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ZIMBABWE : Portrait de John Bradburne, « vagabond de Dieu »

Publié le 28 juin 2019

Cet été, l’AED vous propose de découvrir les vies héroïques de témoins de l’Espérance, que ce soit en Algérie, en Roumanie, ou ailleurs, à travers une série de portraits. Aujourd’hui, voici celui de John Bradburne, « vagabond de Dieu ».

Né en 1921 en Angleterre, John Bradburne, fils d’un pasteur anglican, se fait d’abord remarquer pour ses excentricités. Il passe une bonne partie de sa jeunesse dans les arbres plutôt que dans les salles de classe, et continue à le faire en Malaisie où la guerre le conduit. Mais une expérience forte de Dieu au seuil de la mort durant la campagne de Malaisie transforme sa vie : aider les autres à trouver Dieu devient son unique but. Cette recherche le conduit, à son retour en Europe, à entrer dans l’Église catholique – conversion qui ouvre en lui une fontaine poétique qui ne se tarira jamais (il est le plus grand poète anglais contemporain par la taille de son œuvre).

Une vie d’ermite au service des plus pauvres

John cherche sa voie chez les Bénédictins, les Chartreux, les Pères de Sion ou comme ermite, tout en exerçant de nombreux métiers, d’enseignant à fossoyeur en passant par présentateur de télévision, maçon, sacristain, vendeur en librairie, ouvrier dans une morgue, gardien de résidence d’archevêque, comédien ou éboueur ; il est aussi musicien de rue, SDF, pèlerin sur les routes d’Europe et de Terre Sainte, et passe un an dans la tribune d’orgue d’une église italienne. « Doué pour les fiascos », « bouffon de Christ » et « vagabond de Dieu » selon ses propres paroles, il laisse un souvenir fort, par son amour de Dieu, sa dévotion à Marie, son tropisme franciscain, sa joie de vivre partout où il passe.

Parti depuis 1969 en Afrique (Rhodésie, aujourd’hui Zimbabwe), il continue à circuler de mission en mission (logeant un temps sous un réservoir et plus tard dans un poulailler) et à s’y rendre utile sans jamais se fixer – il voudrait à la fois ne vivre en ermite que pour Dieu et servir les plus pauvres, ce qui semble irréalisable.

Parmi les lépreux

Soudain, en 1969, il découvre par hasard les lépreux du centre de Mutemwa, alors un sinistre mouroir dont les deux-tiers de résidents sont morts en quelques années, faute de soins et d’attention, et sa vie bascule : il décide sur le champ de rester au milieu d’eux ! Il se fera pour eux infirmier, gestionnaire, cuisinier, confident, catéchiste, ministre de l’Eucharistie, maitre de chœur, et même croque-mort. Et le miracle advient : Mutemwa, lieu de mort, devient en quelque semaines et demeure une oasis de paix, de foi et de joie, et John réalise son rêve : il consacre ses journées à servir ses amis lépreux et ses nuits à prier et à écrire des poèmes pour Dieu (ne demandez pas quand il dort : très peu).

Mais il est un jour expulsé du centre car il refuse de mettre des plaques d’identification numérotées aux lépreux. Il trouve alors refuge sur un mont voisin et redescend la nuit auprès d’eux. Il est finalement réintégré mais Mutemwa est pris dans la tourmente de la guerre civile. Rejeté par les Blancs comme par les Noirs, John est kidnappé puis exécuté par la guérilla pour avoir refusé d’abandonner les lépreux, en septembre 1979.

Jean Vanier a écrit de lui : « La vie de John Bradburne a touché mon cœur et mon esprit et m’a rapproché de Dieu ».

Didier Rance, auteur de John Bradburn, une vie – édition Salvator (mai 2019)

 

 

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