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ÉTHIOPIE : « La meilleure chose qui ait pu m’arriver comme prêtre »

Publié le 29 novembre 2019

Le vaillant Père nigérian Kenneth Iwunna exerce son ministère dans une région isolée des confins de l’Éthiopie. Heureux, il confesse cependant que quand il doit traverser la forêt la nuit, il lui arrive d’avoir peur : « Il y a des léopards, d’immenses serpents et beaucoup de hyènes ».

« J’ai toujours voulu devenir prêtre », se souvient le Père Iwunna, 45 ans. Enfant, il se rend à la messe tous les matins, au risque d’arriver en retard à l’école et d’être puni. Enfant de chœur, le prêtre est son grand modèle : « Tout ce que le prêtre faisait m’a plu », dit-il en souriant.

Au sein de la Congrégation du Saint-Esprit, il travaille comme missionnaire en Éthiopie depuis 7 ans au service des Boranas, une ethnie nomade du Sud du pays. À son arrivée, il est frappé par l’isolement des lieux, mais cela ne le décourage pas : « Cela fait partie du charisme de notre congrégation de travailler dans des régions reculées où l’Église a du mal à vivre. » Aujourd’hui, il est curé de la paroisse Sainte-Croix à Dhadim. Les 9 000 habitants de la paroisse comptent déjà 5 000 fidèles catholiques, avec une tendance à la hausse. Beaucoup  veulent se faire baptiser.

L’Église s’adresse à tous

Les Boranas, ces habitants des confins désertiques, sont impressionnés par l’universalité de l’Église, explique le prêtre. La Sainte messe qui est célébrée à même la terre rouge éthiopienne, sous le soleil africain, est identique à celle célébrée sous la coupole de la place Saint-Pierre de Rome. La paroisse du père Iwunna est très vivante. Rencontres de catéchèses, cercles de lecture de la Bible et pastorale pour les vocations rythment les journées. Cette dernière porte des fruits : deux jeunes filles boranas veulent devenir religieuses et cinq jeunes hommes s’intéressent au sacerdoce.

Les jeunes en particuliers, se montrent très actifs. Grâce au soutien de l’AED, 65 à 100 jeunes peuvent participer chaque année à un programme pastoral de trois jours qui se déroule dans un autre diocèse. « La plupart d’entre eux n’ont jamais quitté leur village, rapporte le prêtre. C’est une expérience importante pour eux de rencontrer des jeunes d’autres ethnies et d’échanger avec eux. […] Un autre signe positif est qu’après ces rencontres, ils sont plus motivés pour apprendre une autre langue, par exemple l’anglais, et pour aller à l’école ».

Grâce au soutien de l’AED, il a également été possible d’initier un programme pour les époux. Le Père Iwunna raconte : « Les adultes nouvellement baptisés, non mariés religieusement, ne sont pas autorisés à recevoir la communion. Beaucoup n’ont pas les moyens de se payer les alliances et les vêtements de fête. Nous organisons donc des mariages religieux pour plusieurs couples à la fois et procurons tout ce qu’il leur faut pour la noce. C’est un grand soulagement pour les couples quand ils se marient enfin à l’église et peuvent recevoir la communion».

Amélioration de la condition des femmes

La situation des femmes s’est également améliorée : « Les femmes boranas sont très timides. La tradition ne leur permet pas de faire grand-chose en dehors de la maison. L’Église leur offre la possibilité de devenir catéchistes et d’enseigner. Les gens l’ont accepté. Nous encourageons également les filles à aller à l’école. Ainsi, le nombre de mariages des très jeunes gens a fortement diminué. Nous misons sur l’évangélisation à travers l’éducation. »

Globalement, beaucoup de choses se sont améliorées. Avant, ce territoire était souvent ébranlé par des conflits tribaux. La situation s’est considérablement améliorée – notamment grâce à la présence de l’Église catholique. « Ce n’est qu’en période de sécheresse qu’il y a parfois des conflits entre agriculteurs et éleveurs à la recherche de pâturages », raconte le prêtre.

Un agneau au milieu des léopards

Toutefois, ce ne sont pas les défis qui manquent : « Les routes sont dans un très mauvais état, et sur la plupart des chemins, on ne peut avancer qu’à pied, en mobylette ou à vélo. Parfois, il me faut parcourir 25 à 30 kilomètres. Quand je suis en route tout seul et que je dois traverser la forêt, il m’arrive d’avoir peur. Il y a des léopards, d’immenses serpents et beaucoup de hyènes. Lorsque je suis appelé d’urgence, je suis souvent en route tout seul la nuit. »

Le Père Kenneth Iwunna aimerait passer toute sa vie en Éthiopie. Il est heureux d’être missionnaire parmi les Boranas : «  Être prêtre ici, c’est la meilleure expérience qui soit pour moi. Ma foi s’en est encore approfondie. Il m’est permis de soutenir des gens qui ne peuvent pas s’aider eux-mêmes. Je peux les aider à mieux connaître Dieu et ainsi, je leur donne la Vie. C’est la meilleure chose qui ait pu m’arriver. »

 

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