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Congo-Brazzaville : Un prêtre chez les Pygmées

Publié le 8 mars 2018

Le père Franck Bango est curé de la toute première paroisse pygmée du pays, située dans le diocèse d’Ouesso, au nord du Congo. L’AED l’a rencontré fin février 2018. Récit d’un apostolat hors du commun, auprès des plus petits hommes du monde.                                                                                                   

Des Pygmées catholiques, une première ?

Il existe des Pygmées catholiques depuis quelques années mais leur présence reste très discrète. Ils fréquentent les paroisses proches de leur village, dans plusieurs diocèses, cela grâce au travail de fond initié par les Spiritains dès les années 60/70 puis par les sœurs franciscaines missionnaires de Marie. La vraie nouveauté, c’est de créer une paroisse dans leur village, tenue par eux-mêmes et commencée à leur demande.

En quoi est-ce inédit ?

Presque tout le fonctionnement de la communauté leur incombe – sauf ce que fait le prêtre. Ils sont eux-mêmes catéchistes, tiennent la trésorerie, font le programme des célébrations liturgiques, forment la chorale et les servants de messe… sans pour autant constituer un repli sur eux-mêmes. Dans leur paroisse, chacun est le bienvenu, y compris celui qui n’est pas pygmée.

A votre arrivée il y a 4 ans, quel accueil avez-vous reçu ?

En 2014, quand je suis arrivé, je ne venais ni donner d’argent, ni dispenser des services humanitaires comme le font les sœurs, toujours présentes aujourd’hui pour les soins de santé et les écoles. Je venais évangéliser. Point. Les Pygmées étaient un peu réticents.

Pourquoi cette réticence?

D’abord, ils ne me connaissaient pas. Deux ans ont été nécessaires pour qu’ils m’acceptent. J’ai vécu avec eux, suis allé à la pêche avec eux… Ensuite, ils pensaient que le Christ n’était pas compatible avec leurs traditions mais j’ai découvert qu’ils vivaient déjà certaines valeurs évangéliques sans même le savoir.

Un exemple ? Comment vivent-ils ?

Ils se marient pour la vie. Le concept de divorce n’existe pas chez eux. Ni celui de polygamie. Ils ne sont pas matérialistes, n’ont pas d’argent pour acheter de télévision. Leurs biens, c’est la famille. Ils sont très attachés à la vérité.

Quand je leur ai expliqué leur proximité avec la doctrine de l’Église, les choses ont commencé à changer. Ils m’ont écouté et, comme ils sont dotés d’une mémoire hors norme, ils retenaient tout. Du coup, en juin 2016, nous avons célébré les deux premiers mariages avec baptêmes. En 2017, les mêmes ont été confirmés. L’un d’eux est déjà formé comme catéchiste. En juin 2018, il y aura de nouveaux mariages.

 

Combien sont-ils ?

Ce sont des nomades. C’est très dur de donner un chiffre mais on estime que 3000 se répartissent un peu partout dans le diocèse et une centaine, là où commence la paroisse, dans le village de Péké.

Viennent-ils à la messe tous les dimanches ?

Dans l’ensemble, oui. Mais les premiers temps, quand arrivait le week-end et qu’il y avait une fête de la circoncision (fête traditionnelle pygmée), ils buvaient tellement le samedi que le dimanche, ils étaient trop saouls et me disaient : « monsieur l’abbé, tu vas prier seul ! » Alors j’essayais de leur montrer que l’alcool diminuait le respect que leurs femmes et leurs enfants pouvaient leur porter. Ça a commencé à les interpeller, petit à petit. Maintenant, ils vont toujours à leur fête mais ils  boivent modérément… pour pouvoir aller à la messe le lendemain !

Qu’est-ce que la foi catholique change dans leur vie (mise à part leur façon de faire la fête) ?

J’essaye, par exemple, de leur enseigner à ne pas prendre ce qui ne leur appartient pas. Ils n’ont pas la culture « du grenier », des économies, car ils ne disposent pas forcément des moyens matériels pour le faire (réfrigérateur…) et ça les expose à la précarité. Quand un homme tue un éléphant, il prend sa femme, ses enfants, son oncle… et ils vont en forêt jusqu’à consommer les derniers morceaux. Quand ils voient une banane mûre, ils se servent, même si ce n’est pas leur bananier.

Ne rejettent-ils pas vos enseignements qui troublent leur quotidien ?

Non, à cause de leur système de fétiches. Par exemple, un propriétaire de mangues qui ne veut pas être dévalisé attache des coquilles d’escargot sur ses fruits. Si quelqu’un cueille un fruit à coquille, le fétiche est censé le punir… Les Pygmées veulent être libérés de ces pratiques. C’est là que j’interviens. J’explique que quand tu fais du mal à l’autre, tu fais du mal à Dieu.

Sont-ils tentés par les « Églises du réveil » qui fleurissent un peu partout au Congo Brazzaville?

A Péké, quand je suis arrivé en 2014, coexistaient « l’Église du Dieu de l’huile » et celle de la « Pentecôte ». Elles proclamaient : « quand tu es malade, la maladie ne vient pas de Dieu mais d’un oncle ou d’une tante qui a jeté un sort. » Ça divisait les familles. Pour les Pygmées, la famille restant sacrée, ces églises ne les ont pas complètement convaincus.

Comment les avez-vous convaincus, vous ?

Il faut avoir beaucoup de patience… malgré les moments de découragement. Et les aimer. Les aimer de tout son coeur.

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