200 millions de chrétiens ne peuvent vivre leur foi librement > faire un don

ZANZIBAR : Souvenirs amers du temps de la terreur

Publié le 14 mars 2019

A partir de 2012, des prêtres ont été pris pour cible dans l’archipel semi-autonome de Zanzibar, sur la côte de Tanzanie. Le père Damas Mfoi, prêtre sur l’îme d’Unguja, revient sur ces évènements tragiques.

« C’était le soir de Noël 2012. J’avais prévu d’aller diner avec d’autres responsables ecclésiaux quand nous avons appris que le père Ambrose venait d’être blessé par balle. Nous étions en état de choc, effrayés. Nous nous sommes précipités à l’hôpital, mais avec discrétion, car il avait été annoncé par le biais de tracts que les dirigeants de l’Église seraient tués et que les églises seraient détruites.

Quand nous sommes arrivés, le père Ambrose perdait encore beaucoup de sang et il ne pouvait pas parler. Le lendemain, il a été transporté par avion à Dar es Salaam pour y être soigné. Après cet évènement, c’est notre foi qui nous a donné la force de rester. Les gens sur le continent nous incitaient à partir, mais nous savions dès le début que notre mission était une mission de souffrance et que nos vies pouvaient être menacées. Il n’y a pas eu de départ.

Des tracts ont alors été distribués, disant que les musulmans ne devaient pas autoriser la vente d’alcool ou la présence d’églises. Les tracts étaient anonymes, mais aujourd’hui, nous savons qui en étaient les auteurs. Bien que certains pensaient qu’il ne s’agissait que de menaces oisives, nous ne savions pas ce qui allait se passer.  Moins de trois mois plus tard, une nouvelle tragédie nous a frappés et le père Evaristus Mushi en a été la victime.

C’était un dimanche matin à 7h15, le 17 février 2013. Je célébrais la messe dans une petite église. Un voisin non-catholique est entré en courant ; il a crié : « père Damas, j’ai quelque chose à vous dire ! » Il m’a alors informé que le père Mushi était mort, victime d’une fusillade. Un homme lui avait tiré dessus ce matin-là, alors qu’il se garait devant son église. Je me suis rendu dans les autres églises pour célébrer la messe ; maintenant que le père Mushi était mort, je devais accomplir seul la mission du Christ.

La nouvelle de la mort du père Mushi s’est répandue dans toute la communauté. Après l’avoir enterré et lui avoir rendu un dernier hommage, un groupe de femmes est venu me voir en pleurant. Je leur ai dit :  » Ne pleurez plus maintenant. Le père Mushi est aux cieux”. L’une d’elle a répondu :  » Père, elles ne pleurent pas sur le père Mushi. Elles pleurent à cause de vous”. Les assaillants m’avaient en effet pris pour cible parce que j’avais construit trop d’églises.

Le lendemain matin, j’ai trouvé refuge sur le continent et, un mois plus tard, je suis revenu. Je pensais en moi même :  » Nous ne pouvons pas abandonner notre mission. Jésus ne voudrait pas nous voir échouer. Il y a encore des chrétiens ici, pourquoi leurs pasteurs devraient-ils s’en aller ?”

À mon retour, j’ai constaté que la police avait établi sur mon terrain un poste de surveillance et, au cours des deux années suivantes, les policiers ont patrouillé la zone en raison de la tension qui persistait. Le gouvernement a bien pris soin de nous, mais nous savions surtout que Dieu nous protégeait. Quand on m’a offert un garde du corps, j’ai refusé. Je crois que l’œuvre de Jésus n’a pas besoin de mitrailleuse ; Il a promis à son peuple qu’Il serait avec nous jusqu’à la fin des temps.

Six ou sept mois se sont écoulés et nous avons pensé que le pire était passé, même si la sécurité était encore très stricte. En septembre, un prêtre s’est fait éclabousser d’acide alors qu’il quittait son café habituel. Il a survécu à l’attaque mais a subi de graves blessures.

Il n’y a pas moyen de se remettre de ce qui s’est passé, et comme ses agresseurs sont peut-être encore actifs, nous ne nous sentons pas complètement en sécurité. Mais à travers tous ces problèmes, nous continuons notre travail de dialogue interreligieux. Nous parlons aux membres de la communauté et nous leur disons que nous croyons que Dieu nous a tous créés et qu’Il nous a donné la liberté de croire. Nous devrions tous faire de notre mieux pour respecter cela et éviter de mélanger la politique et la religion. »

En 2017, l’Aide à l’Église en Détresse a soutenu des projets de l’Église en Tanzanie à hauteur de plus de 1,7 million d’euros.

Archives