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VENEZUELA : Les évêques s’expriment sur la gigantesque panne d’électricité

Publié le 16 mars 2019

La crise politique et économique que traverse le Venezuela s’est aggravée ces derniers jours en raison des défaillances électriques qui touchent l’ensemble du pays, composé de 23 États, depuis le 7 mars dernier. Selon un rapport de Caritas, la panne d’électricité affecte l’approvisionnement en eau, en essence, les transports, les communications et les hôpitaux. 

« Différentes sources signalent que le problème provient d’un dysfonctionnement de la centrale hydroélectrique qui fournit 80% de l’énergie du pays », déclare Caritas. Cependant, les autorités du pouvoir exécutif national attribuent cette crise à une « guerre électrique » provoquée par une « attaque cyber-terroriste » d’origine étrangère.

Plusieurs évêques vénézuéliens ont écrit à l’AED pour raconter l’ampleur de la crise qui a maintenu certaines communautés sans électricité pendant plus de 130 heures. Cela a provoqué le chaos, des tensions sociales, des pillages, et même la suspension des activités scolaires et professionnelles.

« Un système inacceptable »

L’archevêque de Ciudad Bolívar, Monseigneur Ulises Gutiérrez, a déclaré que « le pays est tombé dans l’obscurité : les coupures de courant sur le territoire national depuis plus de 5 jours, ont affecté les hôpitaux et les cliniques, les services publics, les communications, les banques, paralysant le pays comme jamais auparavant dans son histoire. De nombreux citoyens sont décédés, faute d’avoir reçu les soins médicaux nécessaires, du fait du manque d’électricité ».

Caritas signale que selon les rapports de l’organisation Médicos Unidos, 20 personnes sont mortes dans tout le pays à la suite des défaillances électriques dans les hôpitaux.

Monseigneur Mario Moronta, évêque de San Cristóbal, a déclaré que les autorités « loin de répondre aux revendications légitimes du peuple, continuent à endurcir le cœur de ceux qui tiennent entre leurs mains la solution aux difficultés, et surtout au problème central sur lequel ce même peuple s’exprime : un changement d’orientation politique de manière à ne plus imposer un système inacceptable qui n’est pas au service des hommes et des femmes du Venezuela ».

« Incompétence du gouvernement national »

Pour sa part, Monseigneur Ernesto Romero, évêque du vicariat apostolique de Tucupita, a déclaré que « la paralysie du service électrique dans presque tout le pays n’est rien de plus qu’un signe de l’indifférence, de la négligence, du manque d’entretien et de l’incompétence du gouvernement national ».

Cette situation d’urgence a conduit la population à recourir à des mesures désespérées et dangereuses, telles que l’approvisionnement en eau insalubre, la consommation d’aliments avariés et des déplacements risqués.

L’évêque de San Carlos, Monseigneur Polito Rodríguez, a dénoncé que « le Venezuela est aujourd’hui confronté à la pire crise humanitaire de son histoire républicaine, les droits de l’homme sont violés en toute impunité. La liberté et l’égalité ont été ignorées par ceux qui gouvernent.».

L’évêque d’El Tigre, Monseigneur José Manuel Romero Barrios, a également déclaré que la vie des Vénézuéliens « a été soumise à une violence structurelle croissante qui, sans s’attaquer physiquement à l’humanité de son peuple, s’exprime par l’incapacité des responsables de la gestion de la société à répondre aux besoins les plus fondamentaux de la population».

S’exprimant en des termes similaires, l’archevêque de Cumaná, Monseigneur Jesús González de Zárate, a appelé les gens à élever la voix « pour dénoncer les mensonges, l’injustice, le recours à la violence, le désir de nous diviser et de nous contrôler, la répression et la persécution des manifestations légitimes, et tout ce qui, au sein de notre société, est contraire au dessein de Dieu ».

Des temps de ténèbres

Monseigneur Ángel Caraballo, administrateur apostolique du diocèse de Cabimas, a ajouté qu’« en ce temps de ténèbres en matière de droit, de sécurité sociale, d’alimentation, de paix civile, il s’y ajoute une obscurité au sens strict, qui augmente encore l’humiliation subie par le peuple vénézuélien, par la faute du régime qui a oublié les gens pour soutenir un système politique dominant qui n’a apporté que tragédies, morts, troubles et misère, là où il a été mis en œuvre ».

L’évêque de Trujillo, Monseigneur Oswaldo Azuaje, déplore la situation vécue au Venezuela et exhorte à continuer à « chercher le Seigneur dans chaque frère qui a besoin de nous. Les jours de coupure de courant ont été l’occasion de voir la solidarité à l’oeuvre… dans le partage de la nourriture, de l’eau potable, de l’essence pour les véhicules, et de nombreux autres exemples de peines et de joies partagées ». 

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