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ÉQUATEUR : « Remplir l’âme et l’estomac »

Project trip of Marco Mencaglia and Cristina Restrepo
Le Père Coronel, d’Équateur explique à l’AED comment les aides fournies par l’Église sont distribuées après le tremblement de terre.

La présence de l’Église est maintenant d’une importance décisive. « La foi fait énormément de bien aux gens », assure le Déhonien Père Pedro Jesús Arenal à Pedernales. Ils vont d’une maison à l’autre, ils rendent visite à chaque famille et s’en occupent aussi sur le plan spirituel. Ainsi, dans les régions les plus touchées par le séisme du 16 avril, prêtres, catéchistes et volontaires des paroisses de l’archidiocèse de Portoviejo distribuent les kits d’urgence composés de denrées alimentaires et de médicaments. Ils fournissent de l’eau, des remèdes, du riz, des haricots, des serviettes de toilettes, des matelas pneumatiques, etc. Le Père Walter Coronel, prêtre et missionnaire Fidei Donum de Portoviejo, déclare dans un entretien avec l’AED que les familles entières ont abandonné leurs maisons. Elles s’abritent à l’angle des rues, se terrent sur les trottoirs, sous des bâches en plastique maintenues par des bâtons. Jour et nuit, exposées à la chaleur et au froid. « Et lorsqu’il pleut ? ». « Alors les gens sont mouillés. »

Notre mission consiste actuellement à « remplir l’âme et l’estomac. À les écouter, afin qu’ils ne se sentent pas seuls, à leur apporter l’amour du prochain de l’Église. » Ce prêtre équatorien raconte que les camions acheminent de grandes quantités de matériaux d’aide fournis par l’État. « Les klaxons retentissent. Les gens entourent les camions, forment de véritables grappes humaines, se bousculent, se battent, tandis que les plus faibles et les plus âgés ne reçoivent rien du tout ». Il souligne que c’est la raison pour laquelle les institutions ecclésiastiques pilotent la distribution des fournitures d’aide. Par ailleurs, le soutien ne se compose pas seulement de biens matériaux, mais il est aussi de nature spirituelle, et l’Église accompagne tous les sinistrés à travers ses prières.

Mgr Lorenzo Voltolini Esti, archevêque de l’archidiocèse de Portoviejo, remercie l’AED pour le soutien d’urgence arrivé sur place quelques jours après le tremblement de terre ravageur. « Nous sommes comblés par votre solidarité. Nous vous remercions infiniment de tout ce que vous nous avez envoyé. Nous voulons nous relever et reconstruire tout ce que le tremblement de terre nous a pris. Ne nous oubliez pas », implore-t-il.

La vie sur le périmètre d’un ancien aéroport
De nombreuses familles sont parties vivre dans d’autres villes, par exemple à Quito ou à Guayaquil, chez des parents ou proches. Mais la plupart des gens ont trouvé refuge à « Tendópolis » la cité des tentes. Voilà comment la population a baptisé l’immense esplanade de l’ancien aéroport de Portoviejo. Comme aucun bâtiment n’a été construit autour, beaucoup de gens s’y sont rendus après le séisme. Les hôpitaux d’urgence et des points d’accueil ont été installés. Une grande solidarité règne parmi les sinistrés. On cuisine des marmites de soupe pour tout le monde et on partage le peu que l’on possède. La plupart des gens ont tout perdu. Mais malgré cela, et malgré l’effondrement émotionnel, beaucoup ont encore la force de travailler comme volontaire et de sillonner les villes pour distribuer les aides d’urgence. Ils acceptent sciemment le risque de contracter des maladies ou des infections « bien qu’ils se protègent en portant des masques ». Il n’y a pas d’installations sanitaires et les mesures de santé publique « brillent par leur absence ». L’accès à quelques régions a été interdit à cause du risque de contagion.

Le Déhonien espagnol Père Pedro Jesús Arenal est aussi venu ici. Bien qu’il vive actuellement à Quito, il a passé de longues années dans cette région le plus gravement touchée par le séisme, dans la maison des Déhoniens à Bahía de Caráquez. Dans un entretien avec l’AED, il a déclaré « que le plus dur restait maintenant à faire pour l’Église ». Car maintenant, les gens commencent à comprendre réellement ce qui s’est passé. « Lorsque je suis arrivé à Pedernales quelques heures après le tremblement de terre, je voyais les gens errer dans les rues, tels des zombies. Ils étaient totalement en état de choc. Ils ne répondaient pas. Ils ne réagissaient que lorsqu’ils sentaient des répliques du séisme. Ils commençaient alors à crier. » Ils ont non seulement perdu des êtres chers et leurs habitations, mais aussi leur travail, « qui leur assurait la dignité. Maintenant, ils n’ont pas de revenu. C’est un grand choc psychique. » Ils ont besoin de soutien émotionnel, qu’on les prenne dans les bras, qu’on les console. « La présence de l’Église est maintenant d’une importance décisive. La foi fait énormément de bien aux gens », déclare le Père Jesús, qui vit en Équateur depuis 13 ans. « Les plus pauvres d’entre eux ont le moins de possibilités d’entamer une nouvelle vie. Leur pauvreté s’est métamorphosée en détresse. Leur désespoir les pousse parfois à voler. »

Malgré cette situation terrible, les Équatoriens ne renoncent pas à sourire et à garder espoir. « Ils ont presque tout perdu, mais personne n’est triste », souligne le Père Coronel. Il rappelle les paroles prononcées par le pape François lors de son voyage apostolique en Équateur en juillet 2015, alors qu’il demandait aux Équatoriens quelle était leur « recette » pour être un peuple aussi « bizarre » : « Partout où je vais, l’accueil est toujours chaleureux, joyeux, cordial, religieux, empreint de dévotion, de tout côté. Mais ici, (…) il y avait quelque chose de différent. (…) Quelle est la recette de ce peuple ? (…) Qu’est-ce que ce peuple a de différent ? Et ce matin, en priant, la consécration au Sacré Cœur s’est imposée à moi. (…) Tout ce que vous avez de richesse, de richesse spirituelle, de dévotion, de profondeur, vient du fait d’avoir eu le courage – parce que ce furent des moments très difficiles –, le courage de consacrer la Nation au Cœur du Christ, ce Cœur divin et humain qui nous aime tant. » Telles furent les paroles de Sa Sainteté le pape François lors de sa rencontre avec le clergé, les religieux, les religieuses et les séminaristes au sanctuaire national marial El Quinche, en Équateur.

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