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VENEZUELA : Un chef étoilé en guerre contre la famine

Publié le 18 octobre 2019

Tony Pereira, cuisinier de niveau international, prépare chaque jour des repas pour 150 convives triés sur le volet : des enfants, des vieillards, réduits à la misère qui prennent souvent grâce à lui leur seul repas de la journée.

Tony Pereira à 51 ans, a vu du pays. Il est diplômé de plusieurs académies prestigieuses de gastronomie, il a travaillé dans plusieurs hôtels cinq étoiles du Venezuela. Quant à sa moto, elle a 10 ans et une fâcheuse tendance à tomber en panne. Mais elle tourne encore, et ce matin, à 4 heures, son vieux moteur tousse dans la ville de Maiquetía (État de Vargas) tandis qu’elle se dirige vers la paroisse San Sebastian. Selon un rituel désormais bien rôdé, Tony commence par s’agenouiller devant le Saint Sacrement et rend grâce pour ce nouveau jour qui va commencer. Il allume ensuite les fourneaux avec une vieille bouteille de gaz, prend quelques grosses marmites en laiton, puis prépare son menu pour des invités très spéciaux.

« C’est un menu exclusif », s’amuse-t-il à dire. « Je n’ai pas d’ingrédients très raffinés, mais j’ai un condiment en abondance ; c’est l’amour ! » Dans le Venezuela enfoncé dans la crise économique et la misère sociale, les aliments sont difficiles à trouver. Aujourd’hui, Tony dispose de dix kilos de riz et de quatre poulets. Avec toute l’ingéniosité dont il est capable, il apprête son plat. Puis il ré-enfourche sa moto pour reprendre son travail, qui commence à 7h.

Felipe le héro

Dans la cour intérieure de la paroisse San Sebastian le Père Martin récupère les marmites et prend le relais. Tout sourire, il accueille les jeunes et les plus âgés à la porte. Avant d’entrer dans la salle à manger, il salue un petit garçon vêtu d’une chemise bleue. Il s’agit de Felipe, onze ans, deux grands yeux et un large sourire. « Chaque jour, il arrive du haut de la colline avec son père en fauteuil roulant. Puis il le remonte. Pouvez-vous imaginer le travail que c’est pour un garçon de son âge ? » Felipe s’approche du prêtre : «Aujourd’hui, mon père n’a pas pu venir, il a de la fièvre. Je l’ai laissé seul à la maison. Je pourrais lui apporter un bol avec de la nourriture ? ».  Le prêtre hoche la tête : « D’abord, mange, puis nous lui préparerons quelque chose ».

En plus de la cantine de San Sebastian, Tony, en tant que chef cuisinier, prépare les « banquets » de la paroisse en fins de semaine. Pas d’assiettes porcelaine ou des verres en cristal en vue ! Les enfants de la région viennent avec leurs boites en plastique recevoir les galettes de maïs farcies, soupe de lentilles, ou tout ce que Tony aura pu obtenir avec l’aide de Caritas et de la paroisse San Sebastian.

Une croix sur un tablier blanc

Les épaules larges et les mains fermes, Tony n’aime pas beaucoup parler de ce qu’il fait. Il aime parler de la raison pour laquelle il le fait : parce qu’il voit le visage du Christ dans le visage de chacun de ses convives. Au-dessus de sa veste de chef cuisinier d’un blanc immaculé, il porte une simple croix en bois qui dit tout. La situation de son pays l’attriste. Il a commencé sa carrière en faisant le balayeur de rue pour financer ses études. C’est là, dit-il, qu’il a découvert toute la détresse des gens. Et cela l’a poussé à agir pour leur venir en aide. Cette misère, il continue à la côtoyer depuis trois ans qu’il offre son aide à la cantine paroissiale.

Un vieux monsieur, vaincu et fatigué, est venu le remercier un jour, lui dire que la cantine avait été une « consolation dans le terrible désespoir qu’il traversait ». Ce monsieur avait ingurgité du poison quelques heures plus tôt et il est mort. Tony a dû lutter pour retrouver courage après cet épisode, soutenu par sa foi et le curé de la paroisse. Soutenu aussi par tous ceux qui lui viennent en aide, en particulier Carmen, Berta et Ana. Il apprécie l’immense soutien du diocèse de La Guaira et des entreprises qui offrent des produits, importent des fournitures au Venezuela, comme Teixeira Duarte, la société qui emploie Tony et qui est le plus grand soutien de ce projet.

Le pain, une « goutte d’amour » 

Le soir venu, il quitte le travail, se repose un peu, puis réalise « la mise en place » : il prépare les ingrédients et le nécessaire pour commencer le travail le lendemain. Il voit ce qu’il lui manque et comment l’obtenir. Il monte sur sa vieille moto pour se rendre à la boulangerie, où Tony « offre » – comme il dit – quelques heures de son temps, en échange d’une dizaine ou quinzaine de pains qui, une fois coupés en tranches finies, arrivent le lendemain dans l’assiette de chaque enfant. C’est une « goutte d’amour » très importante, insiste Tony, parce que le pain est tellement cher qu’on n’en trouve presque plus dans aucune maison.

Puis il rentre chez lui. La journée a été longue. Avant d’aller se coucher, il demande à Dieu de lui permettre de continuer son travail le lendemain pour aider ses frères jusqu’au dernier jour de sa vie.

L’AED soutient différents projets au Venezuela visant à aider les diocèses à alimenter les cantines organisées par des centaines de paroisses dans le pays. Dans le diocèse de La Guaira, l’AED a fait don de onze réfrigérateurs et d’une cuisinière. La fondation a visité plusieurs cantines, dont celle de la paroisse San Sebastian où elle a fait la connaissance de Tony, du Père Martin et du groupe de bénévoles de la paroisse.

 

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