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SALVADOR : Mgr Romero vu par l’un de ses amis

Publié le 12 octobre 2018

«Un saint du monde et un saint de la parole » : le cardinal Gregorio Rosa Chávez, évêque auxiliaire de San Salvador, dépeint à l’AED son compagnon de route et ami, Mgr Oscar Romero, qui sera canonisé dimanche 14 octobre.

Le cardinal Chávez et Mgr Romero se sont rencontrés au petit séminaire de San Salvador, alors que l’actuel cardinal n’était encore qu’un adolescent. Des années plus tard, il est devenu l’assistant de Mgr Romero. Ils ont travaillé ensemble, et ont, peu à peu,  noué une profonde amitié. Mgr Chávez en témoigne pour l’AED.

« Parfois, je m’arrête un instant dans ce que je fais et je me dis :‘’Mon Dieu, mon ami Oscar Arnulfo Romero va être canonisé !’’», s’émeut le cardinal. On connaît Mgr Romero pour sa mort, en pleine messe, le 24 mars 1980, sous les balles des escadrons de la mort, un commando d’extrême droite, ce qui fit de lui une figure de l’opposition à la dictature militaire(1). Il en devint dans l’esprit de certains de ses contemporains un partisan de la théologie de la libération. Ce mouvement d’inspiration marxiste, influença une partie du clergé sud-américain. C’est pour cette raison que ce martyr assassiné « en haine de la foi »fut longtemps une figure controversée, dans son propre pays. Pour casser ce préjugé, le cardinal Chávez encourage à lire les lettres et les sermons de Mgr Romero : « Ces écrits ont une grande capacité à communiquer les choses de Dieu ». Ils témoignent du profond attachement de Mgr Romero aux petits, aux plus faibles, et aussi à l’exemple et à l’enseignement sacerdotal.

« À présent, nous sommes témoins d’un séisme spirituel »

La veille de son exécution, Mgr Romero avait prononcé un sermon qui dénonçait explicitement les exactions de l’armée salvadorienne. Il affirmait qu’un soldat n’est pas tenu d’obéir à un ordre qui s’oppose à la loi de Dieu, et qu’une loi immorale ne doit pas être respectée. Devant l’injustice d’un gouvernement, le chrétien a l’obligation de faire appel à sa conscience, ajoutait-il. L’évêque concluait par une injonction : « Au nom de Dieu, au nom de ce peuple souffrant, dont les lamentations montent jusqu’au ciel et sont chaque jour plus fortes, je vous prie, je vous supplie, je vous l’ordonne, au nom de Dieu : Arrêtez la répression ! » Des paroles qui ne pouvaient que déplaire aux partisans de la dictature.

Le contexte politique lié à son assassinat a provoqué une césure dans le pays, entre ceux qui voyaient en lui un saint et ceux qui le qualifiaient de dangereux agitateur. Mais, selon le cardinal Rosa Chávez, sa notoriété s’est accrue avec sa béatification. « Les gens ont commencé à comprendre son engagement et sa lutte. À présent, nous sommes témoins d’un séisme spirituel », témoigne-t-il. Alors que le contexte politique qui a vu la mort du bienheureux s’éloigne, les Salvadoriens commencent à distinguer sa vraie personnalité, se réjouit le cardinal, celle d’un homme qui a donné sa vie pour son peuple.

Le Salvador est un pays frappé par la pauvreté, les inégalités, l’émigration et la violence. La canonisation de Mgr Romero apporte « une grande joie » et « la paix dont nous avons tant besoin », constate le cardinal, d’autant qu’il sera le premier saint originaire de ce pays. Une canonisation rendue possible par la guérison miraculeuse de Cecilia Flores de Rivas, attribuée à Mgr Romero, et reconnue le 6 mars dernier.

L’homme qui a fait ses études sous la direction de Paul VI va être canonisé en même temps que son professeur, s’amuse-t-il. En effet, le pape fut l’un des enseignants de Mgr Romero, à l’Université pontificale grégorienne et il sera lui aussi canonisé le 14 octobre. « C’est très beau et significatif », conclut Mgr Chávez.

 

(1) De 1979 à 1992, la guerre civile a fait plus de 30 000 morts.

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