200 millions de chrétiens ne peuvent vivre leur foi librement > faire un don

Nigeria : « Des chrétiens sont tués en ce moment même »

Publié le 12 juin 2019

Pas de répit pour le Nigeria. Les informations avançant que le mouvement terroriste Boko Haram serait vaincu sont en totale contradiction avec les expériences faites chaque jour par le père John Bakeni. Dans son diocèse de Maiduguri, dans le nord du Nigeria, ce prêtre est responsable de la coordination des aides apportées aux survivants des attentats terroristes et aux personnes déplacées. Depuis des années, l’Aide à l’Église en Détresse (AED) coopère étroitement avec lui.

Père Bakeni, Boko Haram est considéré comme l’un des groupes terroristes les plus dangereux au monde. Récemment, les attaques des bergers peuls contre les agriculteurs chrétiens ont également augmenté. Comment se présente la situation aujourd’hui ?

Je crains que peu de choses n’aient changé. De nombreux villages sont encore attaqués. Et alors que je vous parle, Des chrétiens sont tués en ce moment même, hommes et femmes. Leurs biens sont détruits. Les gens de la campagne ne peuvent plus travailler dans les champs. Ils ont peur d’y être enlevés ou tués. Les conditions sécuritaires empirent.

À quels dangers êtes-vous personnellement exposé et à quels défis devez-vous faire face ?

La persécution de la minorité chrétienne dans le nord du Nigeria dure déjà depuis longtemps. Cela va de l’exclusion politique au refus d’attribuer des terrains pour y édifier une église, en passant par l’enlèvement et le mariage forcé de jeunes filles. Les exactions contre les chrétiens sont de plus en plus violentes et agressives. Les conflits permanents avec Boko Haram et les attaques commises par des bergers peuls, majoritairement musulmans, ont engendré un grand sentiment d’insécurité et une grande peur parmi nous, les Nigérians. Chaque jour vécu en sécurité est une bénédiction, car nous ne savons pas ce qu’il adviendra le lendemain. Mais notre foi nous stimule à témoigner courageusement de l’Évangile.

Actuellement, la persécution des chrétiens augmente en de nombreux endroits. Comment l’État et la société civile du Nigeria font-ils face à la terreur ? Quelles sont les aides, les mesures et les stratégies qui existent ou devraient exister ?

Dans le monde entier, le christianisme vit une époque difficile. Il est triste de voir que des pays qui ont été des pionniers et qui se sont construits sur la base de valeurs chrétiennes, se détournent de la foi. Au Nigeria, l’État n’est pas particulièrement présent lorsqu’il s’agit de protéger et sécuriser la vie et les biens des chrétiens. Nous, les citoyens nigérians, que nous soyons chrétiens ou musulmans, attendons de l’État qu’il nous protège et nous apporte la sécurité. Ce n’est que dans ces conditions que les gens peuvent assumer leurs tâches sans crainte.

Comment l’Église du Nigéria aide-t-elle les personnes qui souffrent de la terreur et d’où lui parvient le soutien dont elle a besoin pour cela ?

Dans mon diocèse de Maiduguri, nous avons été beaucoup soutenus par d’autres diocèses du Nigeria. Mais le plus grand soutien vient de l’étranger, en particulier de l’Aide à l’Église en Détresse et d’autres organisations. Certains diocèses des États-Unis nous ont également aidés en nous permettant de témoigner dans leurs paroisses. Des pays comme la Hongrie nous ont également envoyé de l’aide.

Comment percevez-vous le rapport entre l’islamisme et l’islam ? La majorité pacifique des musulmans peut-elle et devrait-elle entreprendre plus ?

L’islamisme est une déformation de l’islam. Le silence de la majorité des musulmans est inquiétant. Les gens devraient s’opposer à l’islamisme et le dénoncer.

Que pouvons-nous faire ici en Europe pour aider les chrétiens opprimés et en détresse au Nigeria ?

Le premier et principal soutien, c’est de prier pour nous. Ensuite, de nous apporter un soutien financier et de nous fournir des ressources afin que les chrétiens puissent continuer à garder la foi même dans des situations difficiles. Enfin, les gouvernements européens devraient exercer leur influence sur notre gouvernement pour qu’il renforce les institutions démocratiques œuvrant pour l’État de droit, la liberté religieuse et la liberté de réunion pour tous.

 

Pour l’Aide à l’Église en détresse, le Nigeria est l’un des pays prioritaires sur le continent africain. L’œuvre de bienfaisance y finance notamment le soutien des familles démunies qui ont perdu des proches lors des attaques terroristes, ainsi que la reconstruction d’institutions de l’Église qui ont été détruites. Elle y a consacré un budget de plus d’un million d’euros en 2018.

 

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