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Liban : chrétiens et musulmans unis pour protester

Publié le 15 janvier 2020

L’archevêque melkite gréco-catholique de Furzol, Zahlé et la Bekaa, Mgr Issam John Darwish, évoque la crise politique et économique liée à la vague migratoire en provenance des pays voisins.

AED : Quelle est la position de l’Église en ce qui concerne les manifestations qui ont débuté le 17 octobre 2019 au Liban ? Et quelles sont les principales demandes du peuple ?

Ici, les manifestations ont un arrière-plan strictement économique. Les religions n’ont rien à voir avec elles. Les chrétiens pratiquent leur religion normalement. Le principal élément déclencheur des manifestations a été que le gouvernement a envisagé d’imposer des taxes supplémentaires aux citoyens. Les principales revendications sont un gouvernement de spécialistes pour sauver le pays, la transparence des comptes en banque des politiciens et la récupération de l’argent pillé.

AED : Pensez-vous que ces événements auront un impact positif sur l’unité du pays ?

Cela n’était jamais arrivé au Liban auparavant. Les chrétiens et les musulmans de toutes les régions du Liban ont les mêmes exigences. Les gens sont unis derrière des demandes vitales telles que le rejet de la fiscalité, la demande d’une assurance maladie, les besoins en électricité, les plaintes concernant la corruption et la très mauvaise situation économique dans laquelle ils vivent.

AED : C’est le Liban qui accueille le plus grand nombre de réfugiés par habitant dans le monde. L’Église de Zahlé s’occupe-t-elle aussi des réfugiés ?

On estime qu’il y a plus d’1,5 million de réfugiés syriens, en plus d’un grand nombre de réfugiés palestiniens. Et on n’aperçoit pas la fin de cette situation. Notre archidiocèse melkite gréco-catholique de Zahlé et de la Bekaa a joué un rôle de premier plan dans l’aide aux syriens déplacés. Nous les avons soutenus et aidés depuis le début de leur déplacement au Liban jusqu’à aujourd’hui, en particulier les réfugiés chrétiens qui étaient et sont encore invisibles pour toutes les communautés européennes et internationales, parce qu’ils vivent dans des camps. Ils continuent donc d’être négligés en ce qui concerne l’aide et les soutiens. Le nombre de familles chrétiennes déplacées était de plus de 2.000, dont 800 dans notre région.

AED : Il s’agit d’un nombre immense de réfugiés par rapport à la faible population du Liban. Cela a-t-il des répercussions au Liban ? La crise actuelle dans le pays est-elle liée à la crise des réfugiés ?

Le Liban est un petit pays avec de nombreux problèmes politiques et économiques. Le taux de chômage a augmenté. Aujourd’hui, les libanais et les syriens ont du mal à trouver un emploi. La situation économique est très mauvaise, le gouvernement a essayé de résoudre le problème en soumettant les citoyens libanais à des impôts supplémentaires, et c’est là la principale cause du lancement des manifestations.

AED : La situation en Irak et en Syrie s’est améliorée. C’est de là-bas que viennent la plupart des réfugiés. Ont-ils commencé à rentrer chez eux ?

Une petite minorité est retournée dans son pays d’origine. La majorité des réfugiés émigrent vers l’Europe ou le Canada, à la recherche d’un avenir meilleur. À Zahlé, beaucoup d’entre eux sont partis sans rien nous dire, parce qu’ils savent que nous ne sommes pas en faveur de leur émigration. Les autres familles sont toujours ici à Zahlé, et nous en prenons soin.

 

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