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SYRIE : Les chrétiens divisés quant à leur retour

Publié le 11 mars 2019

C’est une triste journée pour Selma, déplacée syrienne qui a assisté aujourd’hui au départ de son fils aîné pour le Liban. Elle, et tant d’autres, déplacés et réfugiés syriens, ne veulent pas rentrer dans leurs foyers qu’ils avaient dû quitter précipitamment.

En 2011, lorsque les terroristes se sont abattus sur les maisons des chrétiens à Idlib, la famille de Salma s’est enfuie. Depuis, la famille habite chez Johaina, la mère de Selma, dans la Vallée des chrétiens dans l’ouest du pays. Lorsque le mari de Selma est mort il y a trois ans dans un accident de voiture, la famille s’est retrouvée du jour au lendemain sans soutien et sans économie. Le fils, qui avait 16 ans à l’époque, a alors assuré seul la subsistance de sa famille.  

Comment guérir des blessures ?

Selma souhaiterait avoir à nouveau du travail et sa propre maison. Mais pas à Idlib. Même quand la paix y reviendra, elle ne veut pas y retourner. « Ma maison a disparu. Parmi mes voisins chrétiens, aucun ne veut y retourner », affirme-t-elle.

Comme Selma, une partie des déplacés et des réfugiés ne veulent pas rentrer. Certains d’entre eux ont tout perdu à cause des combats. D’autres ont refait leur vie ailleurs et ne se montrent pas vraiment enthousiastes à l’idée de risquer l’insécurité d’un nouvel emploi et d’un nouveau logement dans un pays fortement détruit et affichant un taux de chômage élevé. De plus, il règne une profonde méfiance à l’égard d’anciens voisins musulmans qui, en certains endroits, ont participé activement à la conquête et à l’occupation par les extrémistes.

Ainsi, certaines localités chrétiennes historiques ne comptent plus qu’une petite communauté de fidèles, alors que l’Église y est présente depuis le premier siècle après Jésus-Christ. Il est permis de douter que le temps parvienne à guérir ces blessures.

Vers un tournant ?

Pour autant, des chrétiens retournent à des endroits auxquels on ne se serait jamais attendu. C’est notamment le cas de la famille de Reznan Berberaska, 22 ans, de Homs. Sa maison située sur l’ancien front de guerre a été remise en état en l’espace de huit mois, ce qui représente un petit miracle lorsqu’on aperçoit depuis le balcon la destruction qui règne dans la rue.

L’Église en Syrie espère un tournant comme dans la plaine de Ninive en Irak. Avant le retrait de Daech, 4% seulement des personnes déplacées voulaient retourner chez elles. Deux ans plus tard, 45% des 12 000 maisons détruites ont été reconstruites et les familles sont effectivement revenues chez elles.

Le rêve de Reznan ? « Que ma rue redevienne ce qu’elle était. » Un désir légitime mais, compte-tenu de la migration des chrétiens en Syrie et de l’ampleur des travaux nécessaires d’autre part, les perspectives d’avenir ne sont pas très bonnes : la Syrie ne sera plus jamais ce qu’elle était, la Syrie ne sera jamais plus le même pays.

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