200 millions de chrétiens ne peuvent vivre leur foi librement > faire un don

MADAGASCAR : Bienheureux Lucien Botovasoa, artisan de paix

Publié le 14 août 2019

A quelques semaines de la visite du pape François à Madagascar, l’AED vous propose de découvrir le portrait du bienheureux Lucien Botovasoa, artisan de paix dans un pays déchiré par les conflits.

 Né en 1908, le jeune Lucien est baptisé à l’adolescence. Il enseigne et catéchise à l’école de la mission de Vohipeno­ et se marie en 1930. Pieux sans ostentation mais souvent le chapelet à la main, plein d’humour, d’honnêteté proverbiale, il aspire à une vie plus donnée à Dieu dans son état de laïc.  Il découvre le Tiers-Ordre franciscain et crée une fraternité dans sa région.

Quand l’insurrection malgache commence, en 1947, les insurgés s’attaquent à la mission catholique qui est fermée. Lucien organise les prières des chrétiens, catholiques et protestants. Mais la seule présence de ce chrétien convaincu est ressentie comme une provocation par les insurgés.  Le 17 avril, ceux-ci le convoquent. Lucien sait ce qu’il risque et passe en prière les heures qui précèdent la réunion ; il console son épouse après lui avoir dit qu’il ne reviendrait pas, car les insurgés ne pratiquent qu’une peine pour ceux qui ne s’engagent pas avec eux dans la violence armée : condamnation à mort et exécution immédiate. Il ajoute que s’il s’enfuyait comme son épouse le lui demande, elle et leurs enfants en paieraient le prix, et il promet de veiller, « après », sur toute leur famille.

Arrivé devant les chefs des insurgés, Lucien apprend ce qu’on lui propose : rejoindre la direction de l’insurrection ou mourir.  Il répond que lui aussi veut l’indépendance de sa patrie mais qu’il ne peut accepter la violence, ni les églises brûlées, ni les croix des maisons enlevées, les médailles au cou des croyants arrachées. Le verdict est prononcé contre lui : la mort. Une trentaine de jeunes gens sont chargés d’exécuter la sentence. Lucien dit soudain à celui qui a décidé de son sort : « Tu mourras chrétien ; cela te sera très difficile mais ne crains rien car je serai à côté de toi… »

Il est conduit sur le terre-plein où on abat les bœufs, au bord de la Matitanana. Il prie jusqu’au lieu de son supplice et dit à ses bourreaux : « Vous n’avez pas besoin de me lier les mains, je ne me défendrai pas. Mais faites vite car l’esprit est prompt, mais la chair est faible », et demande un temps de prière qui lui est accordé. Puis ses bourreaux se rapprochent et le trouvent les bras en croix, mains serrées sur sa croix de laïc franciscain. Le chef du groupe sort son coupe-coupe et lui tranche le cou, puis tous les jeunes trempent le leur dans le sang de leur victime avant de jeter le corps dans le fleuve.

La répression de l’insurrection est d’une violence extrême. Une chape de plomb tombe sur les évènements de 1947 mais à Vohipeno personne n’a oublié Lucien Botovasoa. Dix-sept ans après sa mort, un vieil homme animiste, mourant, fait appeler à son chevet le prêtre de la mission. Il lui raconte ce que Lucien lui a dit avant d’être exécuté et ajoute : « Je sens qu’il est présent. Peux-tu me baptiser ? » Le missionnaire le baptise et l’envoie à l’hôpital où il décède peu après.

Lucien Botovasoa a été béatifié en avril 2018.

 

Didier Rance, auteur de Prier 15 jours avec les martyrs du XXe siècle, Nouvelle Cité, 2004

Archives