble inévitable que la sécurité alimentaire soit menacée, qu’il y ait de la malnutrition et d’autres problèmes de santé.

Vivre, malgré tout

La crise actuelle a commencé à s’aggraver dans le diocèse de Buea en octobre 2016 lorsque les forces de sécurité camerounaises ont utilisé des balles réelles lors de manifestations en grande partie pacifiques de la population anglophone qui, depuis l’indépendance du pays en 1961, se sent marginalisée par les autorités essentiellement francophones. Les manifestants les accusent de leur imposer la langue et les traditions françaises et exigent une plus grande autonomie et le respect de leurs coutumes.

Cependant, face à tous ces défis, le clergé et les fidèles continuent de faire preuve de persévérance dans leurs engagements pastoraux et viennent en grand nombre, animés par la foi, même à de grandes célébrations comme la messe chrismale de 2019, dans la cathédrale de Small Soppo, à Buéa.

 

L’Aide à l’Église en Détresse a soutenu plus de 20 projets au cours des 25 dernières années dans le diocèse de Buea. En 2019, la majeure partie de l’aide de l’AED a été consacrée aux congrégations religieuses féminines touchées par la crise.

 

 

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