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Égypte : Le courage d’un député engagé auprès des chrétiens

Publié le 3 juillet 2018

Dr Imad Gad est membre de la Chambre des députés égyptienne et professeur de sciences politiques à l’université du Caire. Il a représenté le « Parti des Égyptiens libres » (Free Egyptians Party) durant plusieurs périodes législatives et s’évertue à défendre le droit des chrétiens. A ses risques et périls. Il se confie, sans langue de bois, à l’AED.

« En 2012, j’étais membre de la Commission des relations étrangères au Parlement qui était alors contrôlée par la Société des Frères musulmans. Le président de la  commission était Essam Al-Erian, l’un des chefs de file des Frères musulmans.  En ce temps-là, j’ai été marginalisé et je n’ai pas été invité à discuter des questions importantes. Un jour je lui ai catégoriquement dit : ‘ J’ai le choix entre défendre mes principes et mes convictions, ou vous flatter et dire ce que vous attendez de moi. Mais je ne peux faire autrement que de rester fidèle à mes principes et convictions, et d’affirmer que les Frères musulmans sont un groupe extrémiste raciste qui opprime les Coptes et attaque les églises.‘ C’est la dernière fois que j’ai participé aux réunions de la commission. »

« Pour moi en tant qu’homme politique chrétien, la situation actuelle est particulièrement tendue. Le président Abdel Fattah Al-Sissi tente de mettre en œuvre le concept des citoyens égaux, et a adopté des mesures qu’aucun président égyptien n’a prises avant lui. Il le fait parce qu’au cours des sept années passées depuis la révolution de 2011, il a vu à quel point les Coptes aiment et soutiennent leur pays et ont sans cesse rejeté toute tentative d’ingérence dans la politique intérieure. Cependant, ses efforts entrent en conflit avec les forces réactionnaires de l’appareil d’État, qui fonctionnent selon les vieilles méthodes. Il s’agit notamment des services de sécurité, qui gèrent les problèmes de violence contre les Coptes en organisant habituellement des séances de réconciliation dont il résulte au final l’impunité des coupables. »

« Durant la crise en 2016, par exemple, dans le village de Karm el Lofy, situé dans la province d’Al-Minya en Moyenne-Égypte, lorsqu’une foule de musulmans a attaqué une femme âgée, Souad Thabet, et lui a arraché tous ses vêtements, il y a eu de grandes tensions entre Ali Abdel Aal, le porte-parole de la Chambre des députés, les autres membres du Parlement et moi. Sur ma page Facebook, j’ai écrit : ‘ Il y a un plan infernal pour humilier les Coptes dans lequel l’appareil de sécurité de l’Etat est impliqué.

« Je voulais attirer l’attention sur l’injustice subie par Madame Thabet, et sur l’insistance de certains agents de sécurité voulant résoudre le problème de la manière habituelle, la victime perdant son droit à un procès équitable et à ce que justice soit faite.

Ce fut une période difficile à cause du mépris des membres du Parlement d’Al-Minya. Quelques députés d’Al-Minya étaient fonctionnaires de la police. Il a été dit  que certaines des personnes qui avaient attaqué Souad Thabet étaient des proches de l’un de ces députés. Ceux-ci ne voulaient donc pas que ce sujet soit abordé. Je dois avouer que certains députés coptes ont été une épine dans notre camp plus que quiconque. Malheureusement, il y a beaucoup d’hommes politiques coptes qui croient que leur présence au Parlement et leur ascension au pouvoir dépendent de leur capacité à être agréables à l’État ou au service de sécurité local.

« J’ai aussi rédigé des douzaines d’articles pour le quotidien égyptien Al Watan, dans lesquels j’ai critiqué la façon dont l’appareil de sécurité traite les incidents de violence contre les Coptes. Certains des articles étaient intitulés ‘ Peu de sécurité‚ beaucoup de politique’. Mon point de vue est que le thème de la sécurité est important, mais que la politique devrait passer avant les questions de sécurité et pas l’inverse. La politique axée sur la sécurité a donné des résultats catastrophiques lors d’affrontements entre les communautés religieuses. Des églises ont été fermées pour des raisons de sécurité. Cela reflète un mode de pensée qui part du principe que l’ouverture d’une nouvelle église engendrera inévitablement un conflit entre les communautés religieuses. »

« En raison de mes opinions, j’ai été harcelé et marginalisé de différentes manières »

« En raison de mes opinions, j’ai été harcelé et marginalisé de différentes manières. Par exemple, ils ont cessé de publier mes articles dans le quotidien Al Watan. En décembre dernier, un ancien policier m’a menacé dans une émission à la télévision publique. Il a dit : ‘La lame de l’appareil interne est très tranchante, et vous feriez mieux d’être très loin d’ici.’ En écrivant sur Facebook, je me suis demandé s’il s’agissait d’une menace de mort. Mais cela n’a pas continué et suite à l’intervention de personnalités politiques et d’autres services gouvernementaux, cette campagne a été stoppée. »

« On m’a aussi harcelé en m’interdisant de prendre la parole dans les débats parlementaires et en m’excluant lorsque des délégations de députés égyptiens se rendaient à l’étranger pour des visites officielles. Au lieu de cela, on a accepté que des députés sans expérience politique et sans connaissances en sciences politiques et relations étrangères, c’est-à-dire mes domaines d’expertise, prennent la direction de la commission des relations étrangères. »

« J’étais membre du Parti des Égyptiens libres et en qualité de membre du directoire politique du parti, j’ai remporté un siège au Parlement. Mais lorsque les forces de sécurité ont fait pression sur le parti afin que celui-ci m’exclut, le parti a nommé Alaa Abed comme président du groupe parlementaire. Cet homme est un ancien policier, accusé d’avoir pratiqué la torture, et qui a été démis de ses fonctions. Cette mesure était censée faire pression sur moi pour que je modifie mes opinions politiques. »

« Malgré la gravité de tous ces incidents, l’Égypte reste mon pays et nous ne parviendrons à obtenir des changements qu’à travers la résistance et le refus d’une politique erronée. En fait, il existe beaucoup de députés musulmans qui ont montré un grand courage en s’engageant en faveur de la cause chrétienne. »

Lavage de cerveaux

« Ici aussi, le problème est énorme dans différents domaines. Dans la province d’Al-Minya notamment, beaucoup de gens considèrent les Coptes comme des infidèles et des hérétiques, et les accusent même de sorcellerie. Je me souviens d’un incident qui s’est produit il y a de nombreuses années, lorsqu’une foule de musulmans a attaqué une église et y a découvert des écrits en langue copte. Bien que les assaillants ne connaissaient pas cette langue, ils ont prétendu que l’Eglise exerçait un sortilège empêchant que les filles musulmanes se marient ! »

« Malheureusement, beaucoup de gens ont été soumis depuis leur enfance à un lavage de cerveau par des fanatiques qui prêchent l’intolérance. Nous avons besoin d’un processus de changement de culture. Dans ce contexte, il faut aussi modifier les manuels d’enseignement qui prônent la violence contre les chrétiens. »

Malgré toutes ces adversités, le député Imad Gad continue de lutter pour les droits des chrétiens égyptiens. Il ne se taira pas et accepte les risques liés à son attitude courageuse. Cependant, il n’est pas seul, et selon ses propres dires, il bénéficie même du soutien de quelques cercles musulmans. Il en va de l’avenir de la plus grande communauté chrétienne du Proche-Orient.

 

 

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