200 millions de chrétiens ne peuvent vivre leur foi librement > faire un don

UKRAINE : Les familles frappées au cœur

Publié le 4 octobre 2019

Le pays souffre d’un déficit constant de natalité et de perspective. Un mal aux racines spirituelles, si l’on en croit le clergé catholique latin, qui s’est réuni à l’occasion du Synode des familles au mois de septembre 2019.

 

« Nous perdons chaque année 300 000 personnes, sans compter l’émigration. Notre pays est saigné par le manque de perspective d’avenir, le manque de volonté d’entreprendre, mais avant tout il est saigné par le manque d’amour, en particulier d’amour dans les familles » résumait Mgr Leon Dubrawski, évêque de  Kamianets-Podilskyi, lors du Synode ukrainien des familles, le 22 septembre 2019.

Cet évènement s’est ouvert par une Marche pour la vie réunissant environ 10 000 catholiques dans les rues de Vinnitsa au matin du dimanche 22. Les manifestants ont protesté contre la pratique de l’avortement avant de se rassembler dans la cathédrale de Vinnitsa, l’église de la Mère de Dieu « Joie de tous ceux qui souffrent ». Une série de témoignages centrés sur la doctrine sociale de l’Église a suivi. L’assemblée était impressionnée devant les couples qui présentaient leurs 4, 6 voire 10 enfants pour l’un d’entre eux. Ils rappelaient l’importance de la famille dans la vie de foi.

L’ombre de l’ère communiste

Pour beaucoup d’Ukrainiens, l’affichage de cette vie de foi au sein du foyer est exotique. Dans ce pays, plus encore qu’en Europe occidentale, la famille est attaquée et cela s’explique en grande partie par l’histoire. Car même si elle est achevée depuis près de 30 ans, l’ère communiste continue à peser de tout son poids sur la société ukrainienne. « Pour parler de l’impact du communisme en Ukraine, on ne peut pas se borner à évoquer une période historique », nous explique Mgr Dubrawski. C’est un passé qui a changé la nature du pays, qui a transformé ce pays de terres noires, le grenier de l’Europe, en une terre de famine. Un lieu où les églises furent changées en temple de l’athéisme. La société ukrainienne d’avant 1917 a été broyée comme le grain sous la meule. En 2019, la population continue à diminuer : le pays comptait 52,2 millions d’habitants en 1991 avant de chuter jusqu’à 45,633 millions d’habitants en 2012. Actuellement, les Ukrainiens sont 44 millions, en comptant les habitants des zones contestées du Donbass, l’oblast de Donetsk et l’oblast de Louhansk (6,5 millions d’habitants). Outre le déficit chronique de natalité, la jeunesse diplômée fuit les vastes espaces et les ressources de l’Ukraine pour chercher du travail à l’Ouest, persuadée qu’il n’y a aucun avenir ici.

Plus encore que la question des régions contestées, où la guerre fait encore rage entre séparatistes et souverainistes, c’est ce problème démographique qui préoccupe le jeune clergé ukrainien. « Jeune » car dans ce pays abandonné par sa jeunesse, le clergé ukrainien affiche une moyenne d’âge étonnamment basse. C’est lui qui compte en particulier le plus jeune évêque du monde, Mgr Petro Loza, qui accéda à sa charge à 38 ans, le 12 avril 2018. Image inversée de la société ukrainienne qui se projette hors de son pays, ce clergé accueille de nombreux missionnaires polonais, qui tâchent de redonner du souffle aux paroisses catholiques latines, comptant un million de fidèles disséminés sur un territoire de 603 628km². Pour ce petit nombre dispersé, les congrégations religieuses représentent des oasis de spiritualité, tout à fait à la façon des communautés des tous premiers chrétiens, qui vivaient leur foi entre frères, au milieu d’un monde largement païen.

 

Archives