200 millions de chrétiens ne peuvent vivre leur foi librement > faire un don

Joueur 5 : Père James Channan, ailier pour le Pakistan

Comme tous les joueurs qui occupent cette position, ce prêtre dominicain est créatif, avec une grande capacité d’association et une bon comportement pour dépasser ses rivaux. Et ce n’est pas facile dans un pays comme le Pakistan où les chrétiens sont discriminés et relégués au second plan. Le Père James cherche des alliances pour protéger la minorité assiégée du pays. Le directeur du Centre pour la paix de Lahore ne perd aucune occasion pour lutter inlassablement pour la promotion de la paix, de l’harmonie et du dialogue entre les croyants de différentes religions, en particulier dans son pays qui fait face à de nombreux défis tels que la violence, le terrorisme, l’extrémisme et la discrimination au nom de la religion.

Entretien avec le Père Channan : il y a 130 autres Asia Bibi

En juillet 2015, l’AED s’est entretenu avec le Père James Channan, dominicain de Lahore, au sujet de la décision de la cour suprême du Pakistan d´écouter l´appel d´Asia Bibi, chrétienne condamnée à mort en 2010 suite à une accusation de blasphème. Le Père Channan est l’ancien vice-président de l´ordre dominicain au Pakistan et directeur du centre pour la paix* à Lahore.

La vie d´Asia Bibi sera-t-elle épargnée ?

P. Channan: La cour suprême du Pakistan a fait un grand geste en écartant cette condamnation à la peine de mort. Elle va réexaminer tout le dossier, incluant sa sentence de mort. Je crois fermement que justice sera faite, que son innocence sera prouvée et qu´on la libèrera. La loi sur le blasphème a été utilisée dans un but personnel -l´accusation était un acte de vengeance.

Si elle est libérée, sa vie sera-t-elle en danger ?

Oui, malheureusement, oui. Des fanatiques sont déterminés à tuer une personne dès qu´elle est accusée, sans se préoccuper de l´aboutissement juridique. Bibi ne pourra pas rester au Pakistan et sera obligée de partir à l´étranger. Ce genre de cas s’est produit un grand nombre de fois dans le passé. Nos hommes ont besoin d´éducation et d´apprendre à respecter les décisions des tribunaux de justice.

Combien de chrétiens sont actuellement en prison, accusés de blasphème?

Selon mon estimation, il y a 130 chrétiens dont le procès continue en ce moment. Mais les gens seront surpris d´apprendre qu´il y a environ 950 musulmans à cet instant tenus sous les fers de la justice. Les lois sont beaucoup plus promulguées contre les musulmans, et sont très souvent des outils pour régler des disputes d´argent ou des règlements de compte personnels. Mais il y a une grande différence entre les accusations de musulmans et de chrétiens : lorsqu´un musulman est accusé, c´est seulement un musulman accusé. Mais si se présente le cas d´un chrétien inculpé, ce sera toute sa communauté, tout son voisinage qui se retrouvera incriminé. Dans plusieurs cas, le village ou le voisinage chrétien entier a été brûlé jusqu´au cendres.

Avez-vous l´espérance que la loi pakistanaise contre le blasphème sera un jour révoquée ?

Ceci ne se produira pas. C´est une affaire très délicate et sensible ; les groupes extrémistes y sont très attachés. Mais certaines garanties peuvent être mises en place. Les abus de cette loi devraient être empêchés, comme par exemple son utilisation à des fins personnelles ou à buts économiques. Ceux qui viennent avec de fausses accusations devraient être punis – et cette idée est partagée par un nombre grandissant de musulmans, incluant même quelques importants leaders.

Quelle est la mission la plus importante au Pakistan de nos jours?

Maulana Syed Muhammad Abdul Khabir Azad (the Grand Imam of Pakistan’s second largest mosque, Badshahi Mosque in Lahore) and Father James Channan OP(the Director of Peace Center, Lahore) during their visit at Aid to the Church in Need in Königstein, 11.11.2015. In an exclusive joint interview with Aid to the Church in Need, Maulana Abdul Khabir Azad and Father Channan described the conditions in Pakistan and their work together. They are working together to protect the country`s embattled Christian minority and Maulana Abdul Khabir Azad serves as a board member and close collaborator of Peace Center: Imam Maulana Syed Muhammad Abdul Khabir Azad and Father James Channan during the Interview with journalists at ACN

De promouvoir la paix, construire la confiance et le respect mutuel entre chrétiens et musulmans. Le but est l´égalité des droits pour tous les citoyens –et nous faisons des progrès. Beaucoup de chefs musulmans religieux et d’intellectuels influents ont par exemple à présent un rôle important dans le dialogue interreligieux chrétien -musulman. Dont deux importants chefs religieux musulmans à Lahore : Hafiz Tahir Mehmood Ashrafi, président du conseil Ulama du Pakistan – qui surveille 60 000 mosquées et 10 000 écoles Madrasa dans tout le pays ; et Maulaa Abdul Khabir Azad, grand Imam de la cinquième plus grande mosquée dans le monde, la mosquée Badshahi à Lahore.

Nos efforts de rapprochement ont porté des fruits – c´est un chemin d´amour – mais nous devons faire bien plus encore et améliorer nos activités de dialogue dans tout le Pakistan. Sans dialogue, il n´y pas de futur pour l´Église du Pakistan.

AED: Croyez-vous à l´existence d´une religion islamique modéré?

Oui, j´y crois. Le Pakistan est un pays islamique, mais les droits de toutes les minorités doivent être respectés. Nous devons travailler dans ce but –les chrétiens au côté des musulmans. Le gouvernement pourrait également faire bien plus en terme de révision de la Constitution et de changement de certaines dispositions qui font des chrétiens – ainsi que des autres minorités religieuses tels que les Hindous, Sikhs, Zoroastre et Bahaï – des citoyens de seconde classe. Le gouvernement devrait utiliser les médias pour changer la mentalité des gens – afin de promouvoir la tolérance.

Cependant, aujourd’hui, les chrétiens vivent dans des conditions de peur continue à cause de toutes les violences récentes. Et ils n´ont aucune envie d´émigrer autre part ! Par conséquent, nous devons trouver une manière de travailler avec la majorité musulmane –d´où l´importance vitale de construire des ponts entre communautés, aussi long que cela puisse prendre. Et l´Église catholique pakistanaise est à l´avant de ce processus.

AED: Qu´en est-il de la liberté des musulmans de se convertir à la religion?

C´est une question très sensible. Un musulman se convertissant à la foi catholique se retrouve sous une énorme pression sociale. Les conversions sont dangereuses si elles sont connues publiquement – la vie du converti est en danger ainsi que l´est la vie du prêtre qui suit sa conversion, par exemple.

*Le centre pour la paix de Lahore s´engage à approfondir les connaissances religieuses des laïcs ainsi que du clergé, afin de construire des liens interreligieux avec la majorité pakistanaise musulmane, comptant 96 % de la population de 196 millions ; la population chrétienne constitue seulement 2 %, incluant 2 millions de catholiques. Le P. Channan était récemment à l´ONU afin de recevoir le « Global Ambassador of Peace Award », le prix d´ambassadeur pour la paix, de la part de l´Institut du Développement Social International.

 

Le Pakistan, victime d’attentats multiples

Lors d’un entretien avec l’AED, Mgr Shaw, archevêque de Lahore, a appelé à prier pour les chrétiens de Quetta qui ont subi leur troisième attaque en cinq mois. 

Ce 15 avril 2018, deux chrétiens – Rashid Khalid et Azhar Iqbal – ont été tués ainsi que trois autres blessés après l’assaut lancé par quatre personnes à moto qui ont tiré sur la population près d’une église, dans le quartier chrétien d’Essa Nagri, à Quetta.

Cette attaque est survenue près de deux semaines après qu’une famille de quatre catholiques de Lahore a été abattue le 2 avril. Les défunts –Parvaiz, Kamran, Tariq et Fordous – étaient juste sortis pour faire une course quand ils ont été pris pour cible.

Attaques revendiquées pas l’État islamique

Selon un groupe missionnaire au Pakistan, les agresseurs ont déposé un pamphlet sur les lieux du crime sur lequel ils ont qualifié le meurtre de « premier épisode du génocide des chrétiens ». L’État Islamique a revendiqué la responsabilité des deux attaques.

Mgr Sebastian Shaw, archevêque de Lahore, a témoigné à l’AED combien « les fidèles de Quetta sont profondément préoccupés et inquiets. » L’archevêque a demandé une protection accrue de la police : « Le gouvernement devrait assurer une meilleure sécurité afin que tous les gens puissent vivre côte à côte en toute sécurité ».

Les chrétiens de Quetta avaient à nouveau été ciblés en décembre lorsque deux kamikazes avaient pris d’assaut une messe de Noël bondée dans l’église méthodiste Bethel de la ville, faisant 11 morts et plus de 50 blessés.

En octobre dernier, des miliciens avaient lancé une grenade dans une église protestante dans le quartier de Quetta Arbab Karam Khan Road, mais personne n’avait été blessé car les fidèles avaient déjà quitté le bâtiment.

Appel à prier pour la paix

Mgr Shaw appelle les bienfaiteurs de l’AED à prier : « Toutes ces souffrances et cette douleur peuvent être surmontées grâce à la foi. C’est pourquoi, je lance à chacun un appel, à travers l’AED, à prier pour la paix et l’harmonie afin que les gens de toutes les religions puissent vivre au Pakistan en paix et en harmonie. »

Et l’archevêque de rajouter: « Quand nous voyons ces atrocités se produire les unes après les autres, nous dépendons alors beaucoup de la communion spirituelle que nous avons avec nos amis et bienfaiteurs de l’AED ». « Quand nous sommes tentés de perdre espoir, nous nous rappelons qu’à travers votre compassion et vos prières, vous êtes avec nous, à nos côtés ».

Le Pakistan est un pays prioritaire pour l’AED, qui travaille dans plus de 140 pays à travers le monde.

 

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