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Pérou: Une visite très attendue

Publié le 12 janvier 2018

Du 18 au 21 janvier 2018, après quelques jours au Chili, le pape François effectuera un voyage apostolique au Pérou, à l’invitation des chefs d’États et des évêques. Ce sera le sixième voyage du Saint Père en Amérique latine, son continent natal.

Le 18 janvier 2018, le pape François est attendu à Lima puis à Puerto Maldonado, en Amazonie, et à Trujillo (au nord). Par le choix de ces trois lieux bien distincts, le Pape montre qu’il veut aller à la rencontre de la diversité de l’Eglise, tout en appelant à l’unité. Mgr David Martínez de Aguirre Guinea, évêque de Puerto Maldonado, s’exclame : «  La nouvelle de la visite du Saint-Père nous a procuré une surprise et une joie immense. C’est la démonstration que le cœur du pape est dans les périphéries. Bien sûr, nous rêvions qu’il se rende au Pérou. Mais nous n’avions jamais pensé qu’il puisse venir jusqu’ici !» En parlant des caciques (chefs) indigènes, il poursuit. « Ils comprendront que sous le dôme de l’Église, il y a un cœur ami qui les écoute et veut les aider ». Ami : une expression employée aussi par le nouveau président, Pedro Pablo Kuczynski, élu de justesse en juin 2016. Quelques jours avant son audience avec le pape François au Vatican, en septembre dernier, il confiait souhaiter établir avec lui une « relation familière », afin de l’accueillir « comme un ami » au Pérou.

Nul doute d’ailleurs que les Péruviens, dont plus de 96 % se déclarent chrétiens, seront nombreux à accueillir le Saint-Père. L’évêché de Lima a annoncé la mise en place d’une « garde du Pape » composée de milliers de jeunes volontaires.  « L’Église a toujours eu une grande capacité pour rassembler les foules » déclare Mgr Berni, évêque de Chuquibambilla, dans les Andes. Dans sa région, « chaque village a son saint Patron  et c’est une vraie fête de le célébrer  ». Perchées à plus de 4000 mètres d’altitude, ces milliers de petites communautés ont su transmettre la foi de génération en génération, grâce aux traditions. Un beau témoignage, même si, reconnait Mgr Berni, « il s’agit plus d’une religiosité populaire ;  on fête solennellement les saints mais les sacrements sont peu demandés et le dimanche guère fréquenté. »

Essor économique?

Ces dernières années, de nombreux Péruviens ont quitté les montagnes au profit des villes, dans l’espoir de bénéficier du développement économique. D’immenses banlieues se sont ainsi créées autour des villes comme Lima et Arequipa, d’autant plus que la population du Pérou a considérablement augmenté en 50 ans (+170%).  Auprès de ces nouvelles classes moyennes, riches de leur traditions religieuses, l’Église a un rôle essentiel à jouer : évangéliser pour susciter de nouvelles vocations sacerdotales (47% des évêques au Pérou sont des étrangers, et beaucoup de séminaristes ne vont pas jusqu’à la prêtrise), former sur les  questions sociétales, accompagner les nombreux enfants laissés seuls la journée par des parents qui travaillent loin, pour éviter qu’ils ne tombent dans les gangs et trafics de drogue, maintenir une présence afin de ne pas laisser la place aux sectes évangéliques…Et être au chevet des plus pauvres.

Car l’essor économique que connait le pays depuis plusieurs années, dû à une production record dans le secteur minier (cuivre, argent et fer), ne bénéficie pas à tous. 22% de sa population vit encore en dessous du seuil de pauvreté : « En arrivant en 2000 dans un quartier périphérique de Lima très pauvre, témoigne le Père Humberto, prêtre missionnaire fidei donum en mission au Pérou, un foyer sur quatre n’avait pas d’eau courante ni d’égouts. Quinze ans plus tard, la population de ce quartier avait triplé, mais il y avait toujours un foyer sur quatre sans eau ni égouts. »

Le Pape ne manquera sans doute pas de dénoncer un système de redistribution des richesses qui voit  des marchés s’ouvrir mais sans aucune amélioration pour les petits revenus. Le souverain s’adressera aussi probablement aux très nombreux ouvriers des mines de cuivre, principale source de richesse du pays (le Pérou est le troisième producteur mondial derrière le Chili et la Chine)…mais aussi source de pollution, de conflits sociaux et d’exploitation des paysans.

Amélie de La Hougue

Article paru dans le magazine L’Eglise dans le monde n°186.

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