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MOYEN-ORIENT : Une « Proclamation de Paris » pour défendre les chrétiens d’Orient

Publié le 11 décembre 2018

Mardi 11 décembre, une quinzaine de dignitaires chrétiens et musulmans orientaux se sont réunis à Paris pour signer la Proclamation internationale de Paris contre les discriminations et les violences faites aux chrétiens d’Orient et aux autres minorités dont les Yézidis, à l’initiative de la Chredo (Coordination des chrétiens d’Orient en Danger). 

« Sans ambiguïté, [les signataires] affirment le droit inaliénable des chrétiens d’Orient, des Yézidis et des minorités persécutées à rester et à vivre sur leur terre dans la dignité et à pratiquer leur foi en toute liberté comme cela l’a été à travers l’histoire en Orient ». Pour ce faire, ils appellent la communauté internationale à soutenir le retour des chrétiens et des minorités religieuses sur leurs terres, en leur construisant notamment des écoles et des lieux de culte. Tel est le contenu de la Proclamation internationale de Paris signée, aujourd’hui, par des dirigeants chrétiens et musulmans orientaux – sunnites et chiites, et en particulier par un représentant du grand imam d’Al Azhar, la plus haute instance religieuse en Egypte.

Avant la signature de ce texte fondateur, les représentants de cette mosaïque culturelle et religieuse ont tour à tour pris la parole pour dénoncer la situation des minorités religieuses dans cette région et les encourager à revenir sur leurs terres.

« Nous avons subi un génocide »

« Nous avons subi un génocide, a ainsi rappelé avec force Mgr Nicodemus Daoud Sharaf, archevêque syriaque orthodoxe de Mossoul. Nous subissons des massacres et un génocide, devant les yeux du monde entier. C’est une honte pour l’humanité. » Un génocide qui intervient un siècle après le génocide arménien et que la CHREDO entend faire reconnaitre par les autorités internationales.

A leur tour, des représentants des Eglises grec-orthodoxe et arménienne évangélique protestante ont rappelé la disparition des deux évêques orthodoxes – dont on est sans nouvelles depuis avril 2013 – et la situation dramatique des 5,6 millions de Syriens obligés de fuir leurs foyers pendant près de huit années de guerre.

Représentants de l’islam sunnite et chiite se sont également exprimés pour dénoncer les crimes commis par Daech et, plus généralement, par les organisations fondamentalistes. Dr Abdel Meneem Fouad, représentant du grand imam d’Al Azhar, sunnite, a ainsi déclaré « condamner le chaos créé par les extrémistes ». Cheick Al Sayyed, Saleh Al Hakim, chiite iraken, a ensuite dénoncé « le développement des extrémistes dans les années 70, un cancer dans le corps national, et nous ne pouvons le nier » assurant que « ces extrémistes sont musulmans et font partie de la communauté musulmane ».

Refuser la loi de la haine

Cette situation dramatique repose, selon Mgr Ramzi Garmou, archevêque de Téhéran et représentant du cardinal Louis Rapahel Sako, sur des facteurs extérieurs et intérieurs à la région. Il a ainsi dénoncé tout d’abord « la politique des grandes puissances et, à leur tête, celles des Etats-Unis » puis « la corruption de beaucoup de régimes qui gouvernent les pays d’Orient », avant de recommander la séparation de la religion de l’Etat pour construire la paix en Orient.

Partageant un même constat, les responsables religieux ont appelé « à refuser la loi de la haine afin de protéger la vie des générations à venir », à travers Mgr Massis Zobouian, évêque du Koweït, et encouragé les chrétiens à retourner sur leurs terres. Un retour qui ne pourra toutefois se faire sans assurer à ces minorités la sécurité – ce qui suppose une réelle volonté politique et une mobilisation de la communauté internationale.

« La proclamation internationale de Paris doit constituer un point de repère » a déclaré espérer le représentant du patriarche syriaque d’Antioche. Et, trois jours après la béatification des martyrs d’Algérie, elle peut constituer un motif d’espérance pour les chrétiens d’Orient persécutés. Des chrétiens, qui, Mgr Ignace Al hochi l’assure, « [vont] rester sur cette terre et n’en partiront pas ».

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