200 millions de chrétiens ne peuvent vivre leur foi librement > faire un don

Pakistan: pour sauver Asia Bibi, son mari et sa fille mobilisent l'opinion publique française

Publié le 1 juin 2011

Le monde entier connaissait son visage. On découvre aujourd’hui son témoignage. Asia Bibi a été la première femme pakistanaise condamnée à être pendue pour blasphème, le 8 novembre 2010. Dans l’attente de son jugement en appel à la Haute Cour de Lahore, la mère de famille d’origine chrétienne, croupit dans un minuscule cachot de la prison de Sheikhupura en clamant son innocence. Aucune date n’a encore été fixée. Cela fait bientôt un an qu’elle n’a vu aucun de ses cinq enfants. Elle reçoit deux fois par mois la visite de son mari, Ashiq. C’est par l’intermédiaire de cet homme qu’Anne-Isabelle Tollet, correspondante au Pakistan pour France 24, a pu recueillir les mots d’Asia Bibi pour en faire un livre, Blasphème (Oh Éditions, 181 p., 16,90 €).

Ashiq et SidraA l’occasion de sa parution en France, Ashiq et Sidra, la troisième enfant du couple, âgée de 16 ans, sont venus en France pour une série de rendez-vous médiatiques et politiques. Le but ? Mobiliser l’opinion publique pour obtenir l’acquittement et la libération d’Asia. Ils ont pu assister à la messe à Notre-Dame de Paris le 29 mai 2011. Le cardinal Vingt-Trois est venu les saluer personnellement et leur remettre la médaille miraculeuse de la rue du Bac, dont une à transmettre à Asia.

Le blasphème, une marque indélébile.
Asia Bibi est danger de mort. Dans sa prison en attendant son jugement, elle peut se faire assassiner par ses propres gardes, comme ce fut le cas du gouverneur musulman du Penjab, Salman Taseer, qui avait osé venir visiter l’accusée pour manifester son soutien. Même innocentée, elle restera l’ennemi public numéro un pour une accusation infondée de blasphème. Le reste de sa famille est aussi menacé. Ashiq a du cesser son travail, il vit caché avec trois enfants à charge, dont une petite fille lourdement handicapée. Ils survivent grâce à la générosité familiale et amicale. Les droits d’auteur du nouvel ouvrage les aideront entre autre à payer les services de l’avocat. « Il faut qu’elle trouve un pays d’accueil. Si elle est libérée, ça ne suffira pas. Elle sera toujours menacée de mort. Sa tête est mise à prix. Toutes les statistiques montrent que les personnes accusées de blasphème, quand elles sortent de prison, sont tuées dans les semaines qui viennent », explique Anne-Isabelle Tollet. L’exil politique est la seule solution pour Asia et sa famille.

Qu’attendre de la pression internationale ?
Le gouvernement pakistanais a réaffirmé qu’il ne toucherait pas à cette loi. Qu’il ne pensait pas même à la réformer. La pression des fondamentalistes fait trembler le Pakistan jusqu’à son sommet. Sherry Rehman, membre du parti majoritaire en a encore fait les frais récemment. Pour avoir demandé ouvertement de réformer l’article 295C du code pénal pakistanais, elle est sous le coup d’une fatwa. Lâchée par son parti, elle vit désormais recluse. « Cette histoire a déjà échaudé le gouvernement pakistanais. S’il y a une vraie pression internationale, ils réfléchiront peut être à deux fois avant de donner une condamnation à mort pour un blasphème, ils n’auront pas envie de s’embarquer dans la même histoire », continue Anne-Isabelle Tollet.

Le soutien de l’Eglise


Ashiq (mari d'Asia Bibi) Sidra (sa fille), avec Mgr Luigi Ventura, nonce apostolique en France.




Temps fort de ces quelques jours en France, l’entretien avec le nonce apostolique, Luigi Ventura, le 31 mai. Un moment particulièrement émouvant pour le père et sa fille, notamment lorsque le nonce leur remet un chapelet béni par le Pape. « C’est un moment extraordinaire, pour moi, d’avoir été reçue comme ça, je vous remercie du fond de mon cœur. Cela nous donne encore plus de foi, de confiance et d’espérance » exprime Sidra. « Il n’a jamais été question d’abandonner notre foi, malgré les difficultés», rajoute son père. L’AED, présente pour l’occasion, leur a réaffirmé son soutien moral et spirituel.

Et les autres ?
Le cas d’Asia Bibi, pour médiatique qu’il soit, n’est pas un cas isolé. La libération d’Asia Bibi, que nous appelons tous de nos vœux, n’est pas suffisante. L’existence même de la loi anti-blasphème, et son mode d’application, est une injure à la liberté religieuse. L’AED demande publiquement son abrogation. « Il est urgent d’abroger la loi sur le blasphème » avait demandé le Saint-Père à l’occasion de ses vœux au Corps Diplomatique, le 10 janvier dernier : « Une loi qui sert de prétexte pour provoquer injustice et violence contre les minorités religieuses », avait-il alors précisé

Cliquez ici pour signer la pétition

Merci de votre soutien.

Archives