200 millions de chrétiens ne peuvent vivre leur foi librement > faire un don

Pakistan : « Les chrétiens travaillent souvent dans des conditions de semi-esclavage »

Publié le 30 décembre 2018

Dans un pays ravagé par l’extrémisme, la corruption et la violence, le récent acquittement d’Asia Bibi constitue un signe d’espérance pour la petite Eglise locale. Mgr Joseph Arshad, archevêque d’Islamabad-Rawalpindi et président de la Conférence épiscopale du Pakistan, a accepté de répondre aux questions de l’AED ; il insiste sur l’importance de dialogue interreligieux, facteur de paix.

Quelle est la situation actuelle dans le pays, après l’élection d’un nouveau Premier ministre en août dernier ?

Le nouveau Premier ministre, Imran Khan, tente de faire face à de très grands problèmes, tels que le chômage, en particulier des jeunes, la corruption et la forte croissance démographique. Le Pakistan compte déjà plus de 200 millions d’habitants. Le slogan du parti de Khan a été « éliminons la corruption ». Ce message s’est répandu au sein de la population qui avait assisté au pillage des ressources du pays et de l’argent destiné à l’éducation et à la santé. Nous pensons que c’est peut-être une bonne occasion d’aller de l’avant et d’améliorer la vie des gens.

Quelle est la situation actuelle de l’Église au Pakistan ?

95% de la population est musulmane. Pour le reste, il s’agit de minorités : des chrétiens, hindous, sikhs et farsis. Les chrétiens sont environ 6 millions – dont 1,5 million de catholiques – ce qui représente 2% de la population. Les chrétiens forment une communauté particulièrement pauvre. Beaucoup d’entre eux ont des emplois très précaires et travaillent dans des conditions de semi-esclavage.

Pour nous, l’éducation est la clé pour améliorer les conditions de vie des gens et pour montrer clairement que nous, chrétiens, faisons partie de la société, que nous avons la même dignité et que nous pouvons faire un travail qualifié. Notre communauté dispose d’un quota légal de 5% de représentants au sein des institutions publiques. Mais parfois, nous ne parvenons pas à occuper tous les postes à responsabilité parce qu’il nous manque les personnes dûment qualifiées.

Comment définiriez-vous la vie de foi des chrétiens au Pakistan ?

Notre peuple a une foi très simple, mais très profonde. Malgré les problèmes d’accès à l’éducation et le manque d’opportunités professionnelles, les gens sont fidèles à l’Évangile, nos églises sont pleines de fidèles. 90% des chrétiens vont à la messe tous les dimanches, et même en semaine. Je dois cependant souligner que beaucoup ne peuvent pas aller à la messe chaque dimanche à cause du manque d’églises et de prêtres pour les prendre en charge.

Que savez-vous du cas d’Asia Bibi ?

En tant qu’Église catholique, nous respectons les lois de notre pays et respectons la justice. La Cour suprême d’Islamabad a déjà prononcé un verdict. Elle représente la justice et nous devons respecter la décision de la Cour suprême.

Les chrétiens subissent-ils les conséquences de l’extrémisme de certains groupes islamistes ?

Oui, bien sûr. Nous avons subi des attaques dans nos églises, et les chrétiens sont également menacés par la loi sur le blasphème. Cette loi est souvent utilisée par intérêt personnel, pour accuser faussement d’autres personnes. Mais il n’y a vraiment aucun problème si les autorités locales traitent les cas rapidement. C’est pourquoi le dialogue interreligieux est une clé pour travailler avec les mollahs – les chefs musulmans – afin d’arrêter les campagnes de fausses accusations et réussir à calmer les extrémistes. Si nous n’arrivons pas à temps à l’endroit où une accusation a été lancée, les gens se font parfois justice eux-mêmes et finissent par tuer les accusés. Je connais plusieurs cas car je suis également responsable de la Conférence épiscopale Justice et Paix.

Quelles relations l’Église catholique entretient-elle avec les autres religions ?

Dans le contexte du Pakistan, le dialogue interreligieux est très important. L’Église est leader dans ce domaine. Nous essayons de trouver des espaces où nous pouvons travailler ensemble, musulmans, chrétiens, hindous, sikhs, farsis, et autres religions minoritaires. Nous avons constaté que lorsque nous partageons notre vie, il y a une meilleure compréhension entre nous. C’est un processus lent, je pense que nous avons aussi besoin qu’il y ait plus de travail entre les gens. L’objectif est de parvenir à la paix et de freiner l’extrémisme.

 

 

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