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Liban : « Nous voulons connaître la vérité »

Publié le 8 octobre 2020

Le Liban a récemment connu une série de chocs dramatiques : des chocs politiques, économiques, et plus récemment, physiques. Mgr Abdul Sater, archevêque maronite de Beyrouth témoigne.

Votre Excellence, le 4 août 2020, il y a eu une énorme explosion au port. Où étiez-vous au moment de l’explosion ?

J’étais dans mon bureau. Je n’ai pas entendu le son de l’explosion, mais j’ai ressenti son souffle, l’air chaud qui rentrait par les fenêtres brisées. J’ai vu tout le verre brisé autour de moi. Mon bureau était couvert de verre, ainsi que le plancher de mon bureau. La porte avait explosé. C’est comme ça que j’ai su qu’il y avait eu une explosion. Je ne savais pas ce qui s’était vraiment passé, mais j’ai réalisé que c’était une explosion. Dans tout le siège de l’archevêché, il n’y avait plus ni fenêtres, ni portes, plus rien. Tout était démoli. Un prêtre âgé a été blessé au visage, et un employé qui se trouvait au premier étage a été projeté à quatre mètres de là où il se trouvait. Le pauvre homme s’est retrouvé coincé sous la grande porte du siège, les côtes et le crâne cassés, mais Dieu merci, toujours vivant. Nous avons perdu un autre employé dans un autre immeuble, l’explosion l’a tué.

Votre Excellence, les plus grands dégâts se sont produits dans le quartier chrétien. Pourquoi le quartier chrétien a-t-il été si endommagé par l’explosion ?

Parce que, autour du port, la zone la plus proche est habitée par des chrétiens. La majeure partie de la zone autour du port est aujourd’hui habitée par des chrétiens. Vu comment l’explosion s’est produite, il semble que l’onde de choc se soit dirigée vers cette zone.

Comment décririez-vous l’environnement émotionnel en ce moment ?

Nous avons perdu plus de deux cents personnes et il y a eu des milliers de blessés. Mais si vous regardez les dégâts, tout ce qui a été détruit, il aurait pu y avoir beaucoup plus de deux cents morts. Tout le monde a à raconter comment il a été sauvé, comment il est parti de l’endroit où il aurait dû se trouver, comment il a échappé à la mort ou aux blessures à la dernière minute, comme si quelqu’un l’avait poussé.

Par la suite, les gens ont commencé à poser la question évidente : Pourquoi, pourquoi cela s’est-il produit ? On pouvait percevoir un sentiment de colère, pas de haine, mais bien de colère : Pourquoi cela s’est-il à nouveau produit ? Quand cela va-t-il s’arrêter ? Nous voulons connaître la vérité, en particulier ceux qui ont perdu leurs proches, morts ou disparus.

Que fait l’Église aujourd’hui pour aider les familles à essayer de recommencer à vivre ?

Les curés travaillent jour et nuit depuis huit semaines. Ils ont rendu visite aux gens et vérifié si quelqu’un avait besoin d’aide. Nous essayons de réparer les maisons endommagées, mais aussi de fournir de la nourriture à ceux qui en ont besoin. Nous faisons des visites pour encourager les gens qui ont été touchés par l’explosion, ils voudraient rester chez eux.

Si le Liban n’est pas en mesure de résoudre ses problèmes, quelles sont les implications possibles pour l’ensemble de la région ?

Le Liban est un message. Et la preuve est que le deuxième jour après l’explosion, des gens sont venus de tout le pays, en particulier des jeunes, chrétiens et musulmans, pour nettoyer les zones dévastées et pour aider les gens à sortir leurs affaires de leurs maisons détruites. Il n’y a qu’au Liban qu’on trouve cette solidarité entre les populations. Si le Liban la perd, cela signifie que le fanatisme religieux augmentera considérablement dans la région. Et quand il y a du fanatisme, il y a des destructions, parce que les gens ne voient plus la personne humaine qu’ils ont devant eux. Ils voient l’adversaire, l’ennemi. Jusqu’à présent, ce qui est bien avec le Liban, c’est que nous sommes encore en mesure de voir la personne en face de nous, non pas son idéologie, ses idées ou ses convictions. Avec qui vivrons-nous si cela se perd ? Jusqu’à présent, les gens qui voulaient vivre en liberté ont toujours pu venir au Liban et vivre ici cette liberté. Malheureusement, je crois que la communauté internationale n’apprécie pas la véritable valeur du Liban.

 

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