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Carême 2018 : le pardon

Thème de la semaine : le pardon

“Alors Pierre, s’avançant, lui dit: « Seigneur, combien de fois mon frère pourra-t-il pécher contre moi et devrai-je lui pardonner ? Irai-je jusqu’à sept fois ? » Jésus lui dit: « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 77 fois.« 

L’idée n’est pas de s’intimer l’ordre d’oublier à tout prix. Il ne s’agit pas de mémoire. Le pardon, c’est la volonté de ne pas tenir compte du mal qui a été fait, pour avancer sereinement vers l’avenir sans s’encombrer de lourdes rancœurs.
Le pardon permet d’accéder à la réconciliation. Nous sommes tous pécheurs. Mettre des mots sur ce qui ne va pas, c’est se libérer des gestes et des paroles malheureuses que l’on a pu avoir et qui prennent tant de place dans notre vie.


LA MISÉRICORDE CONSOLE EN PARDONNANT

« Dans les paraboles de la miséricorde, Jésus révèle la nature de Dieu comme celle d’un Père qui ne s’avoue jamais vaincu jusqu’à ce qu’il ait absous le péché et vaincu le refus, par la compassion et la miséricorde. Nous connaissons ces paraboles, trois en particulier : celle de la brebis égarée, celle de la pièce de monnaie perdue, et celle du père et des deux fils (cf Lc 15, 1-32). Dans ces paraboles, Dieu est toujours présenté comme rempli de joie, surtout quand il pardonne. Nous y trouvons le noyau de l’Évangile et de notre foi, car la miséricorde y est présentée comme la force victorieuse de tout, qui remplit le cœur d’amour, et qui console en pardonnant. »
Misericordiae Vultus 9

LE PARDON, UNIQUE VOIE DE LA PAIX
« L’unique voie de la paix est le pardon. Accepter et accorder le pardon rend possible une nouvelle qualité de rapports entre les hommes, interrompt la spirale de la haine et de la vengeance, et rompt les chaînes du mal autour du cœur des adversaires. Pour les nations à la recherche de la réconciliation et pour toutes les personnes qui désirent une coexistence pacifique entre les individus et entre les peuples, il n’y a pas d’autre voie que celle-ci : le pardon reçu et offert. » Saint Jean-Paul II

 

Portrait de la semaine : Fouad, loin des yeux, près du cœur

« Je n’ai pas plus de 9 ans quand je le tiens en joue.» Le 21 août 1977, dans le village de Brih au Liban, des Druzes massacrent des dizaines de chrétiens dans l’église, dont le grand-père de Fouad. Le jeune garçon voit tout. L’un des auteurs de la fusillade, un voisin, se trouve dans son viseur. « C’était le début de la guerre civile. Enfant, on apprenait à manier un fusil mitrailleur en même temps qu’à faire ses lacets », raconte-t-il. « Ce jour d’août, la Vierge a retenu mon bras ».  Fouad renonce à la vengeance et c’est le premier jour du reste de sa vie.

 « Fouad » signifie « cœur » en arabe. Tout un programme pour ce catholique maronite, père de famille et chef d’entreprise en France, qui aurait pu se laisser ronger par la haine. Non seulement son grand-père est assassiné sous ses yeux mais lui aussi subit un attentat, à Beyrouth, en 1986. Mutilé par 300 kg de TNT, il ne verra jamais plus. Il a 17 ans. Ses rêves de devenir chirurgien partent en fumée. Il commence à avoir de sérieuses raisons d’en vouloir à la terre entière. Quand le terroriste responsable de sa cécité est arrêté 3 ans plus tard, cette nouvelle fait la une de tous les journaux. Fouad « a envie de le déchiqueter, de lui arracher le cœur ». Le pardon ? Impossible. « Seul Jean-Paul II en est capable », pense-t-il alors. « Moi, je ne peux pas. »

« Il faut déjà le vouloir, ne rien attendre en échange et se réconcilier avec soi-même, se faire la paix » insiste-t-il, marquant une longue pause derrière ses lunettes noires. Après l’échec de l’opération censée lui rendre la vue, en Suisse, il se lance dans des études supérieures en France. Il rentre dans la phase « cravache » : « J’étais le seul non-voyant de la promo. Je travaillais énormément, n’acceptant que la première place, sans indulgence. Ni pour moi, ni pour les autres. » La rage de vaincre prend toute la place ; il se sent comme enfermé dans son propre cœur.

Un jour, à la fin des années 80, il crie sa détresse aux pieds de la Sainte Vierge, dans le sanctuaire de la famille missionnaire Notre-Dame, en Ardèche. Et là, c’est un tsunami. Il reçoit la grâce de pardonner. « J’ai commencé à aimer, sans voir, j’ai retrouvé la lumière. » Bien sûr, ça prend du temps et rien n’est jamais acquis. Ces derniers mois, lors des attaques de Paris puis Bruxelles et Nice, « ce que j’ai vécu remonte », reconnaît Fouad. « La peur revient. » Mais la nécessité de la miséricorde aussi.

Dans les années 2000, alors qu’il continue de témoigner de la victoire du bien sur le mal, il apprend que l’auteur de l’explosion de Beyrouth s’est converti au christianisme. En 2014, un 21 août encore, Fouad et sa famille obtiennent un permis de reconstruire à Brih, le village martyr de son enfance, au Liban. « Mon histoire est venue comme pour consoler, réparer, apaiser les cœurs brisés. Notre foi n’est pas que sur la croix. Elle est en Jésus ressuscité. »

-> Ce témoignage de Fouad est édifiant. Le pardon n’est pas une évidence, il peut prendre du temps. Mais lorsqu’enfin nous y parvenons, c’est une lumière qui éclaire notre vie d’une merveilleuse façon.

 

L’effort de la semaine ?

A la suite du portrait de Fouad, nous vous proposons d’appliquer dès aujourd’hui ses 5 conseils* pour pardonner. Si vous le pouvez, nous vous invitons également à aller à la rencontre d’un prêtre pour recevoir le sacrement du pardon.

1. N’attendez rien en échange
Pardon signifie « au-delà du don ». Le pardon doit être donné gratuitement. L’image de l’enfant prodigue dans les bras de son père est importante pour bien comprendre ce qu’en est l’essence. Il est donné sans conditions, c’est la fête. Il doit nous prodiguer ce bonheur absolu, cette flamme qui nous fait frissonner. Il ne se donne pas dans la confrontation : « Je fais un pas si tu en fais un aussi. » Le pardon n’est pas une monnaie d’échange, il est une dynamique pour faire régner la paix. Le pardon est gratuit, mais il rapporte beaucoup.

2. Pardonnez au quotidien
Le pardon s’applique dans les petites choses comme dans les grandes. N’attendez pas pour pardonner que quelqu’un vous crève les yeux ou vous renverse en voiture. Même dans la vie ordinaire, le pardon n’est pas un geste banal. Il peut être quotidien, être donné plusieurs fois par jour, il n’est jamais anodin. C’est quelque chose de grave, le Christ nous l’a montré lors de sa Passion : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. »

3. Changez le regard sur l’autre
Entrez dans le respect, comme Dieu changea son regard sur le jeune homme riche : « Il le regarda et l’aima. » Pour être prêt à pardonner, il faut se demander pourquoi l’autre a fait ce qu’il a fait. Le mal reste le mal, mais le pardon nous éloigne de l’indifférence, il nous rend concerné par l’autre. Le pardon sans respect n’est que condescendance. Le pardon dans le respect est justice.

4. Croyez en vous
Le pardon n’est pas seulement une exigence chrétienne, il est dans la nature de l’homme, comme le rire et les larmes. Tout le monde en est capable, il suffit d’y croire.

5. Exprimez votre pardon
Il y a la volonté de pardonner et il y a l’acte. Les deux sont bons, mais on ne peut pas s’en tenir à la volonté. Il faut passer de l’autre côté. Chacun l’exprime comme il le sent, par une parole, par un regard. Parfois même la situation exige de l’exprimer par un silence. Mais le pardon doit être exprimé, et si possible il doit l’être à la personne concernée.

*Source : Sophie Le Pivain, La Vie

L’action de l’Église dans le monde

L’AED soutient de nombreux projets d’Église en faveur d’une pastorale du pardon, afin de réparer les cœurs après une guerre, et les préparer à une réconciliation authentique et durable.

Exemple : un centre de réconciliation au Rwanda
Les atrocités du génocide ont profondément marqué le cœur des Rwandais : c’est pourquoi l’Église s’est engagée à travailler sans relâche pour l’unité, la réconciliation et le pardon. Géré par les missionnaires pallottins ainsi que par la communauté de l’Emmanuel au Rwanda, le Centre de Réconciliation Jésus Miséricordieux est situé dans la paroisse de Ruhango, dans le diocèse de Kabgayi. Son évêque affirmait lors de l’inauguration : « Nous aimerions que ce Centre nous aide à être libérés intérieurement, pour pouvoir pardonner aux autres. Nous souhaiterions que ce Centre devienne une école de la réconciliation entre les hommes et les femmes, une école d’unité du peuple rwandais ».
Avec des méthodes spirituelles et psychothérapeutiques, le Centre contribue à la réconciliation véritable et à la guérison intérieure au sein du peuple rwandais à travers l’écoute active. Sont aidés gratuitement tous ceux qui s’y présentent, sans la moindre distinction. Des milliers de personnes en quête de réconciliation s’y rendent chaque mois, notamment pour écouter la prière de guérison, qui fait l’objet d’une grande ferveur. Ces pèlerins, et tous ceux qui veulent se recueillir devant le Saint Sacrement exposé jour et nuit au Centre, ont maintenant à leur disposition 28 chambres et 50 lits. L’AED les y a aidés.

Au Rwanda, Notre-Dame de Kibeho est un lieu d’apparition mariale devenu un haut-lieu de pèlerinage. Pour le Père Pawlowski, recteur du sanctuaire, « Marie guide beaucoup de gens sur la voie de la réconciliation. Ici se produisent des miracles de réconciliation et de conversion. » Dans certains groupes de pèlerins se trouvent d’anciens assassins « qui ont été libérés de prison, à côté de personnes qui, à l’époque, ont échappé à l’horreur. Ils se tiennent maintenant ensemble devant la Mère de Dieu et prient pour la réconciliation ». Le pardon commence « tout d’abord par soi-même. Beaucoup viennent demander le pardon à Dieu par Sa Mère. » Kibeho est une source de grâce pour une société traumatisée. « La Sainte Vierge les console tous ». Parmi les nombreux projets au Rwanda, l’AED a accordé une aide au sanctuaire afin que « l’infrastructure de ce lieu de réconciliation et de pardon puisse être améliorée ».

Pour contrer la croissance de l’intégrisme religieux et les dégâts qu’il engendre, l’AED soutient aussi de nombreux projets en Afrique, en Europe et en Asie pour promouvoir les valeurs de la paix et du dialogue.

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