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Odisha : « Ils sont restés forts dans la foi »

Publié le 14 mars 2017

L’État d’Orissa (désormais appelé Odisha), en Inde, avait toujours été un lieu où les gens vivaient ensemble pacifiquement, malgré les différences de religions et de position sociale, jusqu’à ce qu’une explosion de violence, en 2008, survienne contre les chrétiens. Véronique Vogel, chef de projets de l’AED en Asie, s’y est rendue d’octobre à novembre 2016. Interview.

ACN-20170309-51717Quelle est la situation générale aujourd’hui en Odisha ?

La situation s’est améliorée. Il n’y a plus de violence. La plupart des gens sont revenus dans leurs villages. Cependant, la peur est toujours présente dans le cœur des chrétiens – catholiques et protestants – car ils ont compris qu’une éruption de violence peut arriver n’importe quand.

Ils ont également remarqué que les gens qui fomentaient la violence à leur encontre provenaient de l’extérieur de leur région et qu’ils étaient motivés par l’idéologie fondamentaliste du parti nationaliste hindou BJP (« Bharatiya Janata Party », « parti du peuple indien » en hindi). Ils savent donc que tant que le BJP est au pouvoir, cela peut se reproduire.

Quelle est le rôle du parti nationaliste hindou dans ces violences ?

Les membres du BJP ont essayé d’inciter les tribus à la violence contre la communauté Dalit (intouchables). Ils sèment le trouble dans des communautés qui vivaient autrefois paisiblement. Les membres des tribus sont généralement des propriétaires terriens, contrairement aux Dalits qui pour la plupart ne le sont pas. Mais ces derniers veulent aussi s’élever dans la société et ont le droit de posséder des terres.

Les gens du BJP disent aux tribus, pourtant chrétiens : « Regardez ces Dalits, ils viennent vers vous et veulent avoir les mêmes droits que vous. Ils veulent avoir leurs propres terres. » Ils répandent la méfiance. D’autre part, les intégristes hindous essaient d’opposer les villageois hindous à leurs voisins chrétiens.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué durant votre rencontre ?

ACN-20170309-51722L’accueil. Les villageois nous attendaient à l’extérieur des villages et nous accompagnaient en dansant et en chantant jusqu’aux chapelles financées par nos bienfaiteurs. J’ai beaucoup aimé ces chapelles, très bien faites, aux couleurs vives, parfaites pour pratiquer décemment le culte. Ils étaient heureux de pouvoir dire « merci » mais aussi de voir que nous ne les avions pas oubliés, que nous faisions l’effort de venir chez eux.

Cinq minutes après avoir vu la joie du peuple qui nous accueillait, l’atmosphère a soudainement changée quand nous nous sommes assis ensemble pour les écouter. Ils nous racontaient brusquement des histoires terribles : « Nos voisins sont venus dans nos maisons et voulaient nous tuer. Nous avons fui pour sauver nos vies. Ils ont pris tout ce que nous avions et ont détruit nos maisons. » Ils sont restés forts dans leur foi malgré leurs épreuves.

Quels sont les plus grands défis pour l’Église indienne ? 

Je pense qu’aujourd’hui, l’un des plus grands défis demeure le dialogue interreligieux. L’Église a maintenu le dialogue avec les hindous, même les plus radicaux. Elle ne dira jamais que l’hindouisme n’est pas une bonne religion : nous voulons vivre en harmonie. L’Église estime que cette mosaïque de religions en Odisha – hindous, chrétiens et quelques musulmans – peut être un outil pour la paix. Ce n’est pas parce que vous appartenez à une autre religion que vous n’êtes pas indien. Les fondamentalistes hindous tentent d’imposer l’idée très dangereuse que pour être un vrai indien, il faut être hindou.

Y a-t-il également des difficultés au sein de l’Église catholique elle-même ?

L’Église doit guérir les divisions, parfois même en son propre sein, liées notamment au système de castes. Par ailleurs, la foi est parfois encore jeune et même quand elle est forte, la connaissance doit être approfondie. C’est pourquoi le clergé et les laïcs doivent être bien formés.

Parfois, ce n’est pas le clergé ACN-20170309-51714qui fait face aux contestations mais les laïcs. S’ils ont reçu une bonne formation, ils pourront mieux réagir et plus rapidement lorsque, dans un village, certaines personnes répandent des informations erronées contre les chrétiens. C’est aussi une façon de maintenir la paix.

Durant ce voyage, l’AED a pu apprécier les besoins de l’Église catholique en Odisha. L’objectif principal est la formation des laïcs et des séminaristes. L’AED prend également en charge la construction de chapelles dans les petits villages et la construction d’un couvent. Par ailleurs, l’AED fournira des moyens de transport à l’Église catholique locale.

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