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RDC : « Dieu pleure dans mon pays »

Publié le 15 juin 2018

La RDC, riche par ses gisements de minerais, demeure pourtant un pays miné par la guerre, la pauvreté et les conflits politiques. Dans un entretien mené par l’AED, le Père Apollinaire Cibaka Cikongo dénonce une situation restée sous silence.

Une nation dévastée, épuisée, anéantie… « La République démocratique du Congo est comme un immense domaine où différents pays viennent se servir dans les gisements de minerais au meilleur prix possible. C’est ainsi qu’ils justifient les guerres » déplore le Père Apollinaire Cibaka Cikongo, professeur au séminaire du Christ Roi, à Malole.

Une foule de raisons empêchent l’ancien Congo belge de se rétablir. Conflits ethniques, pauvreté extrême, guerres sans fin, un gouvernement qui ne veut pas convoquer des élections alors que son dernier mandat légal a pris fin il y a plus d’un an, la marée incessante de réfugiés…. À l’échelle mondiale, la République démocratique du Congo est l’un des pays comptant le plus de réfugiés. Selon l’Agence des Nations unies pour les réfugiés, l’UNHCR, plus de 4,5 millions de déplacés y vivent, tandis que 735 000 personnes se sont réfugiées dans les pays limitrophes.

« Dieu pleure dans mon pays. Il faut y aller pour sécher ses larmes. » 

Et pourtant, peu de personnes en parlent, déplore le Père Apollinaire Cibaka Cikongo. « Ici, c’est 500 fois pire qu’en Syrie », clame-t-il et il insiste : « Le silence obéit à des intérêts très concrets. La convoitise économique qu’éveillent les gisements de minerai est plus forte que tout cela. »

« Maintenant qu’il y a une nouvelle épidémie d’Ebola, on parle du Congo. Mais pourquoi ne parle-t-on pas des morts causés par la guerre ? Toutes les pertes sont terribles, mais la maladie d’Ebola peut faire 40 à 50 victimes. Les guerres géopolitiques ont coûté la vie à plus de douze millions de personnes dans mon pays. Des centaines d’enfants meurent de faim », ajoute-t-il. « Dieu pleure dans mon pays. Il faut y aller pour sécher ses larmes. »

De la richesse géologique à la guerre

La République démocratique du Congo est un pays pauvre, dont le sous-sol regorge pourtant de très riches gisements de minerai. Cette richesse s’est avéré jusqu’à présent sa plus grande malédiction. « Les motifs de la guerre qui a commencé au Rwanda et qui s’est propagée en 1994 au Congo, étaient fondés sur le contrôle des gisements de minerai. En effet, sur le plan géologique, le Congo est un véritable trésor : le sous-sol congolais renferme la plupart des minerais dont le monde entier a besoin. Si nous avions eu de bons dirigeants politiques, nous aurions pu très bien vivre », déplore le prêtre congolais au cours de l’interview.

Le courage de l’Église

Le Père Apollinaire Cibaka Cikongo

L’Église catholique a été l’une des rares voix à briser le silence en dénonçant la situation politique et en aidant les plus démunis. Les évêques et les prêtres congolais ainsi que les laïcs ont demandé de l’aide, ce qui s’est souvent traduit pour eux par des représailles. Le Père Apollinaire rappelle qu’après les dernières protestations qui ont eu lieu début 2018, la police a fermé des églises. « Il y a eu des morts à l’intérieur. Mais presque personne n’en parle. Il faut dénoncer les tragédies qui surviennent au Congo. »

Le Père Cibaka Cikongo admet qu’il a eu peur à plusieurs reprises de perdre la vie. Ainsi, en février 2017, le séminaire a été détruit par les milices rebelles et les 77 séminaristes qui y vivaient ont été obligés de s’enfuir à toute vitesse pour ne pas mourir dans l’attaque. L’armée a ensuite occupé le bâtiment pendant quatre mois. Malgré tout, depuis la réouverture du séminaire des mois après l’attaque  – grâce au soutien national et international, notamment de la part de l’AED -, le Père témoigne: « Aucun des séminaristes n’a renoncé à sa vocation sacerdotale. Au contraire, onze nouveaux candidats sont entrés au séminaire, qui accueille donc actuellement 88 séminaristes. »

« Nous tirons notre force de Dieu, de la foi… Nous croyons malgré tout en l’être humain – malgré toutes les atrocités dont il est capable. Ton pays peut être l’enfer, mais il reste malgré tout ton pays », conclut-il.

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