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VIETNAM : Portrait de Mgr Nguyen Van Thuan, messager d’Espérance

Publié le 5 juillet 2019

Cet été, l’AED vous propose de découvrir les vies héroïques de témoins de l’Espérance, que ce soit en Algérie, en Roumanie, ou ailleurs, à travers une série de portraits. Aujourd’hui, voici celui de Mgr François-Xavier Nguyen Van Thuan,  archevêque coadjuteur de Saïgon interné pendant treize ans dans les camps et prisons du gouvernement vietnamien.

Décédé à Rome en 2002, déclaré vénérable en 2017, le cardinal François-Xavier Nguyen Van Thuan, confesseur de la foi,  prit tous les risques pour demeurer fidèle au Christ et à l’Église. Face à un régime athée et persécuteur, cet évêque indomptable mais opposé à la violence, n’a jamais plié ni accepté la moindre concession au Mal. La leçon qu’il nous a laissée est d’actualité.

Mgr Thuan, beau prénom vietnamien signifiant « Soumission » à Dieu, est né à Hué en avril 1928 dans l’une des familles catholiques les plus remarquables du pays. Convertis dans le courant du XVIIe siècle, ses aïeux n’auront, pour vivre leur foi, reculé devant aucune souffrance. Plusieurs sont morts martyrs. L’arrivée des Français au Vietnam permet aux catholiques de jouer un rôle politique. Ce sera le cas du grand- père maternel de Thuan, Ngo Dinh Kha, puis de ses oncles ; l’un d’eux, Diem, devenu le premier président du Sud Vietnam, mourra assassiné en 1963.

Evêque dans un pays en guerre

Thuan se refusera toujours à profiter des avantages que pourrait lui valoir sa parenté avec le chef de l’État. Enfant, il choisit d’être prêtre, rêvant de la vie simple d’un curé de campagne. Ce n’est pas ce que Dieu attend de lui.

Avant même son ordination sacerdotale en 1953, ses supérieurs lui font, à son grand regret, comprendre qu’il est destiné à l’épiscopat. Ce sera chose faite en 1967, avec sa nomination à l’évêché de Nha Trang.

Confronté aux difficultés d’un pays en guerre, à l’afflux de réfugiés, à la menace de l’invasion communiste et de la persécution qui, immanquablement, se déchaînera alors, le jeune évêque se multiplie, s’efforçant de trouver des solutions à tous les problèmes, des soulagements à tous les malheurs. En parallèle, il veille à la réorganisation de son diocèse, la mise en application des réformes du concile Vatican II, la formation de son clergé.

Cette activité inlassable, ses prises de position courageuses face aux drames de l’époque, aux graves questions sociales et politiques, l’importance qu’il prend sur la scène internationale en recherchant des donateurs prêts à aider le Vietnam, son rôle au sein de la conférence épiscopale et à Rome font de lui une personnalité clef du catholicisme asiatique, et, pour les communistes, un homme à abattre.

Sur le chemin de l’Espérance

Nommé coadjuteur de Saigon par Paul VI en mai 1975, alors que le Viet Minh vient de s’emparer du Sud, Mgr Thuan ne pourra jamais prendre ses fonctions : le nouveau pouvoir s’y oppose. Commence un long calvaire.

Arrêté le 15 août 1975, mis en résidence surveillée dans son ancien diocèse, Mgr Thuan, identifié comme l’auteur d’un ouvrage de spiritualité, Sur le chemin de l’Espérance, paru clandestinement, est emprisonné dans des conditions de détention atroces, soumis aux techniques de privation sensorielle. Huit mois de ce traitement qui, d’ordinaire, brise les volontés les plus fortes, n’auront pas raison de « ce personnage très dangereux » en possession d’armes secrètes : la foi, la prière et la charité. À défaut de lui faire avouer des crimes inexistants, l’on s’ingéniera, jusqu’à sa libération en novembre 1988, grâce à Jean-Paul II, à le maintenir à l’isolement, le déplaçant sans cesse dans l’espoir que Rome perde sa trace et, le croyant mort, renonce à le retrouver.

En fait, l’Église ne renoncera jamais à obtenir sa libération. Dans l’intervalle, déjouant les plans de ses bourreaux, Mgr Thuan aura, contre toute vraisemblance, réussi à reprendre son apostolat et à porter l’amour et le pardon du Christ dans l’univers carcéral communiste.

Obligé de quitter le Vietnam, sa présence constituant un obstacle à la normalisation des relations entre l’Église et l’État, il s’installe à Rome où il devient, en 1998, président du dicastère Justice et Paix. Jean-Paul II lui donne le chapeau cardinalice en 2001.

Il meurt à la tâche, après avoir vaillamment lutté jusqu’au bout contre un cancer.

 

Anne Bernet, auteur de Mgr Nguyen Van Thuan, un évêque face au communisme – édition Tallandier (novembre 2018)

 

 

 

 

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