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Pakistan : L’éducation et la formation, priorités de la communauté catholique

Publié le 16 janvier 2019

Mgr Joseph Arshad, archevêque d’Islamabad-Rawalpindi et président de la conférence épiscopale du Pakistan, revient pour l’AED sur l’histoire de l’Eglise dans son pays et sur les principaux défis auxquels elle doit faire face. Il appelle à renforcer l’éducation et la formation de la communauté catholique du Pakistan, généralement pauvre et illettrée, afin de s’intégrer davantage dans la société.

Quelles sont les origines de l’Église au Pakistan ?

D’après la tradition, c’est l’apôtre Saint Thomas qui a apporté les Évangiles dans cette région. Saint Thomas est parvenu jusqu’en Inde, et il y a encore quelques décennies, le Pakistan appartenait au même territoire que l’Inde. En route vers le sud-est de l’Inde, où se trouvent aujourd’hui de très anciennes communautés chrétiennes, on dit qu’il est passé par l’actuel Pakistan, en suivant la route terrestre d’Alexandre le Grand. À proximité d’Islamabad se situe la vieille cité de Taxila. Lors de fouilles sur des sites datant de l’époque grecque et postérieure à celle-ci, on y a découvert les restes d’une croix de pierre, que l’on attribue à Saint Thomas. Cette croix est actuellement conservée dans la cathédrale de Lahore.

Que se passa-t-il après le passage de l’apôtre Thomas ?

Au XVIe siècle, cette région appartenait à l’Empire mongol. À l’époque, le roi Akbar invita quelques prêtres à expliquer à sa cour ce qu’était le christianisme. Plusieurs missionnaires jésuites répondirent à cette invitation. Le roi permit l’édification de deux églises à Lahore, qui furent toutefois détruites plus tard par d’autres souverains. Au XVIIIe siècle, au début du règne de l’empire britannique, il y eut une nouvelle vague d’évangélisation. L’Église reprit un nouvel essor. Au sein de l’armée anglaise, des aumôniers catholiques commencèrent à évangéliser la population locale. Ce fut le début d’une nouvelle période qui se poursuit encore aujourd’hui.

Comment avez-vous pris conscience de votre vocation sacerdotale ?

Mes grands-parents étaient catholiques. Je suis donc né et j’ai grandi au sein d’une famille catholique. Ce sont mes proches qui m’ont transmis la foi. À proximité de mon école, il y avait une paroisse où je me rendais avec mes amis. Lors de l’Eucharistie, j’étais soit chargé de faire la lecture, soit servant d’autel. Parfois, nous nous rendions dans d’autres secteurs de la paroisse où les familles chrétiennes étaient dispersées, pour connaître leurs besoins. Peu à peu, j’ai appris à mieux connaître la vie des prêtres, et j’ai pris conscience que Dieu m’appelait à être comme eux, à servir Dieu et la communauté. Au séminaire, nous assurions des activités pastorales et je me suis notamment rendu dans des villages chrétiens. J’ai vu que la vie y était très difficile, et je me suis dit : « Leur vie est très dure. Je serais incapable de vivre ainsi. Ma vie n’est certes pas simple, moi aussi, j’ai des difficultés. Mais ces hommes et ces femmes ont encore plus de problème. Si j’étais prêtre, je pourrais aider mon prochain, et apporter l’espoir à ces gens. »

Parmi tout ce que vous avez appris, qu’est-ce qui vous semble le plus important ?

La foi des gens simples m’a renforcé dans ma propre foi. J’ai appris à aimer l’Église à travers l’amour des gens qui demandent notre présence, notre aide, nos conseils. Je suis très heureux d’être prêtre. Tous les jours, j’en remercie Dieu. Les gens simples en particulier m’ont appris que Dieu représente une aide essentielle, et qu’en Lui, il y a toujours de l’espoir.

Comment se présente l’avenir de l’Église au Pakistan ?

L’Église catholique mise sur la formation des prêtres. Nous avons besoin de prêtres, de religieux et religieuses ayant bénéficié d’une bonne formation. Par ailleurs, notre communauté doit pouvoir accéder à l’enseignement. Si les chrétiens reçoivent une éducation et une bonne formation, l’image de notre communauté changera. Nous tâchons aussi de parvenir à ce qu’il y ait de meilleures familles chrétiennes, où les époux font preuve d’estime et d’amour l’un envers l’autre, où les parents veillent à l’éducation de leurs enfants. L’aide que nous percevons de la part de l’AED dans ces domaines est absolument indispensable pour cela.

Quelle est la situation des vocations au sacerdoce et à la vie consacrée ?

Grâce à Dieu, il y a non seulement des vocations à la prêtrise mais aussi à la vie consacrée, en particulier dans les petits villages comportant une majorité chrétienne. Dans mon évêché, nous avons actuellement 35 candidats au sacerdoce. À côté de la cathédrale, il y a par exemple la maison de formation sacerdotale des Dominicaines, qui compte vingt novices.

Quelles sont les principaux besoins de l’Église au Pakistan ?

Comme je l’évoquais, l’éducation est particulièrement importante. Beaucoup de gens ne peuvent pas poursuivre leurs études à cause du manque d’écoles et du manque de ressources. Dans les écoles chrétiennes, la plupart des élèves sont des musulmans. Les portes de nos établissements scolaires sont ouvertes à tous. Mais nous avons besoin de plus d’écoles. Jadis, l’Église jouissait de beaucoup de considération et d’un grand prestige en raison de ses établissements scolaires. Aujourd’hui, à cause de la forte croissance démographique et urbaine, nos établissements doivent faire face à d’autres défis. Par ailleurs, nous avions ici beaucoup de missionnaires étrangers. À présent, l’Église pakistanaise se transforme de plus en plus en une Église locale. Nous bénéficions donc de moins de soutien extérieur et nous avons de gros problèmes de financement qui compromettent la poursuite de notre mission.

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