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voyage du Pape au Liban: "N’émigrez pas et restez enracinés dans la terre où sont morts vos aïeux"

Publié le 13 septembre 2012

I.MEDIA: Quelle est l’atmosphère au Liban à l’approche du voyage de Benoît XVI? Y a-t-il aussi une attente de la part des musulmans?

Gregorios III: L’atmosphère est telle que vous pouvez la vivre dans les rues de Beyrouth ou du Liban, si vous avez le temps de vous y promener. Dans le moindre des petits villages comme dans les grandes villes, les panneaux saluant le pape s’affichent partout. Souvent en français, en anglais ou en arabe, ils sont le fait des municipalités, des entreprises et même de particuliers. Cette attente est aussi celle de nos frères musulmans. Au Liban comme d’ailleurs en Syrie et ailleurs au Proche-Orient, les villages et les villes sont mixtes. Ils sont chrétiens et sunnites, chrétiens et chiites, chrétiens et druzes. Ils sont le symbole du vivre ensemble, le symbole concret et vivant de ce Liban « pays message », comme l’a dit le bienheureux Jean Paul II. Nous attendons le pape et son message ensemble, en famille. Benoît XVI est notre père et nos frères musulmans l’attendent avec nous.

I.MEDIA: Si la visite de Benoît XVI est avant tout pastorale, on ne peut faire abstraction de sa dimension politique. S’attend-on à un message du pape en ce sens?

Gregorios III: Le message du Saint-Père va venir nous renforcer, augmenter nos forces et notre volonté de vivre sur nos terres, là où Notre-Seigneur nous a placés. Vivre comme nos pères ont vécu depuis plus de 2000 ans. Benoît XVI va venir dire à nos jeunes, à nos familles, ce que je ne cesse de répéter depuis mon élection au siège d’Antioche: n’émigrez pas. N’émigrez pas et restez enracinés dans la terre de vos aïeux qui ont vécu et qui sont morts pour que cette terre reste et demeure ce qu’elle est: une terre de chrétienté, la terre du berceau du christianisme, la terre du message, la terre de la paix. Le pape va nous donner la direction, les manières pour ne pas flancher dans les crises et les tourments. Il va nous donner la force de ne pas avoir peur face à cet avenir incertain qui est le nôtre.

I.MEDIA: Le voyage du pape s’adresse à tout le Moyen-Orient, donc aussi à la Syrie. Comment les Syriens vivent-ils l’attente? Certains seront-ils présents lors des rencontres avec Benoît XVI?

Gregorios III: Bien évidemment, cette visite de Benoît XVI est une visite à toutes les Eglises d’Orient sur la terre du Liban, pays d’accueil par excellence. Elle est la conclusion de l’Assemblée spéciale du Synode des évêques pour le Moyen-Orient, qui s’est tenue à Rome en octobre 2010. Nos fidèles de Syrie, sous le patronage de Notre-Dame du Liban et de saint Paul, vivent cette attente dans la prière et l’espoir de pouvoir être nombreux autour de Benoît XVI. Le pourront-ils? Nos paroisses ont redoublé d’efforts pour cela. Plaise à Dieu que les chrétiens de Syrie, les chrétiens du berceau du christianisme, les chrétiens de saint Paul soient nombreux avec et autour du pape, pour prier pour la paix et la réconciliation dans leur pays. Nous sommes à deux jours de la visite du pape et le Moyen-Orient retient son souffle pour que cette visite s’accomplisse en paix et dans la prière. Au Liban, pays d’accueil, toutes les forces politiques, civiles et religieuses s’activent pour que cette visite soit une réussite tant spirituelle que matérielle.

I.MEDIA: La visite du pape suffira-t-elle à stopper, ou du moins freiner, l’exode des chrétiens du Moyen-Orient?

Gregorios III: C’est mon souhait et mon vœu le plus cher. Mes premières paroles en tant que patriarche au lendemain de mon élection en novembre 2000 ont été: n’émigrez pas! A nous, chefs des Eglises, Benoît XVI donnera la force de consolider la foi de nos fidèles. Il viendra leur dire pourquoi ils doivent continuer à vivre et à mourir sur la terre de leurs ancêtres, cette terre bénie de Dieu, cette terre choisie par Dieu pour Se faire homme.

I.MEDIA: La crise syrienne risque-t-elle de s’étendre durablement au Liban?

Gregorios III: Mon vœu et ma prière sont pour que la crise arrête de s’étendre en Syrie. Que les armes se taisent et que la Syrie trouve le chemin du dialogue et de la réconciliation. Et pour cela, je suis prêt à donner ma vie! J’ai lancé au début du mois un appel à Benoît XVI, aux cardinaux, aux conférences épiscopales, aux rois et aux chefs d’Etat et à tous les hommes de bonne volonté, pour soutenir la réconciliation en Syrie. Quant au Liban, ma prière quotidienne est que Dieu le préserve de tout mal. Il se redresse à peine d’années de guerre et de conflit. Plaise à Dieu, par l’intercession de Notre-Dame du Liban, que ce « pays message » soit préservé de tout mal. (apic/imedia/cp/ggc)

Propos recueillis par Charles de Pechpeyrou, I.MEDIA

 

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