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Émirats Arabes unis : Autorisation pour une nouvelle église

Publié le 21 novembre 2017

Marc Fromager, directeur de l’AED, est de retour des Émirats Arabes Unis. Dans cette interview avec l’AED, il nous livre des informations sur la vie de l’Église locale et revient sur la visite du Patriarche Bechara Rai en Arabie Saoudite, pays voisin des Émirats. 

–     Marc Fromager, vous rentrez des Émirats Arabes Unis. Quelle est l’atmosphère là-bas? 

C’est un pays étonnant où plus de 80% de la population est étrangère. Ces expatriés n’ont pas vocation à rester et leur présence est sévèrement contrôlée. La majorité provient d’Asie avec de forts contingents de la péninsule indienne mais aussi des Philippines. Parmi eux, on compte un certain nombre de chrétiens, ce qui fait que les 8 paroisses catholiques du pays sont totalement débordées : il y a tout simplement trop de fidèles à vouloir assister aux messes.

En soi, c’est bien sûr une bonne nouvelle même si on aimerait bien qu’il y ait l’autorisation pour au moins quelques églises supplémentaires. Mgr Paul Hinder, le Vicaire apostolique pour l’Arabie Sud, m’a justement confié qu’un nouveau lieu pour une église venait d’être autorisé, ce dont il se réjouissait bien sûr.

Collée à son évêché à Abu Dhabi (la capitale des E.A.U.), il y a une grande mosquée et lorsqu’il y a l’appel à la prière, on ne s’entend plus du tout. Cette mosquée est nommée Marie, Mère de Jésus! Étonnant, non?

–    La péninsule arabique connaît actuellement une certaine agitation, notamment en Arabie Saoudite. Les E.A.U. en sont-ils affectés ?

Les deux pays sont liés, ne serait-ce que par leur intervention au Yémen et plus généralement par une forme d’appréhension à l’encontre de l’Iran. Ce qui se passe chez leurs voisins saoudiens a forcément un impact sur les émiratis, d’autant que l’onde de choc est à la fois économique, politique et religieuse.

Sur ce dernier point, la virulence avec laquelle le prince héritier saoudien a critiqué le wahhabisme ne pourra pas ne pas avoir de conséquences sur la scène religieuse de la péninsule.

–   Justement, quel sens donner à la visite historique du Patriarche maronite Bechara Rai en Arabie Saoudite?

Cette visite est évidemment liée aux événements qui se déroulent au Liban et notamment la démission surprise du Premier Ministre le 4 novembre dernier, derriere laquelle il est difficile de ne pas voir la main saoudienne. Le Patriarche n’est pas uniquement le chef des maronites mais une réelle autorité politique au Liban et c’est sous cet angle qu’il faut sans doute comprendre ce déplacement. Il n’en demeure pas moins qu’il est une des principales figures du christianisme au Moyen-Orient et que cette visite constitue une première.

–    Quelles sont les conclusions de cette visite ? peut-on espérer une ouverture vers la liberté religieuse ?

Certains y ont vu ou ont cru pouvoir interpréter que cette visite annonçait une probable prochaine autorisation de construction d’une église en Arabie Saoudite – il n’y en a aucune en dépit de plus de 2 millions de chrétiens dans le pays – mais sans doute est-il encore trop tôt pour arriver à ce genre de conclusion. En réalité, rien n’a été officiellement annoncé et le fait que la nouvelle ait largement circulé ne confirme en rien son authenticité.

Quant à une éventuelle évolution de la situation religieuse à l’intérieur du pays, qui vivra verra! L’ambition de MBS (Mohammed ben Salmane Al Saoud, le prince héritier) sur ce sujet semble aussi vaste que sur d’autres sujets – reformes économiques et politique étrangère – mais attendons d’abord d’en voir l’application concrète. Quoiqu’il en soit, nous vivons une époque passionnante ! Espérons qu’elle puisse être constructive et porteuse de paix dans cette région sous tension permanente.

 

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