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Liban : « Une manifestation n’unit pas un pays divisé »

Publié le 29 juin 2020

Mgr Jean Issam Darwish, archevêque grec-melkite catholique de Zahlé, évoque la pandémie de Coronavirus et ses conséquences sur le Liban et sa population.

Le Liban est un pays multiconfessionnel. Diriez-vous que le Coronavirus a renforcé un sens de la solidarité et de l’unité inter-religieuses ?

Le consensus inter-religieux est bien plus profond que le produit de la pandémie ou de la crise économique. Le consensus et la solidarité sont une culture qui a besoin de s’ancrer. Une manifestation n’unit pas un pays divisé. Ce qui est susceptible de l’unir, c’est une éducation unificatrice et un modèle national efficace. Sinon, le Liban restera le champ d’expériences frustrantes et d’échecs politiques.

Que fait l’Église catholique pour aider les personnes touchées par la pandémie de Coronavirus ?

Le Patriarche Absi a demandé à tous les évêques de mettre les terrains agricoles appartenant à leurs diocèses à la disposition des paroissiens pour qu’ils les cultivent. Ici, cette année, nous avons offert nos terres aux chrétiens du diocèse pour qu’ils les exploitent. Nous avons également commencé à doter l’hôpital Tel Chiha de l’équipement nécessaire pour faire face au Covid-19, et nous avons collaboré avec l’hôpital universitaire américain pour former le personnel hospitalier afin qu’il soit prêt à faire face à la pandémie. Enfin, nous avons augmenté la distribution de kits d’hygiène pour aider les gens à mieux se prémunir.

L’AED soutient le projet « Table de Saint Jean le Miséricordieux » qui fournit des repas aux nécessiteux. En raison de la pandémie de Coronavirus, le restaurant a été fermé et la nourriture livrée en direct. Le restaurant a-t-il rouvert ? Et le nombre de bénéficiaires de l’aide a-t-il augmenté ?

« La Table de Saint Jean le Miséricordieux » n’a jamais cessé de fournir des repas chauds gratuits aux personnes dans le besoin. Avec la pandémie de Covid-19, nous avons immédiatement mis en place un système permettant aux gens de recevoir leurs repas sans prendre de risque pour leur santé. Les gens ont ainsi pu venir et emporter leurs repas tous les jours. Des mesures de sécurité ont été adoptées et cette procédure se poursuit. Le nombre de bénéficiaires a augmenté et continue de s’accroître tous les jours. Plus de 1 400 repas par jour sont actuellement distribués.

Le Liban accueille le plus grand nombre de réfugiés par habitant au monde, en particulier en provenance de la Syrie. Leur situation était désastreuse avant la pandémie. Quelle est-elle actuellement ?

Les citoyens libanais ont commencé à remettre en question leur solidarité envers les réfugiés. La majorité des Libanais était réticente à l’idée d’accepter un tel volume de réfugiés au début de la crise syrienne, mais l’entrée des réfugiés s’est imposée au gouvernement libanais à différentes périodes. Cependant, cette situation s’aggrave car le nombre de réfugiés devient vraiment critique, et avec la pandémie, le nombre important de réfugiés indisciplinés menace la solidarité ainsi que les capacités du pays d’accueil.

Comment votre diocèse aide-t-il les victimes syriennes de la pandémie ?

Jusqu’à présent, à Zahlé et dans ses environs, il n’y a pas de victime. Les Syriens et les Libanais qui vivent à Zahlé sont toujours indemnes. Cependant, nous prenons les précautions nécessaires pour être préparés à tout cas éventuel, notamment en équipant l’hôpital et en formant le personnel.

Diriez-vous que tout cela a rapproché les chrétiens de l’Église ?

Les fidèles étaient et sont toujours proches de l’Église. Ils nous ont toujours demandé de rouvrir les églises. À chaque fois que nous étions en train de prier à l’intérieur des églises ils restaient devant la porte et priaient avec nous. Ils croient que le Saint-Sacrement les protège.

 

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