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Congo Brazzaville : sectes et islam, l’Église lutte

Publié le 24 avril 2018

Malgré le marxisme jusqu’en 1992 et la récente prolifération des sectes protestantes, l’Église catholique reprend quelques couleurs. L’AED s’est rendu dans le plus récent diocèse du pays, créé à Dolisie en 2013. Le point avec son évêque, Mgr Bienvenu Manamika Bafouakouahou, également en charge des séminaires et ancien prêtre boursier de l’AED.

Comment va votre diocèse, le dernier-né?

Nous avons appris à marcher mais ne savons pas encore distinguer notre droite de notre gauche ! Il reste de nombreux défis : le syncrétisme, les sectes protestantes, l’islam même… mais d’abord, les maladies. Ici, on n’a pas d’eau potable. Beaucoup d’adultes meurent en buvant une eau souillée, même les enfants que vous voyez là, dans notre école catholique Saint-Paul.

Depuis la chute du prix du baril, la pauvreté grandit, on enterre des centaines de morts presque tous les jours car la situation s’est beaucoup dégradée. Le Congolais est un pauvre qui vit dans un pays riche, dont le sous-sol regorge de pétrole, mais les richesses sont partagées entre une poignée de puissants. La crise sociale corse la situation : les hôpitaux publics sont en grève depuis des mois car l’État ne donne plus de subventions pour financer les médicaments de base.

Si un prêtre tombe gravement malade, il n’est pas soigné?

Seuls les diocèses de Brazzaville et Pointe-Noire peuvent payer une assurance à leurs prêtres. Les autres… se débrouillent. Dans mon diocèse, mes prêtres cherchent d’abord à manger correctement. Si un prêtre a un gros pépin de santé, je ne sais pas ce qu’on fera.

L’un d’eux a justement été attaqué il y a quelques mois…

Oui, à cause du syncrétisme. Au moment des élections municipales de 2017, un député en lice a fait sortir un fétiche dans les rues la nuit, afin de s’attirer les bonnes grâces d’un dieu animiste et s’assurer la victoire. Deux semaines plus tard, pour la fête Dieu, le prêtre a organisé une procession du Saint-Sacrement dans le même quartier. Comme le député a perdu les élections, il a accusé le dieu du prêtre d’avoir annihilé la puissance de son dieu fétiche et le prêtre a été violemment battu.

Qu’est devenu ce prêtre ?

Il est en France, dans le diocèse de Nice.

Un prêtre de moins chez vous… Comment se portent les vocations ?

Elles n’ont jamais tari. C’est merveilleux de voir qu’aujourd’hui, elles ne viennent plus seulement du sud – là où ont œuvré les missionnaires – mais aussi du nord.

Un grand nombre de vocations est un signe de vitalité pour l’Église, mais existe-t-il des vocations-portefeuilles, uniquement motivées par le débouché économique ?

Le discernement joue un rôle capital. Pour faire le tri, nous ne recrutons personne au-delà de 22 ans dans mon diocèse. Après cet âge, j’ai constaté que le jeune n’ayant pas trouvé de solution professionnelle satisfaisante peut se « rabattre » sur la prêtrise. Avant l’entrée au séminaire, nous organisons aussi des retraites avec les candidats que nous observons… mais certains jouent très bien le jeu pendant tout le cursus. Il nous faut donc surtout ancrer la foi des fidèles en profondeur.

Comment évangéliser en profondeur?

En sortant de mon évêché ! Au début, même les autres évêques se demandaient ce que je fabriquais. Je vais sur la place du marché et, pendant 7 jours, avec un laïc et une religieuse, nous prêchons, expliquons les sacrements, etc. Nous nous appuyons aussi sur notre radio catholique locale, très écoutée, et organisons en mai, une grande procession mariale, qui a réuni, 300 personnes en 2015 et 8100 en 2017!

En fait, vous haranguez… comme les Églises du réveil, ces sectes évangéliques très répandues?

Nous avons un côté folklore, oui, mais nous nous appuyons aussi sur l’adoration. Pendant la campagne d’évangélisation, le 1er jour, je danse avec les gens et dès le 2ème, je leur cite Matthieu 6-6 : « Quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le secret ; et ton Père te le rendra. »

Cela suffit-il  à tenir en respect ces Églises du réveil ?

Non. D’ailleurs, l’Église catholique, bien qu’encore très écoutée, n’est plus LA référence. Entre 1995 et 2005, on est passé de 60% de catholiques à 40%. On s’est senti essoré. Il y a eu comme une saignée.

Pourquoi cette saignée?

L’homme politique a pointé l’Église catholique comme la seule institution en mesure de lui faire de l’ombre. Il voulait l’affaiblir en alimentant financièrement les Églises du réveil et en leur créant une fédération. Il a cloué l’Église catholique au pilori. Il était temps que je sorte dans la rue !

Ça va mieux ?

Oui, certains reviennent chez les catholiques mais d’autres menaces perdurent ou apparaissent : la franc maçonnerie – une vraie calamité – et aussi l’islam. Face à la pauvreté du pays, l’islam et son argent séduisent les jeunes. Jusque dans les rangs de mes servants de messe !

Un exemple précis ?

Alain. Il était enfant de chœur et avait disparu du jour au lendemain, ne donnant aucun signe de vie pendant deux ans… quand un paroissien le retrouve en train de faire ses ablutions dans une boutique. Il porte une grande barbe. Je lui demande depuis quand il est musulman. Il répond : « Père, quand j’étais votre servant, m’avez-vous donné un boulot ? Avec l’islam, j’ai eu une bourse, une femme et ma boutique. » On l’avait envoyé étudier le Coran à l’étranger. En contrepartie, il obtenait une situation. Aujourd’hui, il est en charge de recruter d’autres jeunes! Cette histoire m’a vraiment bouleversé.

Comment l’islam a-t-il obtenu cette visibilité ?

Alors que les musulmans étaient surtout perçus comme des étrangers d’Afrique de l’Ouest, ils ont épousé des femmes congolaises qui, avec le mariage, sont devenues musulmanes mais restées congolaises! Certains musulmans arrivent aussi au milieu de nulle part et construisent une mosquée vide… en prévision du retour des jeunes boursiers, partis étudier en Arabie Saoudite par exemple.

Et dans votre diocèse ?

Il y a au moins 3 mosquées récentes… et un certain nombre de futurs djihadistes.

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