200 millions de chrétiens ne peuvent vivre leur foi librement > faire un don

NUIT DES TÉMOINS : En Inde, L’Église face à une persécution moderne

Publié le 17 avril 2019

La Nuit des Témoins 2019 s’est déroulée du 23 au 29 mars. Au cours de cette veillée de prière et de témoignage ont tour à tour pris la parole Mgr Theodore Mascarenhas, secrétaire général de la conférence épiscopale d’Inde, soeur Mona Aldhem, religieuse en Syrie, et Mgr Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa, en République démocratique du Congo. Voici le témoignage de Mgr Mascarenhas.

Cher Mgr Michel,

Chers frères et sœurs,

Je suis désolé, je ne parle pas français parce que les Français ne sont pas venus dans ma partie du pays. Je vous apporte des salutations d’amour de la part des catholiques en Inde. Nous sommes très reconnaissants pour l’Église en France, la France est la fille ainée de l’Église. Vous nous avez donné des saints, des missionnaires et des martyrs.

L’Église catholique en Inde, c’est simplement 2% de la population, ce qui représente 20 millions de personnes. Nous gérons 54 000 établissements scolaires qui accueillent à peu près 60 millions d’étudiants. Nous servons l’Eglise, les pauvres, spécialement les plus pauvres, à travers des hôpitaux, des cliniques et d’autres œuvres sociales. Jusqu’ici, nous n’avons jamais eu de problème en Inde.

Mais plus récemment, les chrétiens ont été confrontés à une campagne de haine. Et nous avons affaire à ce que je pourrais appeler une forme moderne de persécution où les lois sont utilisées contre l’Eglise catholique pour l’empêcher d’être au service des plus pauvres.

En Inde nous avons des lois soi-disant appelées « anti-conversion ». En vertu de celles-ci, si quelqu’un veut changer de religion, il doit d’abord demander l’autorisation à la police.

La première loi a été adoptée en 1968 et depuis sept Etats en Inde l’ont adoptée. Depuis 1968 et jusqu’à aujourd’hui, aucun chrétien n’a jamais été condamné par cette loi mais beaucoup de prêtres, de religieuses, de chrétiens ont été mis en prison et y sont restés jusqu’à ce qu’ils aient été reconnus non coupables.

En 1998, on a eu le premier incident vraiment de haine. Un pasteur protestant australien, qui était au service des plus pauvres dans l‘Etat d’Orissa, avait l’habitude de dormir dans sa voiture. Il était accompagné de ses deux fils, 10 et 12 ans. Une nuit, une foule a entouré la voiture et y a mis le feu. Et malgré le fait que les garçons pleuraient et criaient, ils ne les ont pas laissé sortir.

Dix ans plus tard, en 2008, plus d’une centaine de chrétiens ont été tués et leurs maisons brûlées. Cela s’est produit au même endroit et plus de 50 000 personnes ont dû trouver refuge dans la forêt. C’était le lendemain de Noël. Ils sont restés dans la forêt pendant plus d’un an.

Beaucoup de moyens légaux sont utilisés pour nos empêcher de travailler dans nos écoles, nos dispensaires, et même pour le financement [de nos activités]. Je pourrais vous en parler toute la nuit mais je vais simplement vous relater deux ou trois incidents.

En 2017, deux prêtres et trente séminaristes qui chantaient des chants de Noël dans les villages ont été entourés par une foule qui les a battus, livrés à la police, et a brûlé leur voiture. Au lieu d’arrêter les agresseurs, la police a mis les prêtres et les séminaristes en prison. Ils n’ont été relâchés que lorsque je suis allé voir le ministre de l’intérieur, en tant que secrétaire général de la conférence épiscopale.

Un autre incident, toujours au Nord de l’Inde : 40 jeunes hommes violents sont entrés dans une école où se trouvent 8500 élèves, dont 80 chrétiens à peu près. Ce groupe d‘hommes a exigé du directeur de l’école, un prêtre, qu’il vénère une déesse hindoue, la ‘Mère Inde’. Lorsqu’il a  refusé, ils ont dit qu’ils reviendraient huit jours plus tard, le 4 janvier. J’en ai informé le ministère de l’intérieur et 300 policiers armés sont venus garder l’école. Le 4 janvier, ils sont donc revenus : plus de 800 jeunes hommes violents armés sont revenus. C’est uniquement grâce à la présence de la police que l’école a été sauvée.

Le gouverneur du Jharkhand, l’État d’où je viens, a payé toute une publicité, en première page des journaux, dans laquelle il était écrit que les missionnaires chrétiens étaient en train de convertir les dalits et les populations tribales. Il était dit que ces populations étaient stupides comme des vaches, ignorantes, et qu’elles ne savaient pas faire la différence entre Mahomet et Jésus. Une semaine plus tard, il a adopté une loi anti-conversion dans cet Etat.

Je pourrais vous relater beaucoup d‘autres incidents. Il y a des organisations hindoues qui ont déclaré que d’ici 2025 l’Inde deviendra une nation purement hindoue. Et ils disent que les musulmans doivent aller au Pakistan et les chrétiens doivent tous aller au Vatican ou dans un autre pays chrétien.

Mes frères et sœurs je peux vous dire une chose : l’Eglise en Inde est jeune et pleine d’espérance. Nous n’avons pas peur et nous n’aurons pas peur. Nous sommes conscients de nos droits constitutionnels, nous avons le droit de pratiquer notre foi et de prêcher l’Évangile. Je suis heureux de vous dire que nous avons beaucoup de vocations sacerdotales et religieuses ; le plus grande nombre d’entre elles viennent de cet Etat d’Orissa où il y a eu ce massacre il y a dix ans. Le sang des martyrs nous a donné le don des vocations. Nous sommes heureux aussi que les missionnaires indiens soient en train de servir un peu partout dans le monde, dans beaucoup de pays. Nous sommes heureux de pouvoir rapporter la foi à vous qui nous l’avez apportée. Merci pour tout ce que vous faites pour nous. Merci pour le soutien que vous apportez à l’Aide à l’Eglise en Détresse. De notre côté, nous ne pouvons que vous offrir nos prières ; Que Dieu vous bénisse et soit avec vous et vous protège toujours.

Mgr Mascarenhas, évêque auxiliaire de Ranchi

Secrétaire général de la conférence épiscopale indienne

(Crédit photo : AED / Solène Perrot)

Archives