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Chrétiens palestiniens: l'experience de l'occupation au quotidien

Publié le 21 août 2013

Israéliens et Palestiniens discutent à nouveau depuis le 14 août . Qu’en attendent les Chrétiens de Terre Sainte ? Et comment vivent-ils l’occupation israélienne ? Réaction du Père Louis Hazboun du Patriarcat latin de Jérusalem, pour l’AED. Par Oliver Maksan.

 « Les colonies juives nous entourent de toutes parts et nous rendent la vie ici très difficile, à nous autres palestiniens ». Louis Hazboun est né à Bethléem. Depuis l’an dernier, cet homme sympathique est curé de la paroisse catholique romaine de Bir Zeit, une petite ville des environs de Ramallah. Il y a ici une université. À part cela, il ne se passe pas grand-chose. La Cisjordanie, occupée par Israël depuis 1967, est ici rurale et très pittoresque : des oliveraies et de petits champs entourent ce lieu tranquille dont la population est un mélange de musulmans et de chrétiens. Environ 4.000 des quelques 7.000 habitants sont musulmans, le reste se subdivise entre catholiques, orthodoxes et anglicans. La coexistence des religions est une tradition. Toutefois, en raison de la présence des colonies juives voisines, l’idylle est trompeuse.

« Les colons ne cessent de nous couper l’eau ou l’électricité, car ils en ont eux-mêmes besoin. Cela nous limite beaucoup. Et cela dans notre propre pays ! Nous faisons quotidiennement l’expérience de ce que signifie une occupation. » Lors de sa visite à l’Aide à l’Église en Détresse, le Père Hazboun rappelle par ailleurs l’existence des points de contrôle (checkpoints), qui entravent considérablement la liberté de circulation des palestiniens. Ce sont souvent des soldats israéliens de 18 ans qui décident si un vieil homme de quatre-vingts ans peut ou non passer. « L’arbitraire est grand et la procédure est humiliante » explique le Père Hazboun.

« L’Eglise ne peut pas embaucher tous les chrétiens »

À cela s’ajoutent les conséquences économiques de l’occupation. « Israël détermine ce qui peut être importé. Par exemple, si les israéliens ont un excédent d’olives, ils inondent nos marchés et font s’effondrer les prix de nos agriculteurs. Or, l’agriculture est déterminante pour de nombreuses familles chrétiennes. » Autrefois, avant la construction du mur qui sépare Israël des territoires occupés, beaucoup de chrétiens des environs travaillaient dans la ville toute proche de Jérusalem. Elle se situe à peine à 20 kilomètres. Aujourd’hui, c’est en général impossible en raison des fastidieux contrôles routiers et des restrictions de visa. Il n’y a que quelques chrétiens de Bir Zeit qui travaillent ici, au Patriarcat Latin ou comme médecins ou enseignants dans les écoles chrétiennes. « Malgré toute notre bonne volonté, l’Église ne peut pas embaucher tous les chrétiens », déplore le Père Hazboun. C’est pourquoi beaucoup de chrétiens de la localité sont au chômage – ce qui a de graves conséquences : « Nous avons toute une série d’hommes adultes qui voudraient se marier et fonder une famille. Mais ils n’en ont tout simplement pas les moyens. Les jeunes qui le peuvent s’en vont donc. »

Yusef Daher voit cet exode chrétien de Terre Sainte avec beaucoup d’inquiétude. Ce catholique dirige le « Inter Church Center » à Jérusalem, un organisme œcuménique engagé en faveur des droits des chrétiens en Terre Sainte. « Il existe aujourd’hui environ 1 million de chrétiens palestiniens. Mais seulement 20 pourcents d’entre eux vivent dans ce qui est aujourd’hui Israël et les territoires occupés. Le reste est dispersé à travers le monde. »

Le cas spécifique de Jérusalem

Environ 150.000 chrétiens se répartissent sur Israël, le reste, soit environ 50.000, est domicilié à Jérusalem-est, en Cisjordanie ou sur la bande de Gaza. « L’exode des chrétiens de Terre Sainte se déroule par vagues » déclare Yusef Daher à l’Aide à l’Église en Détresse. « La dernière grande vague a eu lieu au cours de la deuxième intifada après l’an 2000. » L’expert considère Jérusalem comme un cas particulier, dont la moitié orientale a été annexée par Israël, mais est revendiquée par les palestiniens comme capitale d’un futur État. Ici, les arabes chrétiens, comme les plupart des autres palestiniens qui vivent depuis 1967 sous autorité israélienne, n’ont pas la citoyenneté israélienne, mais seulement un permis de séjour. Et ils le perdent en cas de séjour assez prolongé hors de Jérusalem, par exemple chez des parents en Cisjordanie. « Une sorte d’émigration forcée a lieu ici. C’est pourquoi le nombre de chrétiens a dramatiquement diminué à Jérusalem », raconte Yusef Daher.

Pour Yusef Daher, on compte aussi parmi les situations de détresse vécues par les chrétiens palestiniens les pratiques israéliennes arbitraires en matière d’attribution de permis d’entrée lors des grandes fêtes, quand beaucoup de chrétiens des territoires occupés veulent se rendre en pèlerinage à Jérusalem. Tout le monde n’obtient pas ce permis. Yusef Daher y voit l’expression d’une discrimination fondamentale effectuée par Israël entre juifs et non-juifs : « Les chrétiens palestiniens souffrent comme les autres palestiniens. Dès que vous n’êtes pas juif, vous subissez le même traitement discriminatoire. »

« On ne peut pas priver durablement un peuple libre de son propre État »

Le Père Hazboun et ses paroissiens vivent cela quotidiennement. C’est pourquoi il n’attend pas grand-chose des pourparlers de paix qui ont repris entre israéliens et palestiniens. « Nous, palestiniens, espérons naturellement que les pourparlers de paix entre nous et les israéliens mèneront finalement à une solution à deux États. Mais pour l’instant, je ne suis ni optimiste ni pessimiste. Il y a déjà souvent eu des discussions qui n’ont abouti à rien. Mais je sais une chose avec certitude : on ne peut pas priver durablement un peuple libre de son propre État. »

Oliver Maksan

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