RDC : « personne ne songe à nous rendre visite »

Democratic Republic of Congo, November 2012 Kanyaruchinya camp for displaced in Goma. Since April, the conflict between the army and the M23 rebel group in North Kivu has forced 340,000 people to flee their homes. Many are staying in impromptu Internally Displaced People (IDP) camps just outside Goma. 60,000 people have sought refuge in Kanyaruchinya (a small village to the north of the town).  Cholera is already present in the Kanyaruchinya camp and in Goma, and the camps that are receiving displaced people are seriously short of water and sanitation facilities. Humanitarian aid has been too slow in arriving.Christine du Coudray, responsable AED du département Afrique, vient de rentrer d’un voyage en République démocratique du Congo, durant lequel elle a visité la partie orientale du pays, souffrant encore des conséquences des guerres récentes. Les mots qui décrivent le mieux le quotidien de ceux qu’elle a rencontrés sont pauvreté, insécurité et isolement, en particulier dans le diocèse de Manono, l’un des plus isolés du pays. « En 24 ans de mission auprès de l’AED, je n’ai jamais rien vu de comparable, à l’exception du Soudan », dit Christine du Coudray à propos des conditions de vie désastreuses des prêtres locaux.

« Quand vous survolez Manono, vous voyez une belle ville avec des rues droites bordées de manguiers », relate Christine du Coudray. Cette ville, située au sud-est de la République démocratique du Congo, fut construite par les Belges, qui dans les années cinquante constatèrent la richesse de la région en minéraux et y établirent une usine d’extraction d’étain. Pour les besoins de l’usine, ils bâtirent une ville étonnante qui devint célèbre dans tout dans le pays. Ses habitants disposaient d’eau courante et d’électricité 24 heures sur 24 ; ils avaient du travail à l’usine ainsi que toute l’infrastructure en matière d’éducation, de soins de santé, etc. « Donc, vu d’avion la ville paraît absolument merveilleuse. Et puis, quand vous atterrissez, vous découvrez une ville fantôme, celle-ci ayant été détruite dans son intégralité par la guerre en 1999, sa population l’a abandonnée. Il n’en reste plus que des ruines », c’est ainsi que Christine du Coudray décrit la situation.

Autrefois pleine de vie, l’Église de Manono est aujourd’hui extrêmement isolée et sans moyens. « Bienvenue ! Personne ne songe à nous rendre visite », tels sont les mots de Mgr Vincent de Paul Kwanga Njubu à l’arrivée de Christine du Coudray à Manono. Des mots étranges dans une région si riche en ressources naturelles et en gisement de minéraux, tels le coltan, la cassitérite, le fer, le cobalt, l’or, l’améthyste, le diamant… pour n’en citer que quelques-uns. Lors de sa visite, Christine fut également accueillie par un autre prêtre qui lui dit : « Bienvenue dans le triangle de la mort ». En effet, ces fameuses ressources minérales peuvent apporter vie et bien-être à l’ensemble de la communauté, mais elles peuvent aussi provoquer la cupidité et conduire à des combats et à des meurtres, comme ce fut le cas à Manono.

« La structure du diocèse tout entier est directement liée à l’usine d’extraction d’étain. Durant des années, les Belges ont creusé des carrières à la recherche de cassitérite. Cela a changé le paysage : les carrières ont formé des collines artificielles et les vallées les reliant se sont transformées en lacs. Et quand, en l’an 2000, les autorités locales se sont tout à coup rendu compte que l’extraction de cassitérite était arrivée à son terme, est alors apparu le coltan. C’est ainsi que les carrières sont restées et que l’on a demandé aux habitants de passer à l’extraction du coltan, qui était beaucoup moins connu à l’époque qu’aujourd’hui », explique Christine du Coudray en ajoutant : « J’y ai rencontré des enfants qui préparaient leur inscription à l’école en travaillant dans ces carrières pour gagner les quelques dollars nécessaires à payer leurs frais de scolarité ».

Quand Mgr de Paul est arrivé, cela faisait déjà cinq ans que le diocèse était sans évêque. « C’est pourquoi, à son arrivée il a décidé d’organiser l’Église locale », poursuit la responsable du département Afrique de la fondation pontificale, et « cela n’a pas été facile… Maintenant, la situation est bien meilleure, mais j’ai parlé à certains prêtres et ai constaté qu’ils souffrent énormément de l’isolement dans lequel ils se trouvent ».

Car dans cette région, il s’agit non seulement de reconstruire les édifices de l’Église mais aussi de quelque chose de bien plus compliqué : reconstruire la Foi et le sentiment intérieur d’appel à la prêtrise.

Et pourtant, de petits miracles se produisent grâce à l’Esprit saint. « Le Seigneur ne veut pas que vous soyez des fonctionnaires de l’État, mais que vous révéliez Son visage », telles furent les paroles prononcées par Mgr Vincent de Paul Kwanga Njubu au cours d’une messe dominicale en présence de Christine du Coudray pendant laquelle furent ordonnés deux diacres et deux prêtres. « Il y a trois ans, j’ai demandé à l’Archevêque d’Avignon en France, qui fut également missionnaire au Tchad, de diriger une retraite à Manono », explique Christine du Coudray : « L’archevêque a accepté. En retour Mgr Vincent de Paul a envoyé un prêtre à l’Institut Notre-Dame de Vie à Avignon. Le prêtre a ainsi découvert la profonde richesse de sa vocation. Il rentrera à Manono au terme de ses études de Théologie pastorale. Il semble que d’un côté il y ait un bien mince espoir, mais de l’autre, il y a ce prêtre qui pourrait être l’un de ceux qui contribueront au renouvellement de tout le diocèse ».

Christine du Coudray souligne l’importance de rendre personnellement visite aux prêtres dans le diocèse et de leur montrer notre soutien : « Il est évident qu’il est ensuite nécessaire de prendre des mesures d’aide concrètes », dit-elle. « J’ai par exemple proposé d’élargir la bibliothèque, mais la réalité est bien différente : très peu de prêtres lisent de nos jours. Ils se plaignent des conditions de vie : rendez-vous compte que dans cet immense diocèse ils n’ont que trois véhicules à leur disposition. De plus, il n’y a que sept religieuses et une seule congrégation des Messagères de la Bonne Nouvelle ; et parmi les religieuses, une seule sœur a prononcé ses vœux perpétuels. Dans tous les autres diocèses il y a un certain nombre de religieuses appartenant à diverses congrégations locales ou missionnaires », explique Christine.

Et ce n’est pas tout. « En 24 ans de mission auprès de l’AED, je n’ai jamais rien vu de comparable à ce que j’ai constaté dans la paroisse de Piana », souligne la responsable du département Afrique de la fondation pontificale. « Nous y avons été accueillis par le prêtre en charge de la paroisse, qui nous a dit : ‘ Je vous en prie, venez à mon presbytère ‘. Mais cela n’avait rien d’un presbytère ! », s’exclame Christine du Coudray : « Imaginez une pièce d’à peine six mètres carrés avec un petit mur de séparation, et derrière ce mur un matelas et une moustiquaire, qui était si sale qu’aucun moustique ne pouvait la traverser. En aucun cas. À côté du matelas se trouvait une salle de bain, ou plutôt ce qui en porte le nom. Les murs étaient extrêmement crasseux et il n’y avait pas de fenêtre. Je n’ai jamais rien vu de tel prétendant s’appeler un presbytère. Nous n’y mettrions même pas un chien ! Mais pour lui, il n’y a aucun autre endroit pour vivre. Pour nous, c’est vraiment une honte de voir ça », conclut-elle, choquée par les désastreuses conditions dans lesquelles doit vivre le prêtre.

Il n’y a pas de curie à Manono et même dans la demeure épiscopale le toit est sur le point de s’effondrer. Quant à la chapelle, elle est aussi en mauvais état. L’évêque dit néanmoins : « Que puis-je faire? Je ne peux pas rénover ma demeure alors que mon prêtre vit dans de telles conditions en la paroisse de Piana ».

« Heureusement, il y a deux ans de cela, l’évêque nous avait demandé de l’aide pour construire le presbytère. A l’époque, nous ne savions pas où cela se trouvait. Or, il s’avère qu’il s’agit de ce lieu même. Donc, à côté de ce soi-disant « presbytère », il y en a un nouveau à Piana, un très beau avec une petite chapelle. La construction en est presque achevée et le prêtre pourra bientôt s’y installer », se réjouit Christine du Coudray.

Peu à peu, les choses changent. « Mais nous devons rester à leurs côtés pour qu’ils ne sentent pas seuls », insiste-t-elle. « Il nous faut aider l’évêque à rencontrer d’autres évêques du pays et de la région et aussi organiser des retraites pour le clergé avec des prêtres de l’étranger, d’Europe. Ils sont à la recherche d’intervenants européens, ce qui n’était pas si évident à la fin des années soixante (alors que le pays venait d’acquérir son indépendance de la Belgique). C’est pourquoi il est si important de faire preuve d’une présence forte, de maintenir un contact étroit pour leur montrer que nous nous soucions de leur situation ».

Car pour Christine du Coudray tout commence par la relation, une authentique communion : « Il nous faut construire un pont pour qu’ils voient qu’ils sont importants pour nous. Et nous sommes prêts à le faire ».

Parmi les autres priorités mentionnées par Mgr Vincent de Paul Kwanga Njubu, la fondation pontificale contribuera à deux projets cruciaux pour le diocèse : le premier concerne la finition du Petit séminaire dans un ancien bâtiment de la demeure épiscopale qui avait été détruite, le second, la remise en état du presbytère qui avait également été entièrement détruit en la paroisse Saint Joseph Travailleur.