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Venezuela: + 900% d’immigrés en Amérique latine

Publié le 8 juin 2018

Après les élections présidentielles controversées du 20 mai, le flux des migrants vers d’autres pays continue de s’accroître. Des milliers de Vénézuéliens traversent quotidiennement la frontière colombo-vénézuélienne. État des lieux.

Sur le pont international Simón Bolívar qui relie les villes de San Antonio del Táchira (au Venezuela) et de San José de Cúcuta (en Colombie), les contrôles sont stricts pour ceux qui souhaitent quitter le pays en proie à une grave crise politique, économique et sociale. Beaucoup ne parviennent pas à franchir la frontière, et en sont réduits à errer dans les villes frontalières à la recherche d’aide humanitaire.

« La détresse de tant de Vénézuéliens… »

Le rapport de l’Organisation internationale pour les migrations, publié le 14 mai dernier, signale que le nombre d’immigrés vénézuéliens en Amérique latine et dans les Caraïbes est passé de 89.000 à 900.000 personnes de 2015 à 2017, soit une augmentation de plus de 900%. Et cela ne tient pas compte des citoyens qui ont traversé la frontière de façon irrégulière vers la Colombie ou le Brésil.

Pour l’évêque du diocèse de San Cristóbal au Venezuela, Mgr Mario Moronta, la situation à cette frontière « est le portrait de la détresse de tant de Vénézuéliens qui ne disposent pas des fournitures de base nécessaires à la vie quotidienne : nourriture, médicaments, etc.».

Des centaines de personnes traversent à pied ce pont tous les jours, la circulation des véhicules ayant été fermée depuis août 2015. Certains prennent ce passage pour se rendre dans d’autres pays d’Amérique du Sud, d’autres vont dans la ville de Cúcuta à la recherche de nourriture ou de médicaments, puis reviennent, et quelques-uns décident de rester à la frontière à la recherche de sources de travail improvisées.

C’est par exemple le cas du jeune Andrés Vargas, 18 ans, qui a voyagé de Barquisimeto pour aller jusqu’au Chili, mais par manque d’argent a dû rester à la frontière. « Ici, je gagne une commission en emmenant les voyageurs acheter des billets, ça me permet de manger et parfois même de payer un hébergement » dit-il.

Mgr Mario Moronta, évêque de San Cristobal au Venezuela, devant la frontière avec la Colombie

« Je vous invite à prier pour le Venezuela »

D’autres, après un long voyage, ne parviennent pas à passer la frontière qui est fermée de 20 heures à 6 heures du matin. Le Père Reinaldo Contreras, recteur de la Basilique San Antonio de Padoue, située à quelques mètres de la frontière, explique que  l’Église assure une aide sociale, mais « avec beaucoup de difficultés, en raison des pénuries des biens,  des prix élevés de la nourriture, et du manque d’infrastructures pour prendre en charge de façon adéquate les migrants ».  Chaque jour, les paroisses de la frontière offrent aux plus vulnérables une ration de nourriture. Le prêtre envisage la possibilité d’aménager un espace, comme une maison des migrants, pour leur offrir une aide plus complète.

Beaucoup d’immigrés, au moment de franchir la frontière, reçoivent également le soutien de la « Maison de passage Divine Miséricorde » du diocèse de Cúcuta, qui offre aux immigrés des services médicaux, une prise en charge pastorale, et distribue plus d’un millier de repas par jour.

Mgr Victor Manuel Ochoa, évêque de Cúcuta, a décrit à l’AED la situation comme étant « un drame de la douleur », et a demandé qu’on prie : « L’Église est présente à la frontière, nous avons voulu être la main qui accompagne nos frères vénézuéliens qui souffrent. Je me souviens du Père Werenfried, le fondateur de l’AED, qui distribuait de la nourriture aux réfugiés en 1947. Nous voulons suivre ses traces. Je vous invite à prier pour le Venezuela et pour la Colombie, afin que nous puissions trouver des chemins de paix et de réconciliation ».

L’AED s’est récemment rendue dans la ville de San Antonio de Tachira (en Colombie) pour offrir de l’aide et manifester de la solidarité aux diocèses frontaliers du Venezuela et de la Colombie et étudier les aides futures à apporter au projet de maison des migrants.

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