200 millions de chrétiens ne peuvent vivre leur foi librement > faire un don

Synode sur l’Amazonie : Vers une « écologie intégrale »

Publié le 8 octobre 2019

Le Synode sur l’Amazonie, qui se tient du 6 au 27 octobre au Vatican, attire tous les regards. L’AED fait le point avec Mgr Neri José Tondello, évêque du diocèse du Mato Grosso et l’un des 18 membres du Conseil pré-synodal.

Vous avez fait partie du Conseil pré-synodal. Comment résumer en quelques mots la situation en Amazonie ?

Le synode concerne tous les peuples autochtones qui vivent en Amazonie, en particulier les peuples autochtones, qui sont les premiers et légitimes propriétaires de l’Amazonie. Mais il y a aussi les habitants des rives des fleuves, les quilombolas (descendants des anciens esclaves africains), les colons et tous ceux qui vivent dans la région à la recherche d’une vie meilleure.

Le Synode sur l’Amazonie a une longue histoire et finit par susciter un grand intérêt, parce qu’il traite d’une écologie intégrale. L’écologie intégrale cherche à étudier la maison commune dans son ensemble, et la Panamazonie est une réalité qui bénéficie à la planète entière.

La situation, dans son contexte de maison commune, est affectée par les problèmes qui causent des impacts importants et graves. J’y ajoute désormais les incendies criminels qui sont un grave problème et une menace. Auparavant, on ne prêtait pas une grande attention à l’impact des incendies. Mais après tout incendie, il y a la déforestation et l’exploitation illégale de la forêt, l’agro-industrie. Les rivières sont empoisonnées, ce qui tue les poissons. Les barrages hydroélectriques et l’exploitation minière — qui utilise des produits toxiques tels que le mercure — tuent également les poissons. Nous parlons là d’aliments de base pour les peuples autochtones. Tout cela finit par compromettre la réalité de la biodiversité de la Panamazonie.

L’Amazonie n’est pas séparée du reste du monde. Tout est interconnecté, tout est relié, il y a donc des retombées mondiales sur ces questions-là. Le Pape François se demande aussi ce que le monde peut faire pour sauver l’Amazonie.

Qu’est-ce que le Synode sur l’Amazonie pour vous ?

Je peux dire que le Synode est un Kairós. Si certaines personnes critiquent, condamnent et disent des choses horribles sur le Synode, la grande majorité voit positivement cette assemblée spéciale pour la région panamazonienne et pour toute l’Église. Quand on est au centre du processus de préparation, on le sent.

Nous avons tendu l’oreille à la réalité amazonienne et aux clameurs des peuples qui ont exprimé leurs lamentations. Pendant la célébration du Synode, nous écouterons les scientifiques et surtout nous entendrons ce que l’Esprit Saint a à dire aux Églises qui se trouvent en Amazonie.

Il est important de se rappeler que le Synode n’est pas délibératif. De par son règlement, il est consultatif. Mais ne manquons pas de courage pour proposer de nouvelles voies pour l’Église et pour une écologie intégrale. Puisse ce grand événement aider le Pape François à prendre les décisions nécessaires, et à nous donner une direction sûre qui réponde à cette merveilleuse réalité qu’est notre Amazonie bien-aimée.

Colniza, l’une des villes de votre diocèse, est l’une des municipalités qui souffre le plus des incendies. Quelle est la situation aujourd’hui ?

Les incendies ont été terribles. Ils ont toujours eu lieu, mais cette année ils ont été excessifs. La région de Colniza et Guariba est l’une des localités où ils ont été le plus nombreux. Je ne comprends pas la raison de cette culture du feu pour nettoyer les pâturages. Je pense en conscience que nous ne pouvons pas admettre que le feu devienne quelque chose de culturel, parce qu’il est beaucoup plus destructeur que bénéfique. J’ai vécu dans le Mato Grosso pendant dix-sept ans, et j’ai pu constater que cette année, la situation a été bien pire que les autres années. Beaucoup d’incendies sont criminels, d’autres étaient accidentels mais ont causé de grandes pertes dans la région. Il existe même « le jour du feu », organisé par un groupe de criminels. La région craint des représailles dans le cadre des relations commerciales internationales. Nous essayons de développer une prise de conscience en collaboration avec le personnel de l’IBAMA (Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables), avec le personnel du syndicat forestier, avec les pompiers qui développent sans cesse des campagnes de sensibilisation pour prévenir les incendies. Nous utilisons aussi notre force évangélisatrice pour attirer l’attention sur la responsabilité de ce risque grave qu’est la destruction de la nature par le feu.

L’AED soutient des projets pastoraux en Amazonie depuis plus de 40 ans. Parmi les diocèses qui reçoivent de l’aide, il y a aussi le vôtre, Juína?

Le diocèse a grandement bénéficié des projets auxquels l’AED a collaboré. Par exemple la formation catéchétique, la pastorale des familles, de la jeunesse, des enfants, les campagnes de distribution de 2.000 Bibles, le matériel d’évangélisation, les chapelets pour enfants et l’aide au projet d’énergie solaire. Après tout, le Synode amazonien ne peut pas penser uniquement à la destruction de la forêt et à la construction de barrages hydroélectriques pour disposer d’énergie. Non, il est nécessaire de créer des alternatives, et l’énergie solaire en est une. L’AED a beaucoup aidé en ce sens.

Archives