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CAMEROUN : Enlèvements répétés de prêtres

Publié le 25 novembre 2019

Mgr Andrew Nkea, évêque du diocèse anglophone de Mamfe, prend des mesures face aux enlèvements répétés de prêtres dans la région d’Ejagham, son diocèse, situé à l’ouest du pays, proche de la frontière avec le Nigeria.

Mgr Andrew Nkea, l’évêque du diocèse anglophone de Mamfe, constate que les prêtres sont devenus des cibles privilégiées pour les kidnappeurs. Dans une lettre intitulée « Ne lève pas la main contre l’Oint de Yahvé », il décrit une série de crimes à leur encontre depuis la fin du mois d’octobre.

Le Père Félix Sunday, prêtre nigérian et curé d’Afap, a été enlevé par des membres de l’Armée de Restauration d’Ambazonie. Il venait de célébrer la messe dans une chapelle de la mission. Deux autres prêtres ont pu échapper par chance aux embuscades qui leur avaient été tendues dans le même but. Enfin, début novembre, quatre hommes armés sont entrés dans la maison paroissiale de Kembong. Sous la menace d’une arme, ils ont réclamé un million de francs CFA au curé et à son assistant. Les enlèvements se sont finalement terminés sans qu’aucune rançon ne soit payée.

Représailles contre la participation à l’effort de paix

Comme le souligne l’évêque dans le document, les attaques semblent avoir pour objectif premier d’exercer des représailles contre lui, pour sa participation au Grand dialogue national. Les Ambazoniens sont opposés à cette réunion, c’est pourquoi ils veulent faire payer une amende de 500.000 FR CFA à tous ceux qui ont assisté au Dialogue de Manyu. Les ravisseurs ont dit à leurs victimes que la cible était l’évêque, et que les prêtres seraient en danger tant qu’il n’aura pas payé son amende. « La vérité, c’est que je n’ai pas cette somme d’argent pour payer qui que ce soit », affirme Mgr Nkea dans sa lettre.

Mais au-delà de la question économique, Mgr Nkea s’indigne de l’ingratitude des auteurs des crimes. Dans leur région, les prêtres ont continué à exercer leur ministère pastoral pendant la crise, malgré le danger. Mamfe a été l’un des endroits les plus durement touchés par le conflit entre francophones et anglophones. « La violence s’est intensifiée et a entraîné des morts, des pertes de biens, une grave insécurité, de nombreux déplacés à l’intérieur du pays, et de nombreux réfugiés qui ont fui vers le Nigeria », explique l’évêque.

Des prêtres héroïques

Dans toutes ces difficultés, les prêtres ont accompagné leur peuple : « Au milieu des tirs nourris, des incendies, nos prêtres héroïques sont restés avec leur peuple comme de vrais bergers qui n’abandonneraient jamais leurs brebis en cas de danger. Cette conscience pastorale et cet engagement ont coûté la vie au Père Cosmas Ondari Omboto, vicaire de la paroisse de Kembong. »

Le prélat souligne les conséquences que les derniers incidents ont sur l’ensemble de la population : « Les jeunes ont affirmé qu’ils avaient pris les armes pour protéger la population. C’est une grande contradiction que ces armes soient maintenant utilisées pour terroriser ceux qu’ils prétendent protéger. Nous sommes tous unis pour dénoncer la brutalité de l’armée contre la population, mais maintenant ce sont les jeunes de notre propre peuple qui se sont retournés contre leur peuple et pensent que c’est normal. »

Mesures drastiques

Mgr Nkea a décidé de prendre des mesures drastiques en retirant tous les prêtres des paroisses de Kembong, Ossing et Eyumojock jusqu’à ce que les paroissiens de ces localités « donnent une garantie écrite de la sécurité des prêtres qui travaillent pour eux ». En outre, « tous les projets de développement au sein de ces paroisses sont suspendus ».

Enfin, Mgr Nkea appelle les personnes concernées à changer d’attitude et que « les prêtres puissent retourner dans les paroisses et faire leur travail en paix ». Il conclut : « Il n’y a pas de famille sans difficultés, mais la foi chrétienne nous aide à résoudre nos problèmes pacifiquement, sans violence, et à aller de l’avant ensemble. »

 

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