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Joueur 2 : Mgr Nzapalainga à Bangui, CENTRAFRIQUE


Joueur 2
Mgr Nzapalainga : défenseur central – Centrafrique
C’est un poste important que celui de Mgr Nzapalainga qui se consacre de toutes ses forces à la neutralisation du jeu ennemi. Là où la haine et les malentendus cherchent à gagner du terrain dans l’un des pays les plus pauvres au monde, la République centrafricaine, l’archevêque de Bangui va sur le terrain en risquant sa vie et en affrontant les assauts de la Séléka ainsi que des Anti-Balaka, des groupes radicaux qui tentent d’enflammer un conflit religieux. Par son message d’œcuménisme et de réconciliation, Monseigneur Nzapalainga limite le mal qui s’abat sur l’une des régions les plus oubliées et ignorées du monde.

Entretien :

« Nous tentons de désarmer la tête et le cœur »

25/09/2017 – Depuis des années, des groupements de rebelles combattent pour obtenir le pouvoir et les ressources en République centrafricaine. En mars 2013, les rebelles de la Séléka, majoritairement musulmans, ont renversé le gouvernement corrompu du président François Bozizé. En réponse aux pillages et aux assassinats, il s’est alors formé le non moins violent mouvement des anti-balaka, surtout composé de chrétiens. Désormais, plus d’un million de Centrafricains ont fui à l’étranger ou dans d’autres régions du pays. Les églises et les mosquées offrent à la population civile une protection contre les exactions. Les interventions militaires françaises et les missions pour la paix des Nations unies sont parvenues à stabiliser quelque peu ces circonstances similaires à une guerre civile qui régnaient dans le pays, de sorte que le nouveau président Faustin-Archange Touadéra a pu être élu en février 2016. Toutefois, ces derniers mois ont vu à plusieurs reprises un regain de la violence.

Votre Éminence, quels ont été les effets de la visite du pape en République centrafricaine en 2015 auprès des chrétiens et des musulmans ? Comment l’expliquez-vous ?

Le pape a apporté la paix et l’espérance en se rendant auprès des chrétiens et des musulmans et en les rassemblant tous dans un stade. Je peux vous certifier que sa visite a été un moment inoubliable. La veille, il était impossible de s’approcher de moins de cinq kilomètres de la zone que l’on désigne à Bangui comme le « ghetto des musulmans », mais le pape y est entré. Lorsqu’il en est ressorti, c’était comme lors du Passage de la Mer rouge : comme les Israélites qui ont franchi la Mer rouge, de nombreux musulmans ont suivi le pape à pied ou en moto – et sans crainte. C’était la libération, c’est un grand miracle.

Comment la situation se présente-t-elle aujourd’hui à Bangui ?

Aujourd’hui, vous pouvez entrer et sortir à gré de ce quartier : pour les musulmans, le pape est venu pour les libérer de la prison où ils étaient enfermés dans ce quartier. Actuellement, ils peuvent se déplacer librement et aller à l’est, à l’ouest, au nord ou au sud de la capitale, ce qui était absolument impossible auparavant. C’est donc un aspect qui n’est vraiment pas négligeable. Et nous croyons que la visite pontificale a permis que le monde entier s’intéresse désormais à la République centrafricaine. Parce que nous avions ici des chaînes de télévision du monde entier, qui ont couvert la visite du pape depuis l’inauguration de la mosquée, ce qui prouvait bien que la religion n’est le problème. Cependant, le pape a exigé des religions de rechercher ensemble des solutions. Nous avons tous un aïeul commun, c’est Abraham – notre aïeul dans la foi. Il en est de même pour le Coran et la Bible : nous avons tout en main pour nous réunir et nous mettre en route sur le chemin de la paix.

Vous êtes considéré comme l’un des trois « saints » de Bangui…

Eh bien, c’est le quotidien français « Le Monde » qui a parlé des « trois saints de Bangui ». Parce que nous nous comportons en frères et que nous voulons surmonter la scission, on s’est peut-être dit dans ce journal que nous devions être des saints. On l’a donc exprimé ainsi dans l’article. Les deux autres sont Nicolas Guerekoyame-Gbangou, pasteur de l’Église évangélique Elim Bangui-M’Poko et chef de l’Église protestante centrafricaine, et l’imam Omar Kobine Layama, président de la conférence islamique. Nous trois nous sommes réunis pour constituer un forum et pouvoir dire : la notion de « religion » implique « relier ». Une caractéristique de la religion est de relier les êtres humains entre eux. Le Coran et la Bible comportent des messages sans équivoque énonçant que les êtres humains doivent s’unir entre eux – comme « du bon miel ».

Vous êtes trois dignitaires religieux. En cette qualité, comment pouvez-vous exercer une influence sur des groupements de rebelles comme la Séléka et les anti-balaka ?

Nous nous adressons aux consciences. Nous n’avons pas d’armes. Nos armes, c’est la Parole de Dieu. Nous sommes les hommes de la Parole de Dieu. Nous venons pour frapper aux portes des cœurs des hommes et des femmes. Ceux-ci peuvent l’accepter ou pas. Notre autre mission autant que notre obligation est de leur dire : tu ne tueras point. Nous le disons d’ailleurs aussi lorsque nous voyons des gens qui tuent. Nous leur disons alors : Non, tu n’as pas le droit de tuer. Dieu s’oppose à ce que l’on tue. Et nous devons le leur dire afin qu’ils déposent les armes. Nous tentons de désarmer la tête et le cœur. En effet, vous pouvez désarmer de force quelqu’un en lui prenant son fusil – mais s’il n’est pas convaincu dans sa tête et dans son cœur, il se procurera simplement un autre fusil. Nous voulons donc qu’il soit d’abord convaincu dans tête, pour ensuite chercher des solutions afin qu’on se respecte mutuellement.

Comment se présente la situation politique en République centrafricaine sous la présidence de Faustin-Archange Touadéra ?

Notre pays ne subit pas une crise religieuse, mais une crise militaro-politique. Certains instrumentalisent la religion pour s’emparer du pouvoir et des ressources naturelles, comme l’or et es diamants. En République centrafricaine, le pouvoir de l’État s’est affaibli : quatorze des seize préfectures sons contrôlées par les rebelles. Le chef des rebelles détient le véritable pouvoir. Il peut décider de la vie ou de la mort d’une personne.

Le mot-clé : les diamants. À votre avis, que faudrait-il entreprendre pour plus d’équité et moins de corruption dans le pays ?

Nous pensons qu’avec ce qui est arrivé dans notre pays, justice doit également être rendue aux victimes. Il y a des civils qui ont tout perdu. Et il y a des personnes qui ont tué et qui doivent l’avouer. Il faut que les gens arrêtent de croire qu’on peut gagner beaucoup d’argent grâce à la corruption – cela doit cesser. Le droit et l’ordre public doivent être rétablis. Nous voudrions que nous tous soyons soumis à la loi. Nous voudrions que le meurtre d’une personne soit sanctionné par la prison. Mais momentanément, le meurtre bénéficie d’impunité totale. Celui qui tue ne va pas en prison. Ça continue tout le temps comme ça. La justice doit donc être rétablie. On tue pour de l’argent, pour des diamants, pour beaucoup d’autres choses, pour tout. Celui qui possède des armes prend les décisions. Pour avoir une société saine, il faut procéder différemment

Et comment ?

Pour cela, il faut fixer des objectifs clairs aux gens. Les ressources naturelles sont l’une des causes de nos difficultés dans ce pays. La Centrafrique est un pays très riche en ressources naturelles. Les gens viennent de partout pour en tirer leur avantage et revendre ses ressources naturelles – au Soudan, au Cameroun ou au Tchad. Comme l’État ne contrôle absolument plus rien, les rebelles peuvent vendre les diamants à l’étranger et ainsi s’enrichir. L’État reste pauvre. Voilà pourquoi il faut faire en sorte que cela cesse. Nous devons construire des routes, des établissements scolaires, des centres de soins médicaux. C’est dans ce sens que les choses doivent évoluer.

Depuis le déclenchement des hostilités en mai 2017, quelque 2 000 personnes ont trouvé refuge au séminaire catholique de la ville de Bangassou. Comment se présente la situation dans les abris provisoires fournis par l’Église ?

La situation est très difficile, pour ne pas dire catastrophique. Les gens sont simplement venus ici et nous avons même accueilli des musulmans de la Séléka. L’évêque a eu le courage d’accueillir tous ces musulmans sur son territoire. Mais les jeunes gens qui sont armés veulent les tuer. Voilà pourquoi il est là pour les protéger. Et qu’il encourt lui-même le risque de mourir. Il faut comprendre que si quelqu’un n’a plus rien à manger, il agira comme un loup. Voilà pourquoi nous sommes maintenant confrontés à cette situation vraiment très difficile. L’Église est là, elle est là sur place et elle offre une protection, mais cette Église a également besoin de la communauté internationale en ce sens que celle-ci doit l’aider.

Que signifie d’être catholique en Centrafrique ?

Je dis souvent aux gens que l’Église catholique est universelle. Cela signifie la diversité. Et si je suis vraiment catholique, alors je dois aussi accueillir chez moi les musulmans et être bon envers eux, je dois également être bon envers les protestants – ils sont tous des enfants de Dieu. C’est exactement ce que nous avons fait durant la crise. Six mois durant, j’ai hébergé l’imam chez moi. Si l’Église nous soutient ici, notre mission sera alors de jeter des ponts entre les religions, vers les protestants et les musulmans. Nous nous réunissons pour prier ensemble, nous nous réunissons pour parler de nos peurs et pour agir ensemble.

Vous parlez aussi de la peur ?

Absolument. Au centre du pays, il y a beaucoup de camps de réfugiés. Les gens ne peuvent plus se rendre aux champs pour y travailler. Ils ne peuvent plus aller pêcher, ils ont peur partout parce qu’ils ne sont sûrs nulle part. Et ils sont enfermés dans leur camp. La situation est donc catastrophique, comme je vous le disais. L’Église est là, sur place, aux côtés de ces gens, pour continuer à les soutenir et à les accompagner. Grâce au soutien de l’Église du monde entier et de ses œuvres de bienfaisance comme L’Aide à l’Église en détresse (AED), nous pouvons réaliser des projets ensemble.

 

Vidéo de Mgr Nzapalainga (2015)

Un exemple de nos projets (2017, anglais) :

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