200 millions de chrétiens ne peuvent vivre leur foi librement > faire un don

Cardinal Sarah : « L’Afrique a toujours considéré l’Église comme une famille »

Publié le 21 avril 2017

Dans un entretien avec l’AED, le cardinal Robert Sarah, préfet de la congrégation pour le culte divin, a partagé son regard sur l’Église en Afrique : qu’a-t-elle apporté à l’Église Universelle ? Quelles sont ses détresses ? Quelles sont ses relations avec l’islam ?

Cardinal_Robert_Sarah_(cropped)AED : Qu’apporte l’Église d’Afrique à l’Église Universelle ?

En réalité, l’Église qui est en Afrique fait partie de l’Église universelle et forme avec elle une seule et unique Église : il n’y a donc pas une « Église d’Afrique » et, en face d’elle, une « Église universelle ». D’ailleurs, l’Afrique a toujours considéré et vu l’Église comme une famille, la famille de Dieu. En cela, nous sommes fidèles à l’ecclésiologie de l’épître aux Éphésiens : « Ainsi donc, vous n’êtes plus des étrangers ni des gens de passage, vous êtes concitoyens des saints, vous êtes membres de la famille de Dieu. » (Ep 2, 19)

Même si l’Église en Afrique du Nord est très ancienne, aujourd’hui l’Église subsaharienne se considère comme le fruit missionnaire et la fille des Églises d’Occident. Elle doit pouvoir compter sur l’expérience théologique, liturgique et spirituelle, en particulier monastique, et aussi sur le soutien financier, des Églises de l’ancienne chrétienté d’Occident. Pour sa part, l’Église qui est en Afrique peut humblement offrir à l’Occident les merveilles que Dieu a opérées en elle par l’Esprit Saint, et les tribulations que Jésus continue à endurer au cœur des souffrances et des misères matérielles de ses fidèles.

AED : Quelles sont les détresses de l’Église d’Afrique ?

Elles sont multiples : les maladies, les guerres, la faim, le manque crucial de structures d’éducation et de santé. Ainsi que les intoxications des idéologies d’origine occidentale : le communisme, l’idéologie du genre. L’Afrique est devenue le déversoir des produits contraceptifs, des armes de destruction massive. Elle est aussi le théâtre du vol organisé des matières premières : c’est dans ce but qu’on organise et planifie les guerres et qu’on favorise le désordre sur le continent africain ; on exploite donc ses ressources naturelles en l’absence totale de règles et de lois. Les puissances économiques mondiales doivent arrêter de piller les pauvres. On profite de la pauvreté, du manque d’instruction, de technologie et de moyens financiers pour fomenter des guerres et piller les richesses naturelles des peuples faibles et sans moyens matériels.

AED : L’islam représente-t-il un danger pour la survie de l’Église catholique en Afrique ?

Pendant plusieurs siècles, l’islam subsaharien, en tant que religion, a coexisté avec le christianisme de façon pacifique et harmonieuse. En revanche l’islam, qui se présente comme une organisation  politique voulant s’imposer au monde entier, ne constitue pas un danger seulement pour l’Afrique. Il l’est même principalement pour les sociétés du continent européen qui, trop souvent, n’ont plus d’identité ni de religion. Ceux qui nient les valeurs issues de leur propre tradition, de leur culture et de leur religion sont condamnés à disparaître car ils ont perdu toute motivation, toute énergie et même toute volonté de se battre pour défendre leur identité.

Je me permets de citer un Italien qui s’est converti à l’islam (et ils sont plus de cent mille en Italie dans ce cas) du nom de Yahya Pallavicini, aujourd’hui imam, président de la COREIS (Communauté religieuse islamique) et professeur à l’université catholique de Milan : « Si l’Église, avec l’engouement actuel dont elle fait preuve à l’égard des valeurs de la justice, des droits sociaux et de la lutte contre la pauvreté, en vient à oublier son âme contemplative, elle faillit à sa mission et elle sera abandonnée par de très nombreux fidèles, du fait qu’on ne reconnaît plus en elle ce qui constitue sa spécificité. »ACN-20150714-27313

AED : De quelle manière l’AED peut-elle mieux aider l’Église d’Afrique ?

Aujourd’hui, toutes les organisations caritatives, même catholiques, sont orientées unilatéralement et exclusivement vers l’aide aux situations de pauvreté matérielle, mais « l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute Parole qui sort de la bouche de Dieu », dit Jésus (cf. Mt 4, 4). J’encourage donc l’AED à apporter son aide à la formation des prêtres, des séminaristes, des religieux, des religieuses et des catéchistes, à la construction des églises et des séminaires, et en faveur des retraites spirituelles des évêques et des prêtres. Je supplie humblement tous les bienfaiteurs et amis de soutenir généreusement la grande œuvre missionnaire de l’AED à travers le monde, notamment en Afrique.

Archives