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CAMEROUN : « Notre parole de vérité n’est pas la bienvenue dans ce conflit fratricide »

Publié le 6 février 2019

Depuis 2016, la région anglophone du Cameroun connaît une série de soulèvements, vigoureusement réprimés. Mgr Michael Bibi, évêque auxiliaire de Bamenda, un archidiocèse majoritairement anglophone du nord-ouest du Cameroun, répond aux questions de l’AED

AED : Les élections du mois d’octobre ont-elles permis une amélioration de la situation de la région anglophone ?

Mgr Michael Bibi : Elles auraient dû le faire, puisqu’elles permettaient théoriquement aux populations de cette région de s’exprimer par la voie démocratique. Dans les faits, les choses sont plus compliquées car il y a un très grand nombre de déplacés internes, si bien que très peu de Camerounais ont pu effectivement voter. Les conditions ne sont malheureusement pas réunies pour un exercice démocratique apaisé. Or, c’est pourtant par le dialogue que nous pourrons sortir de cette crise.

Le clergé semble en première ligne dans cette région. Est-ce le cas ?

Le clergé qui demeure en zone anglophone est particulièrement menacé. Un prêtre et un séminariste on été abattus. Concernant ce dernier, ce fut une véritable exécution, mise en scène devant son église, en présence des paroissiens. Mais ces deux cas ne sont malheureusement pas isolés. Je reçois des nouvelles inquiétantes de beaucoup de religieux qui se font tirer dessus, kidnapper et rançonner. J’ai moi-même été arrêté, mais ils m’ont relâché quelques heures après, quand ils ont réalisé que j’étais un évêque.

Nous sommes menacés car nous disons la vérité. Nous disons aux jeunes de rester à l’école et de ne pas rejoindre les milices, que cela ne mène à rien, et les milices nous accusent de faire le jeu du gouvernement. Nous dénonçons aussi l’action de l’armée gouvernementale, nous demandons à ce que la région soit démilitarisée, et du coup nous sommes catalogués comme pro-rebelle par les autorités ! Notre parole de vérité n’est pas la bienvenue dans ce conflit fratricide. La vérité c’est que les deux camps tuent, et ne font qu’ajouter de la violence à la violence.

Que manque-t-il à cette région pour qu’elle retrouve la paix ?

Il faudrait renouer le dialogue entre les parties. Nous n’avons pas de statistique pour évaluer le nombre de pertes humaines, mais nous voyons bien qu’elles sont considérables. Tant que la violence répondra à la violence, nous ne sortirons pas de la crise. Sur un plan plus concret, il ne nous appartient pas, à nous hommes d’Église, d’évaluer quelle serait la meilleure solution politique au problème. Mais on peut tout de même avancer qu’elle passe par un État plus décentralisé, plus fédéral, qui prendrait en compte la spécificité de la région anglophone du Cameroun.

Comment se porte l’Église dans votre pays ? De quoi avez-vous besoin ?

Grâce à Dieu, la foi des Camerounais est puissante. La messe dominicale est suivie avec ferveur, et nous avons des vocations sacerdotales. Il faudrait à présent que nos dirigeants soient, eux aussi, illuminés par cette foi. Nous avons besoin des prières de l’Aide à l’Église en Détresse. Mais aussi d’une aide plus concrète et immédiate pour les victimes du conflit de la région anglophone, conformément à la parole de Jésus : « J’avais faim, vous m’avez nourri, j’étais nu, vous m’avez vêtu »

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