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INDE : Des attaques de plus en plus violentes contre les chrétiens (1/2)

Publié le 12 avril 2019

L’Inde vient d’entamer son processus électoral qui se déroulera en sept étapes, entre le 11 avril et le 19 mai. Le parti nationaliste hindou, le Bharatiya Janata (BJP), cherche à se maintenir au pouvoir alors que les violences interreligieuses ont augmenté au cours de son mandat. Le cas le plus récent s’est produit le 26 mars dernier dans le collège catholique Little Flower de Chinnasalem, dans le Tamil Nadu, quand une foule de fondamentalistes hindous ont démoli l’école et essayé d’étrangler les religieuses responsables du lycée. Mgr Theodore Mascarenhas, Secrétaire général de la Conférence épiscopale indienne, a répondu aux questions de l’AED. (partie 1/2)

AED : La violence de l’attaque du collège catholique Little Flower de Chinnasalem, dans le Tamil Nadu, le 26 mars, a surpris. Y a-t-il une raison à cette attaque ?

L’année dernière, le fondamentalisme a plus ou moins augmenté dans le Tamil Nadu. Ce sont surtout les « églises domestiques » évangéliques ou protestantes qui s’en sont plaintes. Il y a ainsi un activiste qui publie sur le web des histoires de groupes de chrétiens tabassés alors qu’ils priaient dans des églises domestiques, ou évoque la destruction d’une petite église.

Jusqu’à présent, en tant qu’Église catholique, nous n’avions pas subi ce genre d’attaque ouverte, du moins pas d’attaque d’une telle ampleur. Il n’y a eu que de petites choses. Il y a deux ans, il y a eu un incident le Vendredi saint quand une foule nous a empêchés de célébrer l’office à un endroit.Nous avons ainsi eu des incidents ici ou là. Cependant, les Églises protestantes, groupes protestants et autres petites confessions ont eu beaucoup de problèmes au cours de ces deux dernières années. Je n’ai donc pas été surpris que finalement, on nous attaque aussi. Mais le fait qu’il s’agisse d’une attaque de si grande ampleur est vraiment effrayant.

Cela a dû être aussi un choc énorme pour les sœurs de la Congrégation franciscaine du Cœur Immaculé de Marie, qui administrent l’école depuis 74 ans. Quelle est la situation actuelle à Chinnasalem ? Comment vont les religieuses ?

C’est une petite ville. Les religieuses ont fait un excellent travail pour les enfants très pauvres. Et, de fait, le pensionnat accueille des jeunes filles qui proviennent de régions où les familles sont très humbles et dans un grand dénuement. Le pensionnat vise à aider ces enfants. J’ai parlé aux sœurs hier et j’ai également parlé avec l’archevêque, et pour l’instant, quelques personnes ont été arrêtées et nous attendons d’autres arrestations. Mais, pour moi, l’important n’est pas ce qui se passe après l’incident. Pour moi, ce que nous devons nous demander, c’est comment ces incidents peuvent se produire dans une société civilisée.

Plus que l’incident lui-même, malgré sa gravité, c’est la dimension sociale qu’il implique qui vous préoccupe ?

Exactement. Comment est-il possible que tant de haine se répande au sein de la société ? Et que pouvons-nous faire pour empêcher cette haine de se répandre ? C’est exactement ça la question. Il y a des groupes qui font la promotion de la haine, et rien n’arrête ces groupes, que ce soit dans les médias sociaux ou dans la vie réelle, et il semble qu’ils bénéficient d’une protection et de privilèges politiques. Et même d’une approbation politique, et c’est ça le gros problème. Le problème n’est pas que ces petits groupes exigent quelque chose de nous ou présentent des charges contre nous ou nous accusent. Le problème est que, de fait, les dirigeants politiques les encouragent.

Pensez-vous que cette augmentation du nombre d’incidents au cours de la dernière année soit liée aux élections ?

Il se peut que cela soit lié aux élections mais je pense que c’est un problème de long terme. Vous voyez, ma philosophie est très simple à ce sujet. Une fois que vous plantez la semence de la haine, une fois que vous faites ressortir la bête, la bête de la colère, de la haine, de la violence, cet animal ne peut pas être contrôlé. Et c’est ce qui me préoccupe. Tous ceux qui propagent cette haine doivent connaître les dommages qu’ils infligent à la société, et le fait que cela devient incontrôlable. Et si on ne peut plus la contrôler, nous aurons un gros problème.

Mais ce problème concerne-t-il particulièrement les minorités en Inde ?

Oui, ce sont les minorités qui sont concernées. Mais je pensais aujourd’hui à ce beau poème attribué à un pasteur luthérien allemand : « D’abord, ils sont venus pour les socialistes, et je n’ai rien dit, parce que je n’étais pas socialiste. Puis ils sont venus pour les syndicalistes, et je n’ai rien dit, parce que je n’étais pas syndicaliste. Puis ils sont venus pour les juifs, et je n’ai rien dit, parce que je n’étais pas juif. Puis ils sont venus pour moi, et là, il n’y avait plus personne pour me défendre ». Je fais donc mention maintenant de ce poème, parce qu’on commence d’abord par une minorité, puis on s’attaque à la seconde. En ce moment, les musulmans sont attaqués, les dalits sont attaqués et nous sommes attaqués… Nous ne savons pas qui seront les prochains.

Voulez-vous dire que finalement le fondamentalisme nationaliste que les dirigeants politiques soutiennent va nuire à tout le pays ?

Je dois dire une chose pour être juste : une grande majorité d’hindous et une grande majorité d’Indiens, quelle que soit leur religion, sont tolérants. Nous nous acceptons mutuellement, et nous coexistons les uns avec les autres. Nous vivons ensemble depuis des milliers d’années, c’est une société multiculturelle, multireligieuse et diversifiée. Mais voilà que tout d’un coup, nous arrivons à une situation où certains groupes se renforcent et propagent cette haine. Ce n’est pas acceptable, parce qu’en fin de compte, c’est la nation qui en souffrira. Pas seulement les minorités.

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