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Irak : L’autre bataille de Mossoul

« Mossoul a été libérée sur le plan militaire, mais une autre bataille demeure », affirme Mgr Amel Nona, archevêque catholique chaldéen de Mossoul au moment de l’invasion de la ville par l’État islamique en 2014. Aujourd’hui évêque chaldéen d’Australie et de Nouvelle-Zélande, il estime que malgré la libération, l’État islamique reste un fardeau psychologique pour beaucoup.

Les médias ont diffusé la nouvelle de la libération de Mossoul. Quelle a été votre première réaction ?
Je me suis tout d’abord rappelé du dernier jour à Mossoul et de la nuit de la fuite des chrétiens hors de la ville. Lorsque j’ai appris que la ville avait été libérée, je n’ai pu m’empêcher de penser à eux : où étaient-ils à présent, qu’en était-il de nos très anciennes églises et de notre héritage chrétien ? Que s’était-il passé au cours de ces trois dernières années ?

Vous étiez archevêque de Mossoul lorsque l’État islamique est entré dans la ville. Comment avez-vous vécu cela ?
Cette nuit-là a vraiment été un moment dramatique de ma vie. J’avais peur pour notre peuple, en particulier pour les jeunes filles de notre orphelinat de Mossoul et pour d’autres familles, composées seulement de femmes et d’enfants… J’ai donc tout essayé pour les aider à quitter la ville sains et saufs. Dieu merci, au petit matin, nous avons pu évacuer toutes les filles et les autres familles vulnérables. J’étais heureux lorsque j’ai su qu’ils étaient parvenus à sortir de Mossoul en sécurité.

Trois ans après, Mossoul est-elle vraiment libérée ? Certains disent que l’État islamique reste un fardeau psychologique pour ceux qui ont subi leur occupation.
Il n’est pas facile de dire que l’État islamique a été vaincu à Mossoul et au-delà. L’État islamique est aussi une façon de penser et d’agir… Ils pensent qu’ils ont le droit de faire ce qu’il veulent, que leurs convictions sont les seules qui vaillent et qu’elles doivent être inculquées à tous. Ainsi, bien que la ville de Mossoul a été libéré sur le plan militaire, une autre bataille demeure. Il faut mettre fin à l’émergence de cette idéologie. Les chrétiens affectés par l’occupation de l’État islamique ne peuvent pas vivre normalement là-bas s’ils savent que la société est responsable du fait que l’État islamique existe toujours.

Quelle était la taille de la communauté chrétienne avant ? Combien d’églises et de personnes y avait-il ?
En 2014, la ville de Mossoul comptait près de 15 000 personnes de différentes églises : chaldéens, syriaques orthodoxes, syriaques catholiques et quelques familles arméniennes. Beaucoup de nos églises chaldéennes étaient fermées toutefois, même avant 2014, car les chaldéens étaient nombreux à avoir quitté la ville après l’assassinat du père Ragheed et de l’évêque Raho en 2008.

Quel est votre message aux bienfaiteurs de l’AED ?
J’aimerais leur dire que ces gens sont leurs frères et sœurs chrétiens en Irak et qu’ils sont nombreux à se trouver dans le besoin. Qu’il faut donc les aider à rester et à reconstruire un avenir dans la région de leurs origines. Les chrétiens habitent dans ces régions depuis deux mille ans. On court le risque qu’ils perdent tout, si on ne les soutient pas dans cette situation critique. Nous devons les aider à rester et à vivre.

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