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TURKMÉNISTAN : Chrétiens des steppes

Publié le 27 novembre 2019

Qualifié de « trou noir de l’information », le Turkménistan occupe cette année la dernière place du Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF (Reporters sans frontière), après la Corée du Nord. Et quid de la liberté religieuse ? Paul Bablot, qui est allé à la rencontre des communautés chrétiennes, témoigne.

Gregorivitch, fils de déporté russe et sacristain de l’église l’église de la Sainte Intercession

Au milieu du désert du Karakoum, battu par les vents et le sable, la petite ville de Mary se dresse, oasis de vie après 250 km parcourus à travers des herbes sèches depuis Turkmenabat, poste frontière avec l’Ouzbékistan. La présence d’une église m’avait été signalée par le curé de Boukhara, sans qu’il ne sache plus tellement ce qu’il en retournait. Effectivement au détour d’un faubourg, l’édifice de brique s’affiche. Construction typique des années 30, il s’agit de l’église de la Sainte Intercession, orthodoxe, rattachée au patriarcat de Tashkent. Gregorivitch et Olivitch, deux solides gaillards au regard clair et franc m’accueillent chaleureusement. Fils de déportés Russes des années 30, ils sont les sacristains de cette église et gardent avec zèle tout en état. Une lueur s’allume dans leur regard lorsque je leur annonce venir de France, et eux de me demander avec insistance d’écrire aux Français qu’il existe encore des chrétiens orthodoxes au Turkménistan.

Les chrétiens sous contrôle de l’État 

Arrivé au IIe siècle dans la région, le christianisme se développa jusqu’au XIIIe siècle lorsque Tamerlan décima la population qui ne se convertissait pas à l’islam. Au cœur de cette Asie centrale aux plaines immenses et désertiques, où les nomades de jadis sont désormais sédentarisés, cette partie du globe a été rechristianisée lors de la période soviétique, avec l’arrivée dans la région de nombreux immigrés forcés par Staline. Plusieurs églises furent érigées mais bien vite confisquées, comme celle des catholiques à Ashgabat qui fut transformée en cinéma en 1930.

Minorité religieuse la plus importante de ce pays, les Russes orthodoxes doivent, comme les catholiques, demander des autorisations au gouvernement pour toutes les occasions. La célébration des messes est soumise à un sévère régime d’autorisations discrétionnaires, les processions et grandes fêtes liturgiques également, tout comme les activités caritatives qui bénéficient pourtant à une population plus large que la seule communauté ecclésiale. Récemment, un pasteur protestant a été vivement invité par la police secrète à fermer un camp de vacances pour enfants, sans aucune justification.

Discriminations antichrétiennes assumées

Le Turkménistan pratique ouvertement des discriminations à l’emploi, la censure pour les livres religieux, les intimidations envers les locaux qui souhaitent se convertir, ou des descentes de la police secrète lors de prières ou de messes. Cette persécution est également visible dans la nécessité de s’enregistrer pour les différentes communautés religieuses, faute de quoi de très lourdes peines s’appliquent aux contrevenants. Or ces demandes sont quasi systématiquement refusées.

La petite communauté catholique dans la capitale se réunit quant à elle, discrètement, dans la chapelle de la Transfiguration du Seigneur – après des années à célébrer la messe à la Nonciature où la protection diplomatique était une nécessité. Quelques catholiques locaux (250 pour l’ensemble du pays) côtoient les rares expatriés des grandes entreprises du BTP et du gaz.

Si des relations diplomatiques ont été établies en 1996, une mission sui iuris érigée en 1997 par Saint Jean-Paul II, ce n’est que depuis la reconnaissance officielle de l’Église catholique en 2010 que la situation a quelque peu évolué. Désormais le père Andrzej Madej, polonais, des Oblats de Marie Immaculée et Supérieur de la Mission au Turkménistan, peut se rendre plus librement dans le pays et célébrer, enseigner, dans les maisons chrétiennes disséminées dans les quelques villes du pays. Dans ce pays de 5 millions d’habitants, ils sont deux missionnaires, la foi chevillée au corps, à redoubler d’efforts pour aider nos frères à vivre leur condition de chrétien, malgré une pression réelle, et rester fidèlement accrochés au Christ.

Paul Bablot

(article à retrouver dans notre magazine l’Église dans le Monde)

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