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IRAK : Un hôpital catholique, ouvert à tous, signe d’espoir et de réconciliation (2/2)

Publié le 25 juillet 2019

Mgr Bashar Warda, archevêque chaldéen d’Erbil au Kurdistan irakien, est à l’origine de la création de deux nouvelles institutions chrétiennes majeures dans la région. En 2016, l’Université catholique d’Erbil a ouvert ses portes, et le nouvel hôpital catholique d’Erbil, le Maryamana, consacré à la Vierge Marie, ouvrira officiellement à la fin de l’été. Pendant plus de trois ans, l’archidiocèse d’Erbil a accueilli plus de 120 000 chrétiens fuyant l’invasion de la plaine de Ninive, dans le nord de l’Irak, par l’État Islamique en 2014. Alors que près de 40 000 fidèles sont rentrés chez eux, plusieurs milliers ont fait du Kurdistan leur foyer permanent. L’université – la seule université catholique d’Irak – et l’hôpital, seront d’un grand secours pour les communautés chrétiennes réinstallées dans la plaine de Ninive, ainsi que pour la communauté chrétienne locale du Kurdistan. L’archevêque s’est entretenu avec l’AED quant à l’importance des deux projets (partie 2/2).

Pour retrouver la première partie de cette interview : cliquer ici

Quelle est la mission de l’Université catholique d’Erbil ?

L’Université catholique d’Erbil a été fondée dans le but d’offrir des opportunités éducatives et professionnelles à nos jeunes, afin qu’ils soient encouragés à rester en Irak et à devenir les futurs dirigeants de la communauté chrétienne ici et ailleurs dans le pays. En fin de compte, lorsque nos jeunes obtiendront de bons emplois dans un pays à prédominance musulmane, ils retrouveront espoir et iront à l’université pour réussir et prospérer dans leur carrière au Kurdistan et en Irak. Nous espérons que l’université inspirera les minorités religieuses et leur prouvera qu’elles ont un avenir viable et brillant ici. Nous essayons de faire d’Erbil un foyer à long terme pour la communauté chrétienne. En effet, les gens choisissent de rester quand il y a des emplois et quand il y a une infrastructure solide dans le domaine des services et des institutions. L’école donnera à la communauté chrétienne un sentiment majeur de valeur et d’appartenance.

Combien d’étudiants l’université compte-t-elle maintenant et quel est votre objectif ?

 Actuellement, 108 étudiants sont inscrits, dont 10 musulmans. Des diplômes universitaires sont décernés en comptabilité, anglais, relations internationales, technologie de l’information et informatique. Notre objectif pour l’année académique 2022-2023 est d’avoir 825 étudiants inscrits – 615 chrétiens irakiens, 125 musulmans et 85 yézidis, provenant du Kurdistan, de Mossoul, des plaines de Ninive, de Duhok, Kirkouk, Bagdad et Bassora. Pour attirer les étudiants, nous avons comme objectif de mettre en place d’autres départements dans les disciplines académiques de base : économie, ingénierie, santé et sciences médicales et éducation.

Nous voulons faire de l’université un projet d’ancrage international pour maintenir le Christianisme en Irak. Nous établissons ici des relations avec les ministères concernés, et travaillons à l’échelle internationale avec de nombreuses universités pour asseoir la notoriété de l’Université catholique d’Erbil. Les chrétiens irakiens et d’autres minorités sont attirés par l’université parce que l’enseignement s’y fait en anglais, et en raison de son emplacement à Ankawa, le quartier chrétien d’Erbil, qui est un environnement sûr. Le nouvel hôpital Maryamana est également situé à Ankawa.

Quelles sont vos principales préoccupations concernant ces initiatives, l’hôpital et l’université ?

Les principaux défis ont été de faire construire et de rendre opérationnelles ces institutions. Avec l’hôpital, la priorité est de rembourser nos prêts, mais nous savons que l’hôpital sera pleinement utilisé et deviendra rentable. La demande est là. Au Kurdistan, il y a plus d’un million de réfugiés et des centaines de milliers de personnes âgées. Les cliniques d’Erbil et de Duhok prennent en charge plus de 1.000 patients chaque mois, et jusqu’à 2.000 patients atteints de maladies chroniques dépendent de notre clinique locale, Saint Joseph, pour des médicaments très coûteux.

L’université, encore jeune, a besoin de plus de financement, car la plupart de nos étudiants – beaucoup d’entre eux venant de Qaraqosh dans la plaine de Ninive – dépendent totalement des bourses d’étude. Nous devons nous développer sur le plan académique, car le nombre de départements est en corrélation avec le nombre de candidats. Il est difficile de recruter des anglophones natifs comme enseignants, car les consulats disent que le Kurdistan n’est pas sûr. Nous ne pouvons attirer les gens que par le bouche-à-oreille et les témoignages des visiteurs, mais je crois que nous réussirons. Actuellement, 14 de nos jeunes, originaires de la région, sont titulaires d’un diplôme de Master qu’ils ont obtenu aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Italie ou en Australie. À leur retour au pays, ils joueront des rôles clés à la fois à l’université et à l’hôpital. Je remercie de tout cœur tous nos bienfaiteurs et les assure de mes prières. Leur contribution est magnifique pour nous tous ici. Que Dieu les bénisse tous.

Au cours des deux dernières années, l’AED a soutenu l’Université catholique d’Erbil et l’hôpital Maryamana en finançant des bourses d’études et l’achat d’équipement médical de pointe. De 2014 à 2017, l’AED a soutenu différents projets pour un montant total de plus de 40 millions de dollars pour aider l’archidiocèse chaldéen d’Erbil à offrir de la nourriture, des soins médicaux, des logements et des cours aux personnes déplacées qui avaient fui la plaine de Ninive après l’invasion de l’État islamique.

 

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