200 millions de chrétiens ne peuvent vivre leur foi librement > faire un don

Communiqué de presse : Mercredi 8 mai, Asia Bibi a quitté le Pakistan

Publié le 9 mai 2019

Condamnée à mort au Pakistan au titre de la loi anti-blasphème puis acquittée au terme d’un interminable marathon judiciaire, Asia Bibi a trouvé refuge à l’étranger, pour sauver sa vie. Au service des chrétiens persécutés, l’AED se réjouit qu’Asia Bibi ait enfin recouvré sa liberté et rend hommage à tous ceux qui se sont mobilisés à ses côtés. L’AED les invite à poursuivre leurs efforts au profit des trop nombreux chrétiens qui sont encore aujourd’hui emprisonnés à cause d’une législation inique.

« Asia Bibi a quitté le Pakistan », ont annoncé, jeudi matin, les autorités pakistanaises lors de la conférence de presse hebdomadaire. Acquittée d’une condamnation à mort le 31 octobre 2018 au terme d’un interminable marathon judiciaire, libérée le 29 janvier dernier, elle était, depuis, cachée au Pakistan car planait sur elle une permanente menace de mort. « Nous remercions Dieu car la justice a triomphé, a déclaré à l’AED le père Emmanuel Yousaf, président de la Commission Justice et Paix du Pakistan, et nous prions pour que cette famille puisse mettre derrière elle près de dix années de souffrances. »

Asia Bibi, ou une longue lutte pour la liberté

Accusée d’avoir « insulté » le prophète Mahomet – ce qu’elle a toujours fermement nié –, Asia Bibi a été la première femme condamnée à mort au Pakistan au titre de la loi anti-blasphème. Elle a ainsi passé huit années dans le couloir de la mort, de 2010 à 2018.

Introduite lorsque l’empire britannique des Indes s’étendait à l’actuel Pakistan (1858-1947), la législation anti-blasphème (article 295 du Code pénal) punit le blasphème de la peine de mort depuis 1986. Depuis cette date, 224 chrétiens ont été victimes de cette législation, selon la Commission Justice et Paix du Pakistan.

La loi anti-blasphème, une loi qui tue

Souvent instrumentalisée pour régler des conflits personnels, cette législation controversée sème la terreur au Pakistan. De simples allégations de blasphème suffisent à motiver des lynchages : le 4 novembre 2014, un couple de chrétiens accusés de « blasphème » avait été brûlé vif dans un four de la briqueterie où il travaillait. En tout, 23 chrétiens ont été lynchés par des foules en colère pour « blasphème » entre 1990 et 2017, selon la Commission Justice et Paix du Pakistan.

L’AED salue le courage des autorités pakistanaises, exécutives et judiciaires, qui n’ont pas cédé face aux pressions exercées par les extrémistes du pays. Elle tient à rendre hommage à tous ceux qui ont pris la défense d’Asia Bibi, quitte à en payer le prix de leur vie, à l’image de Salman Taseer, le gouverneur du Penjab, et Shahbaz Bhatti, ministre catholique des Minorités religieuses, assassinés le 4 janvier 2011 et le 2 mars 2011.

25 chrétiens actuellement emprisonnés  

Pour autant, l’AED n’oublie pas les 25 chrétiens actuellement emprisonnés au Pakistan à cause de leur foi et espère que la jurisprudence Asia Bibi va pousser les autorités pakistanaises à bâtir un authentique État de droit, ce qui implique de reconnaître la liberté religieuse.

Parmi eux, Sawan Masih, père de trois enfants, accusé en mars 2013 d’avoir « offensé le prophète Mahomet », au cours d’une dispute avec un autre homme. Quelques jours plus tard, le 9 mars, après la prière du vendredi, 3000 musulmans brûlaient le quartier, détruisant presque 170 maisons et deux églises, témoigne le père Emmanuel Yousaf. Et d’expliquer : « Les accusations contre Sawan Masih sont instrumentalisées […] En vérité, il s’agissait d’évincer les chrétiens d’un quartier très prisé de la ville, apprécié parce qu’il est à proximité des aciéries ». Condamné à mort en première instance en 2014, Sawan Masih a fait appel mais les audiences ne cessent d’être reportées.

Au service des chrétiens persécutés, l’AED s’était résolument engagée aux côtés d’Asia Bibi et de sa famille en mobilisant l’opinion publique internationale en octobre 2010, ce qui avait sans doute sauvé la jeune femme d’une mise à mort expéditive. Par la suite, l’Église catholique au Pakistan avait appelé à adopter une certaine discrétion sur cette affaire, afin de ne pas compromettre une éventuelle libération, et l’AED avait alors apporté un discret soutien moral, spirituel et financier à Asia Bibi et à ses proches.

Archives