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ETHIOPIE : Un pays (enfin) pacifié ?

Publié le 25 octobre 2018

Dimanche 21 octobre, l’Ethiopie a signé un accord de paix avec l’un des plus anciens groupes rebelles du pays, le Front national de libération de l’Ogaden. Le 16 septembre dernier, un autre accord de paix avait été conclu avec l’Erythrée, mettant fin à une guerre de 20 ans. Fervent partisan de la paix et de la réconciliation, la petite Eglise catholique d’Ethiopie, qui représente 2% de la population, s’est réjouie de la signature de ces accords. A cette occasion, le président de la conférence épiscopale éthiopienne, évêque d’Addis-Abeda, le cardinal Berhaneyesus Demerew Souraphiel, s’est confié à l’AED.

En Éthiopie, la paix est-elle menacée par des conflits religieux ou ethniques ?

Pour l’instant, la menace proviendrait plutôt de conflits ethniques, parce que le système gouvernemental fédéral éthiopien repose sur l’origine ethnique. Cela souligne les disparités et crée plus de tension en donnant un poids plus important aux différences ethniques qu’à l’unité de tous les habitants en Éthiopie. C’est pour cette raison qu’il y a des conflits ethniques dans différentes régions éthiopiennes. J’espère que le nouveau Premier ministre, Mr Abiy Ahmed, unira le pays et accordera une plus grande priorité à l’unité qu’à la diversité.

Converti au protestantisme, de l’ethnie Oromo, le nouveau Premier ministre, Abiy Ahmed, est-il l’homme qu’il faut pour remédier aux conflits ?

Oui, je pense qu’il l’est, parce qu’il a été désigné par le parti de la coalition. C’est un homme de l’unité. Toutefois, il est probable que certains représentants de l’ancien gouvernement ne soient pas heureux de la manière dont il remplit ses nouvelles fonctions. Il a des adversaires. Au cours des six derniers mois, Abiy Ahmed a insisté sur le fait que les gens devaient se rassembler, se pardonner les uns aux autres, se réconcilier et résoudre leurs conflits. Sa plus forte motivation provient de son amour envers son pays. L’avenir montrera s’il est l’homme de la situation ou pas. Il a signé la paix avec l’Érythrée.

Si ce pays parvient à mettre en place des institutions démocratiques pour un gouvernement stable, il pourra garantir à l’avenir la stabilité non seulement dans la Corne de l’Afrique, mais aussi dans toute l’Afrique orientale.

Quels sont les rapports entre chrétiens et musulmans dans votre pays ?

Jusqu’à présent, les relations entre l’islam et le christianisme ont été pacifiques [NDLR : les chrétiens représentent 59,2% de la population et les musulmans 34,4%]. Le prophète Mahomet a fondé l’Islam à La Mecque. Il a été persécuté par sa propre tribu et a été obligé de s’enfuir. Il a envoyé ses proches en Éthiopie. Les musulmans étaient des réfugiés quand ils sont arrivés en Éthiopie. Dans la tradition musulmane, il est écrit : « Ne touche pas à l’Éthiopie, car l’Éthiopie s’est toujours montrée amicale envers nous alors que nous étions des réfugiés. » Nous menons une coexistence pacifique, en premier lieu avec les sunnites d’Éthiopie.

Le pays ne compte pas beaucoup de fondamentalistes. En Somalie, des fondamentalistes shebabs entretiennent des relations avec Al-Qaïda, mais en Éthiopie, nous avons une coexistence pacifique entre chrétiens et musulmans.

Que fait l’Église catholique pour la jeunesse de votre pays, tentée par l’émigration ?

L’Église catholique en Éthiopie est une Église minoritaire [NDLR : elle représente moins de 2% de la population]. Pourtant, elle dirige de nombreuses institutions pour les jeunes, qu’il s’agisse d’institutions éducatives, sociales ou de santé, tant dans les régions rurales qu’urbaines. Nous gérons plus de 400 établissements scolaires, à travers tout le pays. Dans les villes, la plupart des écoles subviennent elles-mêmes à leurs besoins, mais dans les zones rurales, elles ont besoin de soutien. Nous nous occupons des jeunes de différents groupes ethniques ou religieux : orthodoxes, musulmans, protestants. L’Église catholique en Éthiopie considère qu’il est très important d’offrir aux jeunes des possibilités de formation professionnelle en fonction de leurs capacités. Nous formons également des jeunes femmes comme infirmières, cuisinières et gérantes d’hôtel.

Ce faisant, nous les encourageons à rester dans leur pays et à y travailler. Pour cela, nous avons besoin d’une infrastructure et de la possibilité de créer des emplois. Nous n’encourageons pas l’émigration, et encore moins l’émigration illégale. Ceux qui s’aventurent dans cette voie se mettent à la merci de bandes de passeurs qui opèrent dans l’illégalité la plus complète, faisant parvenir les migrants en Arabie saoudite en transitant par la Mer rouge, ou en Europe en traversant la Libye. Si l’émigration s’avère incontournable, elle doit être légale. Nous sentons que les jeunes gens aiment leur pays, encore faudrait-il leur donner la possibilité d’y rester.

Comment se fait-il que l’Éthiopie soit l’un des pays qui accueille le plus de réfugiés ?

L’Éthiopie a beaucoup à offrir au monde. Elle a accueilli près d’un million de réfugiés du Sud-Soudan, de Somalie et d’Érythrée. Pour quelles raisons ? Parce que l’Éthiopie prône les valeurs chrétiennes. C’est une terre chrétienne depuis le temps des apôtres.

Nous pensons que l’hospitalité fait partie de l’héritage chrétien de l’Éthiopie. Les valeurs chrétiennes sont très importantes. Une personne âgée, un réfugié, un migrant est avant tout un être humain. Il a peut-être été envoyé par Dieu. C’est peut-être une bénédiction. Accueille-le, traite-le bien. C’est un principe biblique que l’Éthiopie a pratiqué des siècles durant. Nous avons accueilli ici des Juifs avant que, bien plus tard, ils n’aillent en Israël. Pareil pour les Arabes. Nous avons accueilli des Arméniens qui étaient persécutés en Turquie. L’Éthiopie a toujours été une terre d’hospitalité fidèle aux Évangiles.

Je pense que l’Europe devrait également rester fidèle à son héritage chrétien. L’Occident ne devrait pas avoir honte d’être une région chrétienne avec de grandes valeurs, tant en temps de crise qu’en période de prospérité. L’Éthiopie a montré qu’il fallait donner à la religion la place qui lui revient dans la société. Nous espérons pouvoir transmettre ce message à d’autres.

 

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