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PAKISTAN : Les « services exemplaires » du Père Channan

Publié le 13 juin 2019

Au pays d’Asia Bibi, le père James Channan vient d’être décoré pour son travail en faveur du dialogue  interreligieux. Dans ce pays où 96% de la population est musulmane, les chrétiens, qui en représentent 2%, sont fréquemment confrontés à l’extrémisme religieux.

Le 17 mai 2019, le père James Channan recevait une décoration pour « Services exemplaires au service de l’harmonie et de la paix interreligieuse », des mains du Docteur Noor-Ul-Haq Qadri, ministre des Affaires religieuses et de l’harmonie interreligieuse du Pakistan. Le gouvernement pakistanais souhaite manifestement démontrer sa bonne volonté par cet honneur, accordé à un prêtre dominicain. La remise de décoration s’est tenue au sein d’une Conférence interreligieuse tenue à Lahore, en présence de 300 représentants des communautés musulmanes, chrétiennes, hindoues et sikhes.

Directeur du Peace Center

Le père James Channan dirige le Peace Center de Lahore, une institution dédiée au dialogue interreligieux. Il s’est fait connaître par son activisme infatigable pour défendre les droits des minorités religieuses et tout particulièrement pour le cas très médiatique d’Asia Bibi. Cette chrétienne, condamnée à mort pour « blasphème », a passé 10 ans de sa vie en prison avant d’être acquittée. En choisissant d’honorer cet homme, le gouvernement pakistanais inflige un camouflet aux extrémistes qui continuent à exiger que la chrétienne soit exécutée.

Il se dit : « Très surpris » et « honoré » par cette récompense, qui salue 34 ans de sa vie consacrées à l’harmonie interreligieuse. « Je tiens aussi à mentionner que de nombreux chefs religieux musulmans, de nombreux promoteurs de paix nous rejoignent au Peace Center. Je remercie Dieu de voir que le centre a acquis une bonne réputation au Pakistan et dans le monde. » Cette institution propose des séminaires, des conférences, des célébrations et des publications qui promeuvent la bonne entente entre les communautés. « Je me réjouis de voir que notre pays, si souvent confronté au terrorisme, à l’extrémisme, reconnait la qualité du travail pour l’harmonie. »

L’insuffisante protection des minorités religieuses

Les chrétiens pakistanais craignent que les musulmans extrémistes, déçus par la libération d’Asia Bibi, ne se vengent. Mais selon le père Channan, les autorités se montrent très strictes, évitant les flambées de violence. La Commission épiscopale pakistanaise Justice et Paix adressait toutefois début juin un communiqué au gouvernement, l’accusant de ne pas suffisamment protéger les minorités religieuses. Parmi les faits incriminés, la commission pointe la profanation de croix sur les tombes du village chrétien d’Antonioabad, près de la ville d’Okara, mais aussi la mort d’un chrétien de 36 ans qui voulait changer de travail et qui a été tué pour cela par son employeur musulman dans la commune de Chak 7, près de Faisalabad.

Mgr Joseph Arshad, président de la Conférence des évêques catholiques du Pakistan, a appelé le gouvernement à «prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et punir les responsables de ces incidents». Il appelle à l’application du Plan d’action national en 16 points pour les droits de l’homme, qui avait été approuvé par le Premier ministre en 2016. Ce plan prévoyait notamment une aide légale gratuite pour les victimes d’abus, la création de mesure pour lutter contre les violences faites aux femmes et la création d’une commission nationale pour les minorités. Au Pakistan, 25 chrétiens sont actuellement emprisonnés, au nom de la loi anti-blasphème qui valu un long emprisonnement à Asia Bibi.

L’AED soutient l’Église au Pakistan à hauteur de 714 218€ pour l’année 2017-2018. Elle participe notamment à la construction de lieux de cultes, à l’achat de véhicule pour les prêtres et au soutien à la pastorale.

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